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Le patrimoine maritime sur l'île de Ouessant

Dossier IA29010110 réalisé en 2014

Le patrimoine maritime ouessantin est riche et polymorphe en raison de l'insularité : phares, sémaphores, abris de canot de sauvetage, infrastructures portuaires, mouillages, canot de sauvetage et amers. Autant d'éléments patrimoniaux dont l'existence et la fonction ne sont dû qu'à la mer. Tout le patrimoine ethnographique, symboliquement fort, pourrait participer à la définition du patrimoine maritime ou héritages littoraux. Dans le cadre de la présente étude certains éléments ont été liés aux dossiers concernant l'architecture de l'habitat ouessantin ou le patrimoine religieux. Quoiqu'il en soit ces patrimoines sont imbriqués ; ainsi, le patrimoine maritime rejoint le patrimoine scientifique et technique.

Ouessant concentre sur son territoire l'histoire des phares et des signaux maritimes.

La signalisation des dangers en mer s'inscrit dans un contexte stratégique au 17e et surtout au 18e. La France de Colbert s'approprie le littoral par la mise en place d'une ordonnance de la Marine (1685 pour la Bretagne) et par des relevés cartographiques de plus en plus nombreux et précis. Au 18e, plusieurs projets d'aménagement portuaires voient le jour en Bretagne dans un contexte stratégique face à une Angleterre hégémonique dans le domaine maritime. Le Duc de Choiseul, secrétaire d'Etat à la Marine à partir de 1761, fait établir une liste des lieux nécessitant l'installation de feux ; Ouessant en fait partie. Au 17e, seul le feu du Stiff existe. Initialement alimenté au charbon, soit 100 à 150 kgr/jour ou 16 tonnes pour 6 mois, il est équipé de lanternes à réflecteur fonctionnant à l'huile en 1782. Il faut attendre la loi du 15 septembre 1792, relative à la surveillance des phares, amers, tonnes et balises pour que la sécurité en mer relève des compétences de l'Etat. Le service des Phares et Balises est créé le 7 mars 1806 par décret napoléonien. C'est le 9 septembre 1825 que la Commission des phares adopte définitivement le programme général d'éclairage des côtes de France.

Au cours du 19e siècle Ouessant voit l'installation de signaux visuels (phare du Creac'h-1863-, phare du chenal du four -1868) mais aussi de signaux sonores (trompette à manège -1866-, trompette à sirène-1885-). L'installation de ces deux dispositifs continue au cours du 20e siècle : cloche sous-marine en 1912, phare du Nividic la même année, pour une mise en service en 1936, phare de la Jument (1904) et celui de Keréon en 1906. A partir de 1912, le réseau de signalisation maritime existant est bouleversé par les ondes hertziennes. Les premiers radiophares sont installés en 1912 sur Ouessant et Sein.

Ainsi, à partir du début du 20e siècle, les innovations techniques développées au 19e prennent leur essor. En 1925, la Commission des phares approuve un programme d’équipement du littoral comprenant des sites radio-électriques. L'administration des Ponts et Chaussées devient à Ouessant un grand pourvoyeur d'emplois.

Plusieurs bâtiments, réaffectés le plus souvent en logement, sont les témoins architecturaux de ce passé : bâtiment administratif des Phares et balises ; bâtiment de la radio-goniométrie ; sémaphore du Créac'h ; cité des gardiens de phare.

Concentré de l'histoire des phares et des signaux maritimes, Ouessant est l'endroit où les nouvelles technologies et prouesses technologiques sont mises en oeuvre : le phare du Nividic est le premier phare en mer télécommandé depuis la terre (Ouessant et le phare du Creac'h en l’occurrence), le phare du Creac'h devient en 1939 le phare le plus puissant du monde et ses 3 derniers optiques ont été présentés lors d'expositions universelles.

Tous ces signaux sont des éléments clés dans la mise en place des grands échanges économiques internationaux basés sur le transport maritime : Ouessant se situant au centre d'un carrefour.

Une île surveillante :

Ile située dans une zone de navigation dangereuse et très fréquentée, le rôle des Ouessantins est essentiel dans le sauvetage en mer. Créée en 1866 la société nationale de sauvetage crée une station de sauvetage à Lampaul puis au Stiff. Porteur de cette histoire qui marque la zone de navigation entre Ouessant et Molène, le canot de sauvetage "Patron François Morin" est classé au titre des Monuments historiques depuis le 13 septembre 2010.

Une île connue dont la déserte fut longtemps difficile :

Longtemps la crainte que Ouessant ne devienne une base arrière pour les Anglais ayant des velléités sur la ville-arsenal de Brest empêcha toute décision d'installation portuaire. La construction des digues et quais à Lampaul est tardive (milieu 19e siècle). La digue de Porz ar Lan, critiquée dès sa construction, est réalisée en 1879. L'aménagement du port du Stiff s'est étalé sur un siècle : cale (1878), station de sauvetage (1884), môle 1905 puis le port actuel en 1986.

La raison de ces aménagement tardifs est "[que] ce port [de Lampaul] n'est pas la pêche mais les Ponts et Chaussées, le service des phares, du balisage et des secours aux navires en détresse". "Il n'y a pas d'eau tranquille autour d'Ouessant." (Odette du Puigaudeau indique dans son ouvrage Grandeur des îles). Il n'en n'a pas toujours été ainsi, au 18e siècle, raies et congres sont pêchés et séchés pour une exportation vers l'Espagne. On retrouve une économie de la pêche vers 1850 avec la commercialisation des homards et langoustes. En l'absence de port protégé, les nombreux bateaux de pêche mouillent dans les abris de Yusin, Galgrac'h, Bougezenn et Penn ar roc'h. Cette pêche perdura jusqu'aux années 1914.

Bien qu'île, Ouessant n'est pas axée sur la pêche et c'est sa position en entrée de Manche entre continent français et Angleterre, à l'entrée de la Manche, qui justifie l'intérêt que l'Etat lui a longtemps porté.

Aires d'études Parc Naturel Régional d'Armorique
Dénominations phare, cale, port
Adresse Commune : Ouessant
Période(s) Principale : 19e siècle, 20e siècle

Références documentaires

Documents d'archives
  • Pors-Ligoudou (4S 1476) : plans reconstruction de digues (1822-1922)

    Lampaul (4S1476) : construction d'ouvrages, améliorations ; aménagement d'un port dans la baie de Lampaul ; abri de sauvetage (1838-1936).

    Stiff Lampaul (4S1477) Construction et amélioration du môle de la baie du stiff ; stations de sauvetage 1877-1938)

    Pen ar Roch (4S1478) : Constructions et amélioration de la cale 1881-1941 (plans)

    Port d'Arland (4S 1478) : 1865_1876 (aménagements)

    Archives départementales du Finistère : 4 S 1476, 1477, 1478
Bibliographie
  • SIOC'HAN-MONNIER, Françoise. La construction et l'évolution des ports en Bretagne aux 19e et 20e siècles. Thèse de Doctorat, UHB, Rennes II, 1998.

    Région Bretagne (Service de l'Inventaire du patrimoine culturel)
  • PRIGENT G., Phares & Balises, Rennes, Editions Apogée, 2002.