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Grande pêche et activités littorales

Dossier IM22005641 réalisé en 2006
Aire d'étude et canton Communes littorales des Côtes-d'Armor - Matignon
Localisation Commune : Pléboulle

Deux oeuvres, datées du 19ème et du début du 20ème siècle, ont été repérés et étudiés comme "objets témoins" de l'histoire maritime de la commune de Pléboulle, ou plus précisément, comme témoins de la vocation maritime d'une partie de la population de Pléboulle : une paire de sabots-bottes et un livret maritime. Ces objets associés à des témoignages oraux recueillis par l'"Association culturelle de Pléboulle" pendant le 4ème quart du 20ème siècle et le début du 21ème siècle, enrichissent la tradition orale et la re-construction de l'identité rurale et maritime de la commune, aujourd'hui peu tournée vers la mer. La Royale, la grande pêche et le commerce au long cours n'engagent plus d'équipage depuis les années 1950 de l'après-guerre. Les capitaines et les armateurs ne viennent plus chercher des équipages chez les "maos" (les paysans) à l'intérieur des terres, après la fête de la Montbran. La commune conserve seulement le souvenir lors des grandes marées de la présence de la mer en ses terres, dont la toponymie a parfois conservé les traces (les Salines proches sur Corbusson). En effet, la conquête du territoire sur la mer grâce aux endiguements commencés au 18ème siècle et poursuivis au cours du 19ème siècle, a coupé les liens de dépendance de la commune avec la mer côtière. On ne va plus prélever la marne dans les pétrelles, la conchyliculture en baie a remplacé la pêche côtière (quoique subsiste encore la pêche à pied de loisir et professionnelle) et le cabotage a disparu depuis longtemps pour échanger produits de la terre et produits de la mer. Cependant, l'approche systémique du territoire rappelle les anciennes dépendances qui conduisent les eaux douces vers la côte et conditionnent la qualité des eaux de la baie. Les cultivateur ont chaussé les sabots-bottes abandonnés par les marins pour aller dans les champs et les marais. L'envasement des cours d'eau est un signe du changement écosystèmique et du changement culturel qui éloignent encore plus ces habitants de la mer.

Annexes

  • Commentaires autour de la photographie du trois-mâts goëlette la "Leone" : liste nominative des marins.

    Les noms ont été communiqués par Jea-Louis Duménil, Roger Vimont et Jules Ohier.

    - En bas de G. à D. : Daniel, Cocher Théophile de Ploubalay, Alphonse Jan de Pléboulle, Rochard "Petits-yeux" de Pléboulle, Bourgaud de ST-Cast dit Nénette, Armand Depagne d'Erquy, Emile Verdes de Pléboulle, officier de quart, Louis Béret dit Papa-Louis de Plurien, le Portugais, Ange Jamet de Pléboulle, officier de quart et protecteur du mousse Jean Leray de Ploubalay, Dans le Doris Eugène Balan de Plurien frère du joueur de vielle. - En haut : 2 frères Labbé, le "Petit" qui fume la pipe, le "Gros", François Charlot de Plurien (mousse), Louis Bignon de Ploubalay, un matelot de Plessis-Balisson, Jean Hayet de St Michel de Plélan, Joseph Rabardel qui faisait équipe dans le doris avec Alphonse Jan. Ce navire terreneuvier était commandé par la capitaine Glatre du Guildo.

  • Témoignages recueillis par Jean-Louis Duménil auprès des anciens marins de Pléboulle

    Remarque : l'orthographe du texte original a été respecté.

    Témoignage de Marie Fouyer, épouse de marin, Francis Fouyer et fille de marin, Joseph Le Goff

    Publication "Pléboulle et la mer", avril 1999, p. 23-24.

    "Francis n'avait pas de marins dans sa famille. Il a perdu sa mère de 36 ans quand il avait 14 ans. Il habitait à la Vallée. Ils étaient quatre. Il fallait qu'ils se débrouillent. Il y avait deux vaches, ils n'étaient pas riches. Il n'avait pas le choix. La seule issue pour gagner sa vie à cet âge-là, c'était alors de s'embarquer pour Terre-Neuve.

    Pour commencer, son premier embarquement a été à la Rochelle, à 14 ans. Il ne savait même pas ce que c'était qu'un train. Il n'a jamais embarqué à Saint-Malo. Les capitaines passaient recruter leurs équipages.

    Au mois de décembre, il n'y avait pas trois ou quatre jours qu'il était arrivé, voilà les capitaines qui arrivent pour les embarquements. Il y en a qu'il ne voulait pas voir. Il y avait des bateaux et des capitaines qui n'étaient pas intéressants. Avant que d'être débarqués, ils étaient souvent déjà embauchés pour l'année suivante.

    Il a embarqué ensuite à Fécamp. Il a fait 12 ans avec le même capitaine, le capitaine Récher. Pour aller à Fécamp, ils allaient à plusieurs marins de par ici en taxi.

    Sur le livre "Le Grand Métier" de Jean Récher, c'est exactement ça, les noms qui sont cités, c'était ses copains. Après Fécamp, il a embarqué à Bordeaux, sur plusieurs bateaux . Et pour finir, c'était Fécamp. C'était des bateaux à vapeur. Il n'a jamais été sur un voilier. Ils pêchaient au chalut.

    Quand je me suis marié avec Francis, il avait 28 ans et il était donc déjà terre-neuvas. Il naviguait. Un terrible métier ! C'était une vie de misère.

    L'année où l'on s'est marié, en 1950, il était à bord du "Jacques-Coeur" Avec la "Ginette-Leborgne", un autre bateau, ils se sont abordés en pleine mer, dans le brouillard. Sur la "Ginette", il y a eu 12 morts. Eux ont été saufs, mais la "Ginette" a coulé. Ils ont sauvé le reste de l'équipage. Il y en a beaucoup qui se sont jetés à la mer. Ils travaillaient des langues et des joues de morues qu'ils mettaient pour eux dans des barriques pour les vendre en arrivant. Il y a eu beaucoup de ces barriques qui leur sont tombés sur la tête et qui les ont tués le long du bord. La "Ginette" a été reconnue coupable à 100%, étant donné qu'il y avait des appels dans la brume, et que la "Ginette" n'avait pas répondu. Ils devaient être sur un banc de poisson, et ne voulaient sans doute pas se faire repérer. Le "Jacques-Cœur" les a pris en plein travers, et ça a été le malheur.

    La deuxième année qu'on était marié, je reçois une lettre de l'armateur, disant qu'on avait hospitalisé mon mari à Saint-Pierre et Miquelon pour y recevoir les soins appropriés à son état. Voilà une jolie lettre ! Qu'est-ce que ça veut dire ? Je prends ma bicyclette, et je vais à la poste à Fréhel. La dame qui était à Fréhel savait très bien ce que c'était que le métier. Son mari avait été marin. Elle a téléphoné à Fécamp, à l'armateur. L'armateur lui a répondu qu'il avait les doigts complètement gelés. Il avait été "déphalangé" à plusieurs doigts. On lui voyait les os quand il avait arrêté.

    Pour moi ce n' était pas toujours rose. Parfois, j'étais 5 mois sans avoir une lettre. Ils ne touchaient jamais terre. Quand j'ai eu mes enfants, j'étais toute seule. J'ai des fois eu peur. La lettre pour ses doigts, ce n'était pas drôle.

    Pour les décisions à prendre, j'attendais qu'il vienne en permission. Je lui écrivais pour lui dire qu'il y avait telle et telle chose. Sur la radio maritime d'après, il me mettait qu'il était d'avis favorable.

    Quand il était en mer, il m'envoyait une radio une fois par mois. Ca coûtait cher, parce qu'il fallait qu'il paye pour me l'envoyer. C'était par radio maritime. On avait fait un code : vous embrasse bien fort. Bien fort, ça voulait dire 100 tonnes, bons baisers, ça voulait dire 200 tonnes, doux baisers, etc. Le message venait sous forme de lettre de Saint-Lys.

    Pour répondre, je devais aller à la poste, soit à Matignon, soit chez Mme Verdes au bourg de Pléboulle. On n'avait droit qu'à vingt mots, adresse comprise. Ce message était coûteux, mais parvenait deux ou trois jours après.

    Si l'on voulait écrire, on remettait les lettres à ceux d'un bateau qui venaient en permission. Au bons soins de Mr le Capitaine de tel bateau. Quand ils arrivaient sur place, ils signalaient par radio qu'ils avaient du courrier. Cela avait déjà demandé du temps, mais comme le bateau devait se dérouter pour venir prendre le courrier, et que la pêche passait avant tout, cela demandait un délai supplémentaire. De sorte que la formule était beaucoup plus longue.

    On adressait aussi des lettres par la Poste et par avion à Saint-Jean de Terre-Neuve. Ils n'avaient le courrier que lorsqu'ils allaient à terre pour faire le ravitaillement, comme le sel. Il arrivait parfois qu'il ait 7 ou 8 lettres, et lui m'en renvoyait une. Il y avait aussi le navire-hôpital, l'"Aventure", qui pouvait porter le courrier.

    Il fallait qu'ils débanquent, qu'ils quittent les bancs de Terre-Neuve, pour le 10 décembre. On entendait à la radio que tel bateau était débanqué et faisait route vers... Lui, il m'envoyait un radio maritime. Ils faisaient route vers La Rochelle, Fécamp ou Bordeaux, ça dépendait.

    Il fallait compter 12 jours de traversée, selon le temps. Je savais donc à peu près le moment de son arrivée. Comme il était trancheur-ramendeur. Il débarquait.

    Mais en contrepartie, comme il était ramendeur, dès le 30 janvier, il fallait qu'il soit à l'armement pour monter les chaluts. Car tous les bateaux devaient partir le 15 février .Il était donc là environ du 20 décembre au 25 janvier. J'ai été une fois à l'armement, à Bordeaux. Je m'embêtais plutôt.

    Il rentrait en juin. Il était là deux fois un mois dans l'année, mais je l'ai vu dans l'été n'avoir que trois jours. C'était deux campagnes par ans, et quelques fois trois, mais il fallait pour cela une bonne année de poisson.

    Quand il était de retour, j'avais tout juste le temps de laver son sac, son linge. Tout juste le temps de le laver, de le raccommoder pour lui redonner à remporter. Je me disais tout le temps, si j'ai un garçon, je préfère le voir faire n'importe quoi, mais jamais terre-neuvas.

    Une fois, il a raté une campagne quand il a voulu être là pour la communion de la petite.

    Comme il était daltonien, il n'a jamais eu le grade qu'il aurait dû avoir. Il a été en 5ème catégorie, alors qu'il aurait pu avoir la 7ème.

    Il était payé à la part, ça dépendait de la pêche. Il ramenait aussi son baril avec la godaille.

    Jamais il ne se plaignait, ni d'être enrhumé, ni d'avoir eu des problèmes. Jamais il ne me disais rien qui aurait pu me donner des soucis.

    Trois semaines après qu'on a été marié, il a fallu aller passer la visite à St-Brieuc, à la marine pour repartir. Le docteur lui dit : "Vous avez une hernie. Vous devez être opéré avant de partir." C'était pas des opérations rapides comme maintenant. Il fut 17 jours à la clinique à St-Brieuc. Il sortait un jour pour reprendre le lendemain le chemin de Terre-Neuve. Le docteur Ménard ne voulait pas lui signer sa feuille de départ : "Vous faites une folie en faisant ça. Une fois en mer, vous allez attraper une éventration." - "Oh, mais non, pendant la traversée, je ne vais pas travailler." Il me dit après qu'il avait travaillé comme les autres.

    Quand ils étaient en mer, s'il y en avait un à mourir, c'était toujours lui qui les mettait dans le sac, pour les mettre à la mer. La nuit qu'ils étaient décédés, on faisait une nuit de veille. Au moment de les jeter à la mer, il fallait les mettre dans un sac. Le capitaine faisait faire une minute de silence, disait un petit mot ; et puis, hop, à la flotte.

    J'ai eu souvent peur que ça lui arrive. Vous pouvez être sûrs que les départs n'étaient pas joyeux. Ni pour lui, ni pour nous. Aussi pour les enfants, quand ils ont grandi, le départ de papa. C'est pas une vie. C'est pas une vie convenable.

    Quand il a eu fait ses 25 ans de Terre-Neuve, il en avait marre, il a donc fait la petite pêche à Saint-Cast. Le bateau était à Pierre Dutertre, un copain à lui. Ils avaient fait 12 ans de navigation ensemble. Il rentrait alors tous les soirs de St-Cast.

    Au début, il y allait en mobylette, et après il allait en 2 CV. Il n'y a jamais eu de pépins. Il a laissé des bons collègues au port de St-Cast. C'est la marée qui commandait le départ. Selon la marée, il devait partir des fois vers 2 ou 3 heures du matin. En plus des praires, il avait un filet, et ils faisaient des crabes.

    Pour la paye, c'était aussi le système de la part. Tout dépendait donc de ce qu'ils prenaient. C'était au cinquième.

    Il a fait 37 ans, 6 mois et 11 jours de navigation".

  • Témoignage autour de l'activité ostréicole : Marie Fouyer, épouse de marin, Francis Fouyer et fille de marin, Joseph Le Goff

    Propos recueillis par Jean-Louis Duménil, le 29 janvier 1999.

    "Pour les huîtres ça s'est fait d'une façon bizarre. Des cultivateurs avaient demandé des parcs à huîtres. On s'est dit pourquoi pas nous. On a été trouver l'administrateur à St-Brieuc.

    On a commencé avec 5 kilos de naissain. C'était un dur métier, mais on s'y plaisait bien. On était cette fois tous les deux. On avait eu un vieux tracteur que je menais aussi. On avait des moments où il faisait vraiment froid, surtout pour traverser les rivières.

    On a eu du chagrin tous les deux quand on a arrêté à cause de l'âge. C'est des gars d'Erquy qui ont repris le parc.

    On faisait venir le naissain du Japon. Des vieilles coquilles sur lesquelles il y avait bien 500 huîtres de collées, mais grosses seulement comme des crottes de puces. Un mois après, les huîtres étaient grosses comme mon ongle. Pour finir, ils avaient réussi à capter du naissain dans les Charentes. Le plus qu'on a pris en naissain, ça a été 200 kilos. Maintenant, c'est par baguettes.

    Après, il fallait les "détroquer" une par une avec un couteau. Il fallait les remettre à la mer le lendemain dans des pouches qu'on fixait sur des tables en fer pour que la mer ne les emmènent pas quand il y a des tempêtes. Ensuite, lorsque elles avaient commencé à grossir, il fallait les répartir dans des poches pour leur donner de la place, et les calibrer en même temps.

    On allait à toutes les marées valables pendant quatre ou cinq jours. On attendait la marée. On s'y plaisait bien. C'était à la fois travail et détente. On se retrouvait tous dans la baie, là-bas, on blaguait, on rigolait. Avec les huîtres, on n'a pas perdu d'argent, mais on n'a pas fait fortune non plus.

    Quand nous avons tout arrêté, il y a eu un moment de cafard pour nous deux. On aurait été obligés d'investir gros à cause de toutes les nouvelles lois. Il fallait un bassin de décantation, il fallait ceci, il fallait cela... On s'était mis à plusieurs pour faire un bassin de décantation à Port-Nieux ; au moment de la réception, on nous a dit qu'il n'était pas conforme. On s'est dit qu'avec tout ça, on allait s'enliser.

    Après, Francis continuait d'aller à la mer à toutes les marées. Il allait faire son petit tour. Même quand il a eu une jambe de coupée, tout malade qu'il était, il me disait : " Allez, on va-t-y faire un petit tour ? " Je le portais dans mes bras pour le sortir du fauteuil roulant et pour le mettre en voiture. On allait au port de St-Cast. Il voyait tous les bateaux, il voyait d'autres marins. Ou bien on allait au port d'Erquy. Il voyait le roulement. Pour nous deux, la vie, c'était la mer.

    Surtout que j'étais fille de marin. Mon père, Joseph Le Goff était marin. Etant jeune, il avait fait le long cours. Il était deux ou trois ans parti, et puis, il s'en revenait. A 30 ans, il a acheté son bateau et il a fait la petite pêche à partir de Saint-Géran.

    Quand le Laplace a sauté en mer en 1950, il y a eu 50 et quelques morts. Un cultivateur est arrivé à 5 heures du matin. C'était le 13 septembre. Je faisais le café. " Où est ton père ? " - " Papa, il n'est pas levé. " - Il va dans la chambre en bas : " Lève-toi, lève-toi bien vite. Il y a un bateau qui coule dans la baie de la Fresnaye, on entend jeter des cris depuis chez nous. On entend appeler au secours." Ils sont partis tous les deux pour aller chercher les rescapés. Quand il est arrivé avec son bateau au ras du Laplace, il en a sauvé huit.

    Il n'a jamais voulu de décoration pour ça. Il l'avait fait pour sauver des hommes.

    Nous, on était à terre, et on avait peur de voir papa couler. Son bateau était un douze pieds, et ils étaient 10 dedans.

    Ces gars-la, ils étaient trempés de mazout. Maman avait fait du feu pour les réchauffer. Elle les a lavés dans l'étable des vaches avec de l'eau chaude. Après, il a fallu les habiller en civil avec les affaires à papa. Sur les huit., il y en a un, le pilote, qui a dit merci. Jamais on n'a entendu parler des autres.

    L'anniversaire du naufrage aura lieu en l'an 2000. Il y aura 50 ans que le bateau aura été coulé".

  • Témoignage recueillis par J.L. Duménil, publiés dans la revue "Pléboulle et la mer", avril 1999, p. 17

    Témoignage de Mme Y. Barbu : "A la chapelle de St-Sébastien, il y avait, l' un des deux premiers dimanches de février, un pardon. Les pêcheurs de Terre-Neuve y venaient. Ils y achetaient les pieds de cochon, les oreilles, tous les abats. Ainsi, ils emmenaient du cochon salé. Ce n'était pas cher, et, une fois en mer, cela les changeait du poisson".

    Témoignage de Hélène Buet, 08/03/1999

    "Mon père Alfred Buet a été marin et pêcheur à Terre-Neuve. Il était né en 1892.

    Son père avait refusé du foin à des comédiens de la foire de Montbran. Ceci lui a valu de recevoir un coup de pied dans le ventre et il en est mort. Il a donc fallu aux enfants aillent chercher leur pain très jeunes. Il est parti à 12 ans, petit mousse. Il embarquait à St-Malo. C'est là qu'ils allaient chercher leur paye aussi.

    Il a eu de la misère. Il a crevé de faim, comme il disait souvent. Ils étaient menés à coups de pied dans le cul à 12 ans, les pauvres petits maudits. Lorsqu'il a eu fait un certain nombre d'année, il a cessé de naviguer. Il a arrêté jeune parce qu'il avait embarqué très tôt. Mais pour avoir une retraite, il lui fallait avoir un autre emploi. C'est ainsi qu'il est devenu cantonnier de la commune à Pléboulle.

    Mais en 1935, à l'âge de 44 ans, il est tombé paralysé dans la route de la Ville Nizan un jour qu' il était à curer les banquettes. Quand il est arrivé, ma mère l'a pris pour être saoul. elle avait pensé qu'ils lui avaient donné à boire à la Ville Nizan ou à Galivais. Il est décédé en 1965 à 73 ans. Je ne l'ai pas connu quand il était marin. Je n'ai donc aucun souvenir sur ce sujet. Je suis née en 1922".

  • Témoignage de Jean-Baptiste Bolle des Mauffries, né en 1905 à St Pôtan (marin terre-neuvas), recueilli en 1999 par Jean-Louis Duménil

    Remarque : l'orthographe du texte original a été respecté.

    "Mon père était alsacien. Après la guerre de 1870, les Allemands avaient pris l'Alsace et la Lorraine. Il ne voulait pas rester sous leurs ordres. A 12 ans, il partit et arriva à Lamballe. Sur le marché, il portait une branche pour faire voir qu'il était un pâtour qui cherchait à s'engager dans les fermes. C'est un fermier de St Pôtan qui le prit et l'amena chez lui. Et il se maria sur place.

    Le père tomba paralysé. Le mère avait 4 gosses sur les bras. Il n'y avait pas de pain à la maison. Fallait aller dans les fermes. J'ai donc commencé à gagner mon pain à 9 ans comme pâtour au Bois Talva. Après, j'ai été charretier au Bois Rouault.

    Après 4 ou 5 ans, je gardais 75 moutons à Pen Guen, et j'vis les bateaux sur la mer, et je m'dis que l'année prochaine, j'irais là-dessus.

    J'ai embarqué pour la première fois sur un chalutier à vapeur tout neuf. Le capitaine était un Monet de St Cast, de la Garde. Comme mousse et comme novice, je lavais la morue, en plus d'aller chercher le manger à la cuisine pour les matelots.

    Après 1924, j'ai toujours été sur des voiliers jusqu'en 1940. Au début comme novice à laver la morue. Après, comme Avant de doris. Je fis 5 campagnes avant de partir au Service en 1925.

    Pour le service militaire, je fus dans la marine, et je fus deux ans en Chine ; ça fit double campagne. On fut désigné pour aller par paquebot remplacer un autre équipage sur le "Jules Michelet". Dans ce temps-là, on avait une grande concession à Shanghai. Il fallait la défendre. Comme inscrit maritime, j'ai fait trois ans de service. C'est là qu'on nous apprit à nager. Au début, je faisais de tout, comme 3° classe. Après, sur le Diderot, je servais les boeufs, comme on appelait les seconds (les sous-officiers) dans ce temps-là. Le dimanche, je remplaçais le cuisinier.

    Après mon service, j'ai retourné à Terre-Neuve, et alors, sur le doris, on était à moitié. En 1930, mon patron de doris tombit malade sur le port. Le capitaine Gicquel de Pléneuf me dit : " Faut-y te donner un Avant de doris ? " - " Oui, pas ! " Et j'pensis - Tant pis si je n'reviens pas. - Je m'nis mon doris, et ça a très bien marché. On était payé sur la morue qu'on pêchait.

    Quand on arrivait sur les bancs, on mouillait. Pour tendre les lignes, il fallait aller loin du bateau. Quand il y avait de la brume, on devait bien écouter la corne du baterau pour venir les chercher le lendemain.

    Au matin, on lovait bien nos lignes. On faisait 2 ou 3 tours de morue, ça dépendait comme ça pêchait sur les lignes. On bouëttait nos cordes dans la journée, et puis, le soir, on allait les tendre.

    Lorsque la morue était sur le pont, on lui piquait la tête sur un piquoir, et on enlevait la tripaille. Le matelot léger la décollait, il lui enlevait la tête. Il la passait au trancheur qui était le second ou le capitaine, pour enlever l'arrête du milieu. Et comme il fallait qu'elle aurait été bien propre, ils la mettaient dans la baille pour que le novice la lave.

    On était 32 en tout sur les voiliers. J'ai navigué avec Verdes de Pléboulle qui était saleur, avec José Guillaume de la Chapelle. Il y avait Désiré, Charles et, je ne sais plus les noms.

    Avant de partir, tout le temps vers le 20 mars, il y avait une messe à St Germain, et ils nous payaient à déjeuner.

    On emmenait de la saucisse, du beurre bien salé et un couple de bouteilles d'eau-de-vie.

    Au départ de St Malo, le capitaine nous réunissait à l'arrière. Ceux qui voulaient récitaient un "Je vous salue, Marie" et un "Notre père", et on avait tous droit à un quart de vin blanc.

    Il y avait 20 hommes dans le poste de devant. Derrière, il y avait le capitaine et les maîtres de doris.

    Au 15 août, on mettait sur la table du poste de devant un panier plein de sel, et une Bonne Vierge dessus. On allait chercher le capitaine quand les bougies étaient allumées. On disait des prières, et il y avait distribution d'un quart de vin.

    Des fois, on chantait en travaillant, par exemple en virant au guindeau. Un treuil à l'avant, où il y a la chaîne, pour lever l'ancre. Il y avait la moitié de l'équipage à tribord, l'autre à bâbord. C'était dur quand il y avait 4 ou 5 maillons de chaîne à virer. Un maillon, c'est 30 mètres de chaîne. 5 maillons, ça faisait donc 150 mètres. En moyenne, le fond était par 40 mètres. C'était une ancre à jas, avec l'émerillon au bout. Il y avait une poulie exprès pour mettre l'ancre à place.

    Par deux fois, j'ai été sur des nouveaux 3 mâts à moteur. Le moteur était pour la marche, mais c'était la même pêche avec doris. Le moteur marchait à l'essence. Et c'est venu, un peu après 1930, qu'il y a eu un autre moteur pour le guindeau qu'il n'y avait plus besoin de manoeuvrer à bras.

    La campagne s'arrêtait à la St Michel pour charger le bateau. S'il n'était pas fini, tant pis. Entre les campagnes, je travaillais dans les fermes.

    Je me suis marié en 1932, et je suis venu aux Mauffries en 1933. J'ai eu un gars qui a fait 28 ans dans la marine nationale. Il a fini dans les cuisines comme maître principal (Adjudant-Chef).

    En 1940, le 28 juillet, on était chargé. Là, on avait bien pêché. Fallait qu'on va à St Pierre. Comme on n'avait pas de radio sur les bateaux, on ne savait pas que la France avait capitulé. Tout à coup, vint des ordres qu'il fallait rallier Bordeaux.

    Mais en s'en venant, on fut abordé le 2 novembre, à 4 h du matin, par un bateau anglais qui avait perdu le convoi. Notre bateau coulait. On a eu le temps de mettre les doris à l'eau, mais pas celui de sauver notre petit chat et le chien.

    Pour s'amuser avec eux, on avait fait une petite voiture. On attelait le chien dessus, et on mettait le chat dans la voiture qui se promenait sur le pont. Mon carnet et ma Bonne Vierge coulèrent aussi.

    Le bateau anglais nous sauva tous, les 32 qu'on était, et on dormit dans la cale à charbon pendant 5 jours. Ils nous emmenèrent à Freetown (colonie anglaise d'Afrique, Sierra Leone), où on fut dans une salle de cinéma. Là, on signa tous pour de Gaulle le 7 novembre 1940.

    Le général de Gaulle s'en allait au Cameroun. Il s'arrêtait là, et vint nous saluer. On était heureux de le voir.

    Après, en 1941, on fut prendre un bateau à Douala (Cameroun), le "Fort de Troyon", un cargo de 14.000 tonnes. J'y fus un an comme matelot, et ils me mirent maître d'équipage. On a fait la guerre dans la marine marchande pour transporter des matériels. Par la suite, il y en a eu 9 de torpillés, et portés disparus, dont mon frère Camille.

    Pendant 26 mois, on a fait du transport en Indochine, vers Saïgon. Après, on fit un autre voyage vers l'Afrique.

    J'ai fini dans la compagnie Delmas-Vieljeux. C'était en 1948. Après 26 ans de navigation.

    Ma femme en avait marre de me voir parti. J'ai dit : " J'va arrêter." J'avais encore 9 ans avant de toucher ma retraite, et je pris à travailler aux Ponts et Chaussées. Ma femme menait un peu de terre.

    Et j'ai eu une retraite de trois côtés. Moi, je suis content de ma vie".

  • Témoignage de Alphonse Jan, recueilli par J.L. Duménil, daté du 12 décembre 1999 (texte proposé par Guy Prigent)

    "Souvent, le jeudi, on allait à la pêche aux coques avec M. Rouault.

    En été, le dimanche après-midi, tout le bourg se retrouvait à Roche Grise, avec un casse-croute. Au passage de la grand-route, on regardait les voitures. " Tiens, encore une ! " On y allait tous à pied, sauf le boulanger, Tintin Veillet, et sa femme qui étaient en voiture à cheval. Aux marées, on allait jusqu'à Château-Serein avec la houette et la mallette pour manger sur place. Il y avait là de bonnes petites moules de rocher. Il y avait une petite bonne femme de Port-Nieux, qu'on appelait " Marie-les-coques ". Elle allait à la pêche aux coques tous les jours, et elle les vendait de porte en porte. Si elle avait fini de tout vendre dans le secteur, elle venait boire sa petite bolée et acheter 5 sous de tabac à priser. Elle retournait ensuite à Port-Nieux, toujours à pied, bien sûr.

    Joseph Legoff et Bristol (Augustin Brouard) de Plévenon passaient vendre leurs maquereaux qu'ils venaient de pêcher".

  • Témoignage original de Marcel Le Bourdais, recueilli par J.L. Duménil, daté du 29 mars 1999 : (texte proposé par Guy Prigent)

    29 03 1999 - Marcel Le Bourdais est né en 1930 à Corseul. Il vit à pléboulle depuis 1957.

    "A 14 ans, après l'école, j'ai travaillé dans les fermes. Mon frère voulait être marin. J'en entendais parler.

    En 1947, j'ai décidé d'embarquer. J'ai été voir le capitaine François Nogret de Trigavou qu'on m'avait indiqué. Il a été d'accord. Fin mars 1948, j'ai embarqué comme novice à St Malo sur le Lieutenant René Guyon, le dernier voilier terre-neuvas qui faisait encore la pêche avec les doris. C'était un bateau en acier qui faisait 750 tonnes, un gros. Il marchait avec des voiles, et il avait en plus un moteur de 750 cv. On allait surtout au moteur, avec les voiles par gros temps. Pour gagner les bancs, on mettait tout.

    Au départ, on prépare le gréement, les lignes, les bouées, les doris, tout le matériel. Le travail se faisait de jour et de nuit, par quarts, deux qui travaillaient, et un qui dormait. Il fallait toujours qu'il y ait des gars près à hisser les voiles ou les borner, suivant le sens du vent.

    On logeait tous ensemble à l'arrière. devant, il y avait les ballast à flotte, le vin et les provisions.

    En arrivant sur les bancs, au Platier, on tendait déjà les casiers pour avoir les bulots, pour boëtter après. On les relevait 3 ou 4 fois par jour. On les mettait en chambre froide, où ils étaient congelés. On en sortait tous les matins. Pour 19 doris, on en sortait environ 25 casiers, la valeur d'un casier et demi à chacun.

    Quand les lignes étaient boëttées, on allait les tendre. On les relevait le matin de 4 à 5 heures, à peine au point du jour. Pendant ce temps-là, le novice préparait la soupe. J'étais novice embarquant. J'allais remplacer les types qui étaient malades

    L'après-midi, si on n'avait rien à faire, on prenait u doris, et on allait ramer au large pour s'amuser.

    C'était dur de tirer les lignes. Il fallait avoir des gants épais pour éviter les coupures et les piqûres d'hameçon. Dans l'avant du doris, il y avait un bras avec une roulette. On tirait, et on faisait passer l'hameçon par dessus. Celui qui était derrière, il attrapait la morue, il la déboëttait, et il lovait ses lignes en même temps. Il arrivait que les lignes s'emmêlent. On mettait ça dans un paquet, et après, il fallait du temps pour couper et démêler. Ca dépendait de comment on tendait. Si c'était avec le courant, ça allait bien. Mais si le courant changeait, ça faisait les lignes s'embrouiller.

    On ne prenait que les belles morues. Il y avait une limite. En dessous, ça ne comptait pas. On les remettait à l'eau aussitôt, depuis le doris. Celui qui pêchait le plus, gagnait le plus. Il ne fallait pas mettre du poisson trop petit. Les 3/4, c'était du gros poisson. Il y en avait de 25 ou 30 kilos.

    A bord, on travaillait le poisson, décoller, trancher et laver, pendant que les autres bouëttaient leurs lignes.

    J'ai fait ça deux ans de temps. Après, j'ai travaillé un peu dans les fermes en attendant le service. Le service militaire, je l'ai fait en 1950, dans la marine nationale, mais à terre, à Pont-Réan, près de Rennes. C'est là qu'arrivaient ceux qui venaient de faire les campagnes d'Indochine où ils avaient fait 2 ans ou 2 ans et demi. Ils venaient là se reposer. J'ai fini fin 1951, après 18 mois.

    J'ai recommencé à travailler dans les fermes. Et en 1952, j'étais sur les chalutiers.

    J'embarquais à Bordeaux. La compagnie s'appelait La Pêche au large - Vidal. J'étais matelot léger.

    Le métier était différent. C'était plus dur. On traînait le chalut une heure et demie ou deux heures. On remontait le chalut. S'il était abîmé, il fallait réparer le chalut. Pendant qu'on le traînait de nouveau, on travaillait le poisson. Et cela, sans arrêt.

    De matelot, je suis passé aide-ramendeur, et ramendeur pour finir. Pour le travail du poisson, j'étais trancheur.

    J'ai beaucoup été à Bordeaux, à St Malo, pas mal aussi, et puis à Fécamp.

    Avec le voilier, on savait qu'on en avait pour 7 mois. Avec le chalutier, quand on faisait trais voyages, c'était 3 mois partis, 1 mois à terre. J'ai fait ça souvent,

    j'ai eu deux accidents. Une plaque m'a fendu le front et fait une fracture, et j'ai eu le pied cassé. c'était dans les manoeuvres. Une fois, en allant chercher le courrier depuis le chalutier, on s'est trouvé sur un bloc de glace qui dérivait à fleur d'eau. Comme la mer était forte, le bloc s'est soulevé, et on s'est retrouvé à cheval dessus.

    J'ai navigué deux ans avec le père Albert Poilvet sur le voilier. Avec Déranville, on a été 2 ou 3 ans ensemble sur les chalutiers de Fécamp.

    J'ai dû faire 26 ans. j'ai arrêté en 1977, 3 ans avant la retraite, à 47 ans. Ensuite, j'ai fait deux mois la petite pêche à St Malo, mais ça ne me plaisait pas, et ça ne me donnait rien comme pension.

    J'ai fait ensuite presque 10 ans comme manoeuvre chez Toutain.

    Je ne pense plus beaucoup dans la mer. C'est pas mon fort de mettre les pieds dans l'eau. Après, j'ai coupé les ponts complètement. Je n'en parle plus du tout. Ca m'a plu parce qu'il fallait le faire. Je ne vais jamais à la mer, même pas me laver les pieds à Port Nieux. C'est fini, c'est fini ! ".

  • Témoignage recueillis par J.L. Duménil, 29 janvier 1999 : Francis et Irma Guillaume (texte proposé par Guy Prigent)

    "De Carvalan, la mer, on n'y allait jamais. C'était pendant la guerre, il y avait des allemands partout, on n'osait pas trop. Et puis, il fallait se déplacer à pied. On a commencé à y aller qu'après la guerre. Naturellement, on n'y allait pas et mes parents n'allaient pas non plus à la marne. J'ai le souvenir qu'ils allaient à la pêche aux marées, aux moules, aux "grèves d'en bas". A Launay, on n'a jamais été à la marne.

    Aux grandes marées, quand l'eau montait dans le marais, elle montait aussi dans la fontaine. On était pendant trois jours avec de l'eau salée. On allait chercher de l'eau au Plessis pour faire le beurre et la cuisine. Pour boire, il n'y avait pas de problème, puisqu'on buvait du cidre. Ce n'était pas régulier, et ça arrivait deux ou trois fois dans l'année.

    Il y avait un pont en bois pour le passage de ceux de la Métairie Villion, et j'ai vu aller chercher ceux de la Métairie Villion avec un cheval. Ce pont tenait le coup et n'a jamais été emporté par la mer.

    Il y avait un autre pont à Gouyon (le moulin), où pouvait passer une charrette. Une année, avant nous, mon oncle, le père à Mélanie Grouazel, a eu un cheval qui s'est noyé dans la rivière, parce que le pont s'est écroulé.

    Les hommes, on partait en voiture à cheval pour toute la journée aux moules, aux marées de février et mars. On en ramenait des quantités et on en mangeait pendant trois ou quatre jours. c'était à la fin qu'elles étaient les meilleures".

  • 20062211841NUC : Archives départementales des Côtes-d'Armor, 4 num 1/24, Numplan 1.

    20062211840NUC : Archives départementales des Côtes-d'Armor, 4 num 1/5, Numplan 2.

Références documentaires

Bibliographie
  • DUMESNIL, Jean-Louis. Pléboulle et la mer. Association culturelle de Pléboulle, Pléboulle, avril 1999.

    p. 15-51
Documents audio
  • OHIER, Jules. Témoignage oral de Jules Ohier sur la grande pêche. Matignon : 12 décembre 2002.

    Témoignage audio