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L'habitat rural de la commune de Guerlesquin

Dossier IA29131792 réalisé en 2015

Fiche

Comme l’on noté Christian Millet et Daniel Sanquier, « parler d’architecture rurale dans le Trégor finistérien avant le 18e siècle est pour ainsi dire impossible tant les exploitations paysannes, comme tout lieu de vie, se sont tranformées durant les siècles suivants. ». La deuxième moitié du 19e siècle et le début du 20e siècle a constitué une période de renouveau de l’habitat rural, traduit par de multiples ajouts, modifications, reconstructions et destructions des édifices préexistants. Il existe quelques exceptions de constructions anciennes peu modifiées (manoir de Kervanton, Kernévez-Lochrist…), on ne peut appréhender les constructions rurales que comme des ensembles issus d’époques successives.

La deuxième moitié du 20e siècle a également été une période de modifications importantes de l’habitat rural, que ce soit au travers de modifications extérieures (ouvertures, toitures, reconstructions et réemplois de matériaux…) ou intérieures. La confrontation de l’enquête d’inventaire avec celle de 1969 réalisée sur la commune permet souvent de retracer l’histoire de ces modifications, mais également de révéler un certain nombre d’édifices aujourd’hui en ruines ou disparu.

Si 84 anciennes fermes ont été recensées sur la commune, celles-ci renvoient à des réalités très différentes : chaque ferme forme des ensembles plus ou moins grands, constitués d’un ou plusieurs bâtiments, lieu d’habitation ou se côtoient activités agricoles (cultures, stockage, élevage, maraichage…), domestiques ou économiques (travail complémentaire, tissage, couture…). Les édifices ou édicules les plus touchés par les disparitions sont les dépendances (étables, écuries, granges, puits…) qui, face à une perte d’usage et d’utilité, sont souvent en ruines ou détruites.

250 maisons ont été recensées, pour la majeure partie en la ville de Guerlesquin, qui compte de très nombreuses maisons construites au 18e siècle, mais également un fort étalement urbain depuis les années 1960 (voir dossier sur la ville).

Matériaux de construction

Les formes architecturales sont largement influencées par le sous-sol géologique local. L’éloignement des côtes du territoire communal, et l’absence de voies navigables, moyen privilégié pour le transport sur de longues distances, a d’autant plus forcé l’emploi de matériaux locaux sur la commune. Jusqu’au milieu du 19e siècle, face à un mauvais état général des routes et chemins et aux prix couteux des charrois, les matériaux employés dans la construction proviennent de carrières proches, dans un rayon de quelques kilomètres, plus souvent à proximité immédiate du chantier.

Presque exclusif dans le sous-sol géologique de la commune, les granites ont été massivement employés pour l’édification des constructions rurales, que ce soit en gros-œuvre (moellons et pierres de taille) ou pour des éléments structurels et de décors (saloir, cheminées, dallage, portail…). L’activité des nombreuses carrières de ce matériau et son utilisation massive dans la construction dépasse largement le cadre communal.

Déjà en 1836, la commune compte 15 tailleurs de pierre, 8 couvreurs et 2 maçons. En 1872, 14 tailleurs de pierre, 11 couvreurs, 7 maçons et 3 maitre-carriers. En 1901, l’activité s’est intensifiée et on compte alors 25 tailleurs de pierre, 13 couvreurs, 13 maçons, 2 maitre-carriers et 4 carriers, la plupart habitant la ville ou les hameaux proches des carrières de l’étang du Guic.

Le granite est à la fois utilisé pour les ouvertures et chainages d’angles (pierre de taille) et pour l’élévation des murs (moellons) conférant aux édifices une grande unité géologique.

La généralisation des couvertures en ardoise au 19e siècle, qui remplacent progressivement les toitures de chaume, est liée à son extraction particulièrement intensive au nord des monts d’Arrée notamment sur Commana et Plounéour-Ménez. En 1849, dans ses statistiques agricoles en Pays de Morlaix, Jean-Marie Elouét différenciait deux types de constructions rurales : celles recouvertes de genêts ou de pailles, qui « y sont en très grand nombre et se rencontre dans tous les cantons », et celles recouvertes en ardoise, qui sont « plus communes dans [les cantons] de Plouigneau, de Lanmeur et de Saint-Thégonnec ». L’activité ardoisière du nord des monts d’Arrée (Commana, Plounéour-Ménez…) a ainsi facilité très tôt le remplacement des couvertures de genêts. Toutefois, le genêt fut employé encore jusque dans la première moitié du 20e siècle. Mais Jean-Marie Elouet notait déjà en 1849 que « depuis quelques années, le nombre des toits en chaume tend à diminuer d'une manière sensible. Dans les nouvelles constructions rurales qui s'élèvent tous les jours sur tous les points de l'arrondissement [de Morlaix], on abandonne le système des toits en chaume et on les remplace par des toits recouverts en ardoises. Tout porte à croire, qu'à une époque très-peu éloignée de nous, les premières constructions auront entièrement fait place aux secondes. »

L’ardoise de montagne, ardoise bleu-noir et épaisse caractéristique de la région des monts d’Arrée, était posée à pureau décroissant. Dès la fin du 19e siècle, des tuiles mécaniques importées d’Angleterre sont également venues couvrir de nombreuses dépendances à moindre cout.

A partir de la fin des années 1940, le renouveau des formes architecturales et des manières de vivre est concomitant de mises en œuvre et matériaux nouveaux dans la construction : béton et parpaing de ciment enduit. Dans les années 1950-1970, emblématique d’un style « néo-breton », le granite est alors toujours utilisé, non plus en maçonnerie, mais en parement. Depuis la fin du 20e siècle, la maçonnerie disparait de la construction (murs en parpaing de ciment enduit, pas de traitement différencié des ouvertures, couverture en ardoise d’Espagne…).

Formes et techniques de construction

Jusque dans les années 1850, les murs présentent quasi systématiquement des épaisseurs supérieures à 70 cm, quelle que soit la hauteur et l’ampleur du bâtiment. De nombreux exemples montrent une réelle recherche esthétique dans le traitement de maçonneries de qualité (assises régulières, joints fins, uniformité géologique…), autant dans différents manoirs ou logis nobles des 16e et 17e siècles (Présidial, Kernévez-Lochrist, Kervrunnec…) que dans des constructions plus modestes jusqu’aux alentours de 1800 (Castel Kerigonan, Kerhuon…).

Les exemples antérieurs au 15e siècle sont rares. Aux 16e et 17e siècles, les encadrements de portes et fenêtres sont le support d’un vocabulaire architectural gothique influencé par la Renaissance.

Aux 18e et 19e siècles, les réemplois de matériaux sont fréquents, surtout pour les pierres de taille. Si ces deux siècles ont vus l’édification de nombreuses constructions sur la commune, celles-ci s’implantent quasi systématiquement à l’emplacement ou à proximité immédiate de bâtiments préexistants. Nombreux sont les corps de fermes ou dépendances incorporant dans leur mise en œuvre des éléments plus ancien, facilement identifiables : encadrement de portes ou pierres datées réemployés dans les chainages d’angles ou les maçonneries, pierres d’encadrement mal ou partiellement remontées…

A partir du milieu du 19e siècle, l’épaisseur des murs tend à se réduire vers 50-60cm et les maçonneries perdent en qualité, dû à l’apparition de matériaux standardisés pour les encadrements et chainages d’angle (pierres de tailles de granit d’assise régulière d’environ 30 cm), et la généralisation des enduits de façades qui cachent les maçonneries. Les ouvertures sont systématiquement traitées en « harpe » régulière. Au début du 20e siècle, et surtout dans les années 1920-1930, les linteaux de portes et fenêtres présentent généralement une forme en fronton.

La période du milieu du 19e siècle au début du 20e siècle (1840-1930) est alors la période de construction la plus marquée sur le territoire.

Dates portées

21 dates portées ont été retrouvées sur 18 édifices ou édicules : 1602 ; 1637 ; 1699 ; 1722 ; 1761 ; 1761 ; 1780 ; 1788 ; 1791 ; 1827 ; 1844 ; 1870 ; 1873 ; 1884 ; 1900 ; 1902 ; 1903 ; 1905 ; 1923 ; 1995 ; 1996.

La construction rurale antérieure au 19e siècle

Le manoir

Le manoir de Kervanton est le seul manoir conservé sur la commune, avec ses dépendances et ses dispositions du 16e siècle, bien que le bâtiment ait été modifié au 18e siècle (date portée 1722). Le logis, dont la façade est flanquée à l’est, est composé de deux maisons accolées dans le sens de la longueur. De part et d’autre d’une large cour ouverte, deux longues dépendances se font faces, abritant crèches à vache, à chevaux, porcherie, grange, mais également une petite maison d’habitation.

Du manoir de Kernévez-Lochrist ne subsiste qu’une dépendance probablement construite dans la deuxième moitié du 17e siècle (pignon à rampant en pierre de taille, haut comble à surcroit, gerbières à fronton, ouvertures en plein cintre et fenêtres rectangulaires, symétrie de la façade…). Le logis, d’une parfait symétrie, dont la façade principale est bâtie en pierre de taille, est une construction du milieu du 19e siècle, ne figurant pas sur le cadastre napoléonien de 1838. Celui-ci remplace un logis disparu plus au sud. Un colombier ruiné était encore en place en 1838.

L’ancien manoir de Lez présentait une disposition à cour close, dont il ne reste que peu d’éléments aujourd’hui. Les photographies prises en 1969 montrent que la ferme a été remaniée, mais que les parties les plus anciennes sont datables du 16e siècle (pignon nord-est, maçonneries, dépendance). Une large voûte, dont la base était encore visible, permettait d’accéder à la cour close.

Il a certainement existé une maison noble à Run ar Bleiz, dont les bâtiments ont été transformés aujourd’hui.

Fermes aux 16e et 18e siècles

Proche de la chapelle, la maison noble de Saint-Modez a probablement été construite par Yves Callarec, l’un des premiers recteurs de la paroisse (1509-1536), résidant à la campagne près de la chapelle Saint-Maudez. Il s’agit probablement de l’ancien presbytère du début du 16e siècle, avant que celui-ci ne soit transféré dans la ville de Guerlesquin, après l’achèvement de l’église. L’édifice, encaissé, présente une tour d’escalier arrière ; les ouvertures sont datables du début du 16e siècle : fenêtres étroites à traverse et linteau à accolade, portes et fenêtres chanfreinées…

La maison de Hent Meur, proche de Saint-Modez, présente les mêmes dispositions et ouvertures, bien qu’ayant été remaniée au fil du temps (dates portées 1637, 1699, 1761). Les deux logis de Kervrunec sont datables du 17e siècle ou du début du 18e siècle. Les fermes de Penarvern et de Troguic, des 16e et 17e siècles, ont toutes deux disparues.

Plusieurs fermes ont été construites au 18e siècle : Goasqueau (1768), Kerahed, logis de Kerlouet Bras, et logis disparu de Kernostis.

Toutes ces fermes sont construites en granite, avec une large place faite à la pierre de taille (ouvertures, chainages, rampants, parfois maçonneries). Le même soin est apporté au logis et aux dépendances lorsqu’elles subsistent. Les logis présentent une disposition à un étage et haut comble à forte pente de toiture. Les ouvertures, peu nombreuses, sont le seul support de décoration, et répondent à des besoins fonctionnels, excluant toute forme de symétrie.

Organisation spatiale des exploitations

Fermes à Porz Clos

En 1849, J-M Elouet constatait dans l’organisation des exploitations rurales du Pays de Morlaix, que « la maison manale, l'écurie et l'étable se trouvent souvent sur la même ligne et sont séparées entre elles par des pignons. » et que « le plus ordinairement, l’écurie et l’étable se trouvent placées derrière et de chaque côté de la maison manale, de manière à former une cour. Dans ces sortes de construction, la grange est séparée des autres constructions par l’aire à battre ou le paillier. »

De ces deux descriptions d’organisation d’exploitations rurales qu’il juge assez représentative pour les généraliser à l’ensemble du Pays de Morlaix, si la première se retrouve fréquemment sur la commune de Plougonven, la deuxième a aujourd’hui pratiquement disparu.

L’étude du cadastre napoléonien nous montre en effet qu’en 1838, le nombre d’unités présentant trois à quatre bâtiments agencés de manière à former une cour fermée est de 22. Seules les fermes de Goasivinic Creiz, Kerdennet, Lézers et de Prathélou présentent une disposition similaire actuellement. La disposition existait encore en 1969 au manoir de Lez et à la ferme de Penanvern.

Si les reconstructions de la deuxième moitié du 19e siècle ont eu tendance à abandonner ce type d’organisation des bâtiments constituant la ferme, celles-ci ont perduré jusqu’au 20e siècle. Dans la majorité des cas, seule la maison d’habitation subsiste aujourd’hui, les bâtiments réservés anciennement pour l’élevage et l’agriculture, abandonnés, ont été démolis. Parmi d’autres, on peut citer les anciennes fermes de Poulfanc Braz, Kerfoen, Goasivinic Huella, Guernelouarn… dont la compréhension est actuellement biaisée par la disparition des bâtiments d’exploitation.

Des autres types d’organisation des exploitations, le plus souvent, les dépendances sont placées en alignement du logis, dans la continuité des murs pignons. La maison d’habitation peut également se placer perpendiculairement aux dépendances, selon une disposition en « L ». C’est surtout au 19e siècle que les exemples sont les plus nombreux.

Il existe peu d’exemples de logis mixte sur la commune. Toutefois, les nombreuses reconstructions du 19e siècle ne permettent pas de connaitre précisément l’organisation ancienne des exploitations.

Les superpositions de datations

La définition de l’organisation des exploitations sur la commune de Guerlesquin reste partielle tant les reconstructions du 19e siècle ont bouleversé les structures anciennes et les modifications et disparitions de la fin du 20e siècle ont été importantes. L’adoption du logis indépendant, dont les très nombreuses maisons de type « ternaire » attestent, s’est développée de manière uniforme sur tout le territoire, suivant un mouvement régional et national. Peu de fermes n’ont alors pas été transformées au cours du 19e siècle.

Typologies des formes d’habitat rural

La maison à escalier droit extérieur en façade

Attestée dès le 16e siècle et jusqu’au 18e siècle, les maisons à escalier droit extérieur en façade sont liées à un agencement de l’habitat particulier : les deux pièces superposées, avec chacune une cheminée, ont chacune un accès séparé. Les maisons de Kerdennet, Keranaman et Kervrunnec présentent cette disposition. A Kervrunnec, l’escalier est accolée à l’avancée (kuz-taol) de la maison. Les mêmes dispositions ont existé sur l’ancien manoir de Lez, et certainement sur la maison de Guernélouarn, dont seules les photographies de 1969 subsistent.

La maison de Kerdennet est remarquable dans sa mise en œuvre du 16e siècle : porte plein cintre et fenêtres moulurées, haut pignon à rampants appareillés en pierre de taille, pignon sud-est chanfreiné et percé à l’étage d’une fenêtre à traverse, appui et fronton moulurés. En face de la porte du 1er étage se situe incrusté dans le mur un renfoncement en plein cintre et une pierre d’évier. Le reste de la pièce est occupé par une cheminée ouvragée en pierre et une fenêtre à coussiège. Les dispositions sont similaires aux maisons de Kerhervé à Plougonven, et de Runiou à Saint-Jean-du-Doigts.

Il semble que pour une partie de ces édifices, le premier étage a pu occuper une fonction symbolique et d’apparat. C’est le cas pour ces maisons de tisserand à escalier dont le premier étage pouvait servir de lieu de stockage ou de réception, sans que l’on puisse avancer, dans ces cas particulier, le statut et l’activité de leur propriétaire.

La maison à avancée

Les maisons à « avancée », appelé localement kuz-taol (littéralement « cache-table » en breton), sont particulièrement nombreuses dans le nord du Finistère. Construites dans une large période du 17e au début du 20e siècle, ces maisons dans un secteur géographique large du nord de la Cornouaille, du Léon et du Trégor finistérien . Si ces maisons sont encore nombreuses sur la commune limitrophe de Botsorhel, peu d’exemples ont été recensés à Guerlesquin, qui se trouve à la limite géographique de la typologie, qui disparait progressivement vers le Trégor costarmoricain.

Les maisons de type « ternaire »

Dès le 18e siècle, une nouvelle forme d’habitat apparait notamment dans les milieux urbains, basé sur une rationalisation et une symétrie des façades, selon un modèle « ternaire » (les façades présentent le plus souvent trois travées symétriques axées sur une porte centrale). 150 maisons de type « ternaire » ont été recensées sur la commune, construites entre le 18e siècle et le début du 20e siècle ; le modèle le plus fréquent étant un bâtiment à trois travées et trois niveaux (rez-de-chaussée, étage, comble).

La ville de Guerlesquin est particulièrement surreprésentée, puisqu’elle présente de très nombreuses maisons construites selon ce modèle architectural à partir de la fin du 17e siècle. Toutefois, ces maisons se différencient par un souci de décors et d’ornementations des ouvertures, et d’un traitement plus fréquent des façades en pierre de taille.

Lié à différents facteurs économiques, sociaux et culturels, ce nouveau modèle architectural va devenir le modèle unique des nouvelles constructions d’habitat sur la commune dès le milieu du 19e siècle, et jusque dans les années 1930. L’augmentation de la population rurale et l’amélioration des techniques agricoles entrainent un renouveau généralisé des constructions rurales. Le gout pour la symétrie et la recherche de lumière par la mise en place d’ouvertures plus grande sont également liés à la généralisation de la fenêtre à petits bois et vitres. De même, les phénomènes d’industrialisation, l’amélioration des voies de communication et l’apparition du chemin de fer à la fin du siècle amènent à l’utilisation de matériaux standardisés et importés. Enfin, c’est surtout les normes hygiéniste et la séparation de plus en plus marqué des hommes et des animaux, qui poussent à la construction d’édifices exclusivement réservés à l’habitat, rompant nettement avec les pratiques anciennes.

Sur tout le territoire communal, il est fréquent que ces nouvelles maisons s’implantent donc à proximité ou sur des fermes préexistantes. L’apparition d’un nouveau logement étant souvent synonyme d’un déclassement des anciennes habitations au sein d’une même ferme en dépendance pour les animaux. Quelques maisons sont cependant construites ex-nihilo durant la période, le long des axes de communication (principalement sur les routes vers le Ponthou et vers Plougras), et sont à rapprocher des maisons de bourg dont la fonction commerciale est clairement affichée en rez-de-chaussée.

Les dépendances

Granges

26 granges ont été recensées dans les différentes anciennes exploitations. Principalement construites au 19e siècle, il s’agit dans la majorité des cas de bâtiments isolés à porte charretière en pignon.

Puits

Le nombre de puits recensés, dix, est très faible compte tenu de la taille de la commune. Le taux de disparition de ces dispositifs d’accès à l’eau autrefois vitaux, devenus simples ornements décoratifs ou désaffectés, est considérable compte tenu de la grandeur de la commune. Une très large partie de ces éléments est aujourd’hui à l’abandon.

Bâti en moellons de granite, les plus exemples présentent une ornementation en pierre de taille. Le puits de Kernévez-Lochrist présente une petite niche intérieure. A Toul ar C’hoat, la disposition est originale, le puits étant directement intégré à un petit bâtiment. Une rigole en granite traversant le mur de part en part, surmontée d’une petite ouverture, permet d’alimenter une auge en pierre extérieure depuis l’intérieur.

Porcheries, étables et écuries

73 crèches à vaches ou à chevaux, ainsi que 33 porcheries ont été identifiées dans les 84 « fermes » recensées sur la commune.

Les dépendances dont la datation est antérieure au 19e siècle sont rares. Toutefois, plusieurs dépendances recensées sur la commune en 1969 montrent que des constructions de qualité existaient dès le 17e siècle : maçonneries assisées, portes en plein cintre, utilisation de pierre de taille… Celles-ci ont pour la plupart disparues : dépendances de l’ancienne ferme de Penarvern, métairie de Lez en ruines avec son logis sur dépendance, dépendances de Créac’h Quivinen et Kervocu fortement remaniées, pierres de taille des dépendances de Goasivinic Creiz supprimées… Les dépendances de Keranaman, Kerahed et Kernévez-Lochrist sont remarquables.

Les très nombreuses dépendances recensées datables du 19e siècle montrent l’importance que l’élevage des porcs, vaches et chevaux a pris à partir du début du siècle.

D’après J-M Elouet, entre 1811 et 1846, le nombre de bovins à fortement augmenté dans tout l’arrondissement de Morlaix, passant de 45 556 têtes à 60 637. La commune de Guerlesquin comptait alors 605 bovins en 1836, puis 930 en 1846, pour une population rurale (hormis la ville) ne dépassant guère les 1000 individus. De même, le nombre de chevaux a plus que doublé dans le même arrondissement entre 1813 et 1846, comptabilisant 187 chevaux pour Guerlesquin en 1821, puis 279 en 1846. La commune compte en 1846 249 porcs, et J-M Elouet note que « Le commerce qui s'en fait à Morlaix est très-considérable. D'après les renseignements qui nous ont été fournis par des hommes dignes de foi, on évalue à 15,000 têtes le nombre des porcs qu'on exporte annuellement de notre port. Ils proviennent généralement de Saint-Jean-du-Doigt, de Plouégat-Moysan, du Ponthou, de Plouigneau, de Botsorhel, etc., etc., et de quelques communes des arrondissements de Lannion et de Guimgamp (Côtes-du-Nord). Ces animaux se vendent depuis l'âge d'un an jusqu'à 15 mois. On les embarque pour tous les ports de France, et particulièrement pour le Havre. La plus grande partie est destinée aux approvisionnements des navires et principalement de ceux qui font la pêche de la morue et celle de la baleine. On en expédie aussi beaucoup en Algérie. »

Le nombre de petites exploitations agricoles permet cependant de nuancer ces chiffres : on trouve rarement de fermes possédant plus de 3 ou 4 vaches, 1 ou 2 chevaux et porcs. La forme des dépendances en atteste, les crèches à vaches et chevaux sont petites ; les porcheries, très basse, permettent « d’engraisser » un, voir deux cochons.

Construits de manière isolée ou en alignement de la maison, les procédés de constructions sont les mêmes que dans l’habitat du 19e siècle : chainage d’angles, ouvertures de portes et fenêtres sont traités en pierres de taille de granit agencées en harpe. Les fenêtres, de petites dimensions, sont souvent réduites à un simple jour, dont la fonction semble plus être d’apporter une aération que de la lumière. Les porcheries constituent une forme à part : de petites dimensions, elles sont le plus souvent placées en appentis sur un pignon. Ces petits bâtiments sont alors fragiles, et beaucoup ont disparu.

Aires d'études Parc Naturel Régional d'Armorique
Dénominations ferme, maison, étable à chevaux, étable à vaches, écurie, puits, grange, porcherie
Adresse Commune : Guerlesquin