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L'architecture artisanale et industrielle (ville de Vannes)

Dossier IA56003561 réalisé en 2000

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L'activité artisanale dans la quartier de la gare : une activité variée

C´est en 1862 que Jean-Marie Normand établit la première entreprise du quartier. Originaire de Saint-Nicolas de Redon, il déplace son entreprise de construction à Vannes après avoir soumissionné victorieusement au chantier de la nouvelle préfecture. Il construit son habitation rue Saint-Symphorien, adjacente à ses locaux professionnels. Il est fort probable que la proximité de la gare joua un rôle dans le choix de son implantation, même si l´essentiel des matériaux de construction était d´origine locale. Reprise par trois de ses fils, l´entreprise Normand qui eut à son actif quelques contrats importants, telle la construction de la basilique de Sainte Anne d´Auray, fut dissoute en 1898.

Parallèlement, un autre des fils, Emmanuel, marchand de vin, adresse le 4 février 1874 une lettre au préfet stipulant que « (il a) l´intention d´établir à Vannes sur un terrain (lui) appartenant rue Saint-Symphorien un établissement de distillerie liquoristerie ». Le maire appuie cette demande, précisant que « l´emplacement ... semble par son éloignement des autres habitations bien choisi pour ne pas susciter des réclamations de la part des voisins ».

C´est au sud du quartier que Henri Ducroquet et Yves-Marie Guérin assoient leurs entreprises. Mentionné dans les annuaires à partir de 1886 (mais on ignore la date exacte d´implantation, probablement vers 1870), le premier fait commerce de bois, notamment de poteaux de mines qu´il expédie par bateau vers le Royaume Uni. Il installe son chantier sur des terrains bordant l´enclos du couvent de la Retraite du Mené, terrains en partie aujourd´hui sous le boulevard de la Paix et la cité administrative. Situé entre les avenues Saint-Symphorien et Victor Hugo, ce vaste espace servait de stockage, comme le montre le papier à en-tête de l'entreprise. La maison d´Henri Ducroquet édifiée en 1871 à proximité du chantier est le seul témoignage de l´entreprise florissante qui reprend en 1897 l'établissement Guérin Jeune et Cheminant (de l´autre côté de la rue). Il semble à partir de cette époque développer son activité dans le domaine de la fabrication des matériaux de construction (ciments, tuiles, briques). Ducroquet est également grossiste et détaillant. L´entreprise se développe par la suite dans la rue Olivier de Clisson : en 1893, à la suite de plaintes de riverains déposées pour nuisances sonores, Ducroquet fait une demande d'autorisation de déplacement de sa scierie mécanique vers cette rue4 (au n°6 et 8). qu´il vient d´ouvrir pour desservir un nouveau lotissement. Elle était située au n° 8. En 1910, un plan établi par Edmond Gemain fait état d´une nouvelle demande de scierie mécanique, cette fois dans l'enceinte de l'entreprise. Enfin en 1919, Henri Ducroquet demande à l'architecte Bardet un projet de bureaux 13 avenue Saint-Symphorien, projet dont les plans se trouvent conservés aux Archives municipales.

Quant à Guérin, il est mentionné dans les annuaires de 1886 et 1888 comme fabricant de matériaux de construction avenue Saint-Symphorien, à l´endroit du prieuré saint-Symphorien dont il habite l´ancienne maison priorale. Sa demande d´autorisation pour la création de l´entreprise au maire de Vannes intervient après la mise en route de celle-ci : en effet la lettre précise qu´il s´est installé sans autorisation, « ne pensant pas qu´un établissement isolé ... dut être un danger pour la santé publique ».

D´autres entreprises artisanales voient plus tard le jour, comme la manufacture de bonneterie de Marcel Allain, établie dans les années 1920 au 20 avenue Favrel et Lincy dans une ancienne maison, ou encore la fabrique de cierges David créée en 1928 avenue Saint-Symphorien. La maison atypique construite par Elie Juhel en 1917 dans la rue Audren de Kerdrel compte sans doute aussi au nombre des ces petites entreprises artisanales.

La rue des quatre frères Créac´h montrait encore il y peu les traces de cette activité intense : une vue aérienne prise vers 1935 montre une succession de hangars-ateliers établis sur la rive ouest : emplacement judicieux qui, face au cimetière, ne risquait pas de déranger par des nuisances sonores ou olfactives ! Pourtant, aucune trace ne montre dans les délibérations municipales qu´il puisse s´agir d´une décision concertée. Tout au plus peut-on signaler l´interdiction de construire une habitation à moins de 100m du cimetière pour des raisons d´hygiène.

Mais on peut insister sur le caractère opportuniste des entrepreneurs en bâtiments, qui s´installent dans les nouveaux quartiers près de leurs clients potentiels. L´arrivée du chemin de fer en 1862 et, après la défaite de 1870, l´implantation de plusieurs régiments engendrent un regain d´activité dans le domaine du bâtiment. Au total trois casernes ont été édifiées dont une au nord de la gare. Ces gros chantiers ainsi que d´autres en ville ont favorisé l´arrivée de nouveaux entrepreneurs publics comme Francis Huchet père, originaire de Vertou, Jean-Marie Normand de Redon ou encore Paul Grandeau venu de l´Indre. Les annuaires du département pour ces années citent dans le quartier de la gare les frères Normand, Richard et Le Gohlès, Huchet, Desmaison. Outre quelques hangars Richard et Normand, seuls subsistent encore aujourd´hui rue Abel Leroy, les vestiges de l´entreprise Desmaison, un bâtiment en pan de bois en retrait de la rue, avec pièces habitables surplombant aujourd´hui une série de garages.

La première « zone industrielle » de Vannes

C´est surtout dans la première moitié du siècle dernier que l´urbanisation se développe repoussant les limites de la ville bien au-delà de la voie ferrée. La gare de marchandises incite peu à peu les entreprises à s´établir de ce côté, laissant le côté sud à la spéculation immobilière résidentielle. La Société Boulonnaise des Travaux et Constructions basée à Boulogne-sur-Mer implante sa division bois à Vannes en 1914 sur environ six hectares entre la rue de Strasbourg et le chemin de Saint-Guen. Dotée d'un matériel moderne très perfectionné, l´entreprise était spécialisée dans la fabrication de menuiseries de bâtiment et d'art, de charpentes et de maisons économiques en bois ; elle fait le commerce des bois du pays (chêne, sapin, hêtre...), des bois exotiques (acajou, okoumé, teck...) ainsi que des matériaux de construction extraits de ses carrières (sables, pierres) ou fabriqués par elle : parpaings, tuyaux et agglomérés de ciment. Transformée en société autonome en 1925 sous le nom de Société Bretonne des Industries du Bois, elle fut déclarée en faillite trois ans plus tard en 1928.

Le paysage actuel conserve encore quelques vestiges de cette grande entreprise : un long et étroit bâtiment en ruine perpendiculaire à la rue de Strasbourg, près des anciens établissements Le Pesquer ainsi qu´un énorme bâtiment, un générateur de 750 ampères alimenté à l´époque par une machine à vapeur de 800 chevaux.

La vente des terrains par lots donne naissance à un grand lotissement d´une part et à la première zone industrielle de Vannes d´autre part où se regroupent artisans et négociants en tout genre, jusqu´alors dispersés dans le tissu urbain. L´expansion de certaines entreprises vannetaises bénéficiant des transformations économiques de l´époque explique leur regroupement et leur implantation sur de grandes parcelles dégagées de tout voisinage gênant. Ne voit-on pas signalé sur le plan du lotissement les chantiers de l´entreprise Ducroquet-Lefèvre et les acquisitions du promoteur Rochard destinées probablement à être loués ou revendus par la suite à d´autres entrepreneurs ? Un peu plus tard, le transfert des établissements Le Douarin, grossiste en épicerie, l´installation, au nord, des établissements Guyot-Bois spécialisés dans le négoce du bois, sont symptomatiques de cette évolution tout comme la construction de dépôts d´essence avec le développement de l´automobile.

Aires d'étudesVannes
Dénominationsensemble industriel, atelier
AdresseCommune : Vannes

Ce dossier collectif regroupe les édifices industriels et artisanaux implantés sur le territoire de Vannes aux 19e et 20e siècles. 39 établissements ou emplacements d'établissements ont été repérés. Nombre d'entre eux ont aujourd'hui disparu et n'existent plus que dans les sources. Sur ces 39 établissements, 17 ont été sélectionnés pour étude, en raison de leur état de conservation ou de leur caractère exceptionnel, même détruits (distillerie Normand).

Période(s)Principale : 2e moitié 19e siècle
Principale : 20e siècle
Décompte des œuvres repérés 39
étudiés 17