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Le calcaire des Faluns (Projet de Parc naturel régional Rance-Côte d'Emeraude)

Dossier IA22132255 réalisé en 2010

Fiche

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Une exception calcaire en terre bretonne

Le calcaire des Faluns a depuis toujours été exploité sous deux formes. Sa forme broyée à l´état naturel appelée « sablon », servait à la fabrication de la chaux utilisée dans les enduits et l´amendement des terres. Sa forme indurée (compacte), plus dense et plus résistante, fournissait la pierre propre à la taille, employée dans la construction et appelée localement « pierre de jauge » sans doute par référence aux mesures de taille et de poids.

Dès l´antiquité

Sur le gisement du calcaire des faluns la mise en oeuvre de la pierre est attestée depuis l´antiquité. Les soubassements des murs de la villa gallo romaine du Quiou présentent un appareil en blocage de moellons équarris en alternance avec des lits de brique qui atteste d´ une extraction de surface très proche, voire in situ.

Au Moyen Age

Dans les rares vestiges de la période romane que sont les églises de Tréfumel et de Saint-André-des-Eaux, le calcaire des faluns est associé à d´autres matériaux, granite, granulite ou orthogneiss, dolérite, poudingue, quartz, schiste et briques (celles-ci provenant de la démolition d´édifices antiques).

Quelques rares édifices majeurs conservés de la fin du Moyen Age présentent un bel appareillage de faluns en pierre de taille. Le grand logis seigneurial du Hac construit en 1445 et les vestiges du château du Besso au bord de la Rance sont édifiés en pierre de taille a proximité immédiate d´importantes carrières, peut-être ouvertes expressément à l´occasion de leurs constructions. Les lucarnes du Hac dont les pignons aigus sont ornés de pinacles et sculptés de feuillages constituent les plus anciens exemples de lucarnes ornées en calcaire des faluns.

Le chemin de ronde du châtelet d´entrée de Beaumont à Guitté, du milieu du 15e siècle, offre un exemple de mise en oeuvre particulière. Alors que les deux tiers sont bâtis en granite fin et résistant de Languédias ou de Mégrit, le chemin de ronde a été conçu d´origine en pierre de taille des faluns, permettant de garder une épaisseur suffisante de murs avec une moindre densité. Pour les mêmes raisons, le falun se retrouve sur le logis du château, au sommet du pignon de la tour d´escalier et dans les anciennes souches de cheminées.

Du 16e siècle au 18e siècle

Murs en falun et baies en granite

Le calcaire des Faluns appelé localement « pierre de Jauge » demeure associé à d´autres matériaux. La plupart des plus anciennes maisons rurales dont le gros oeuvre est réalisé en falun ont leurs encadrements de baies, porte et fenêtre en granite. Dans le bourg de Tréfumel on accède à la salle principale de cette ancienne demeure du 16e siècle entièrement bâtie en falun par une belle porte moulurée en plein-cintre, surmontée d´un larmier, taillée dans le granite à grain serré de Languédias. En revanche, le falun n´est jamais employé ni pour la statuaire qui requiert un matériau à grain fin, ni pour les croix de chemin qui nécessitent de grandes dimensions résistant aux fractures.

Le falun et la terre

La faible densité du matériau, allégé du fait de sa constitution alvéolaire, a permis une grande liberté dans son association avec la terre. A l´inverse de la disposition habituellement rencontrée, l´étonnante superposition du calcaire des faluns sur des parties de murs en terre ou bauge est une des caractéristiques surprenante des maisons rurales du territoire. Malgré une façade principale entièrement en pierre, de nombreuses maisons présentent des pignons et un mur arrière dont la partie supérieure en pierre de taille coiffe d´une façon parfois très irrégulière des zones en terre. Cette finition des murs en terre avec de la pierre de taille des faluns s´explique par la nécessité d´asseoir la corniche, ou les souches de cheminées sculptées, emblèmes des belles maisons rurales du pays.

Par souci d´économie le calcaire des faluns est souvent mis en oeuvre parcimonieusement en façade, surtout à la périphérie du banc géologique. Le logis du Bois en Saint-Juvat, récemment restauré, présente cette répartition hétérogène en façade principale. L´enduit sur la terre vient affleurer la pierre et ne la recouvre pas. Des vestiges d´anciens enduits trouvés dans les villages du Bas Caharel ou de la Bouhourdais présentent un faux appareil gravé et peint sur la chaux, subterfuge peu visible de loin qui permettait de réserver la pierre de taille nécessaire pour les parties hautes de la façade et les baies.

La pierre de taille réservée aux parties hautes

Contrairement aux pratiques habituelles la mise en oeuvre des murs en falun souvent en moellons pour les parties basses se poursuit en pierre de taille pour les parties supérieures. Les murs du logis de la Motte à Saint-Maden datable du 16e siècle présentent ce montage particulier. Cette pratique qui n´induit pas forcément des campagnes de construction distinctes correspond à une pratique locale recherchant l´économie des matériaux et destinée à mettre en valeur les parties hautes des édifices. La légèreté de la pierre de Jauge et sa robustesse, ont permis cette mise en oeuvre paradoxale. Facile à travailler, apte à l´ornementation, ce matériau est employé pour les décors, corniches, lucarnes et souches de cheminées qui constituent « la coiffe » de la maison.

Le voûtement de la chapelle de Beaumanoir réalisé en 1628 est un exemple exceptionnel de l´emploi judicieux des qualités de la pierre de jauge. La belle voûte d´ogives à huit quartiers se compose de six voûtains, rayonnants et deux longitudinaux situés au-dessus des oculi.

Une aire de diffusion assez large

Les qualités de la pierre de jauge et son transport moins coûteux du fait de sa légèreté, ont permis sa diffusion bien au-delà du Pays des Faluns, vers Dinan au nord, jusque dans le bassin de Rennes au sud, autour de Jugon à l´ouest et de Combourg à l´est. L´ancien manoir de la Ferronnays à Calorguen, édifié aux 15e et 16e siècle en schiste et granite, emploie le falun pour sa belle lucarne, sa corniche à modillons et sa tourelle d´angle en encorbellement. Plusieurs maisons de marchands tisserands sur les communes de la Baussaine, Longaulnay, les Iffs, Saint-Pern, présentent de belles souches de cheminées et lucarnes en faluns dont le style identique à celles du pays des faluns permet de reconnaître la marque d´un atelier local.

Le 19e siècle et le 20esiècle

A partir du milieu du 19e siècle, la mixité terre et calcaire des Faluns tend à disparaître pour la façade principale des maisons. Cette évolution aboutit à la fin du siècle à généraliser la construction en pierre de taille avec encadrement de baies en granite gris bleu du Hinglé qui concurrence largement autour de 1900 le calcaire des faluns. A partir de 1920 les difficultés et le coût d´extraction de bonne pierre à bâtir entraînent la fabrication de parpaings de Faluns qui s´ajoute au Quiou en 1937à la fabrication de la chaux de l´usine Bougeard.

Aires d'études Projet de Parc naturel régional Rance-Côte d'Emeraude
Période(s) Principale : Antiquité, Moyen Age, Temps modernes, Epoque contemporaine