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Front de mer : espaces littoraux remarquables (Saint-Jacut-de-la-Mer)

Dossier IA22010578 réalisé en 2008

Fiche

Dénominationsfront de mer
Aire d'étude et cantonCommunes littorales des Côtes-d'Armor - Ploubalay
AdresseCommune : Saint-Jacut-de-la-Mer

Les espaces littoraux remarquables sur la commune de Saint-Jacut-de-la-Mer occupent une surface totale de 862 hectares 15 et recouvrent les sites suivants : - La baie de Lancieux et les polders - La côte Est - L'archipel des Ebihens - La Pointe du chevet - La côte Ouest et le tertre de Biord - La Pépinais et la dune de Vauvert - L'estran de la baie de l'Arguenon. La plupart de ces sites recouvre un intérêt à la fois paysager, botanique, biologique, historique et archéologique important. Ils ont subi l'emprise de l'homme qui a su tirer partie de cet environnement, en particulier des zones humides de l'estran., pour ses activités de pêche, d'agriculture littorale et de prélèvement de la marne et des pierres de carrière. Ces espaces ont été "colonisés" par la présence humaine et conservent les traces de cette occupation. On peut remarquer en particulier les premiers aménagements opérés par les moines dés le 12ème siècle pour lutter contre la mer (la digue des Moines), mettre en culture les marais (polders de la côte Est), aménager des pêcheries en bois et en pierre sur l'estran, avec les allées charretières. Plus tard, les activités conchylicoles ont occupé le foncier maritime, parcellisé la grève (depuis le 19ème siècle). Des carrières ont été ouvertes dans les îlots de l'archipel des Ebihens (dés le 18ème siècle). La pointe du Chevet a été bâtie dés la fin du 19ème siècle (début du tourisme balnéaire) et l'urbanisation a conquis de nouvelles terres. Aujourd'hui, des mesures de protection ont pu limiter l'emprise immobilière sur certains sites et protéger les espaces les plus sensibles. Un plan d'interprétation de ces sites et une signalétique adaptée sont encore à réaliser avec les services concernés (collectivités locales et départementales). Les travaux de recherche de Michel Duédal sont particulièrement intéressants pour compléter l'étude ethno-écologique des usages de l'estran et des espaces naturels sur la presqu'île de Saint-Jacut, comme l'exploitation des herbiers de zostères et des 'verdières' de la baie de Beaussais.

Période(s)Principale : 4e quart 19e siècle
Principale : 1er quart 20e siècle
Principale : 20e siècle
Statut de la propriétépropriété publique
propriété privée

Annexes

  • Les espaces littoraux remarquables sur la commune de Saint-Jacut-de-la-Mer

    Sources : "Les espaces littoraux remarquables des Côtes d'Armor", DIREN Bretagne, 1998, p.34-39

    Les espaces littoraux remarquables sur la commune de Saint-Jacut-de-la-Mer occupent une surface totale de 862 hectares 15. Ils recouvrent les sites suivants :

    - 9/ 1 Baie de Lancieux et polders, soit 165 ha 84, dont 163 ha 74 en DPM (Domaine Public Maritime). D'intérêt paysager et écologique très fort, le site est constitué de marais, vasière, estran et polders.

    - 9/ 2 La côte Est couvre 18 ha 70 et présente un fort intérêt paysager et botanique : dune de la Manchette et pointe de la Justice.

    La gestion et la vocation proposées par les services de l'Etat et du Conseil Général (service des Espaces Naturels) sont le maintien des équilibres biologiques et de l'unité paysagère, la maîtrise de la qualité de l'eau dans les bassins versants et en particulier, la gestion de la dune de la manchette et de la Pointe de la Justice.

    - 9/ 3 Archipel des Ebihens, soit 402 ha 20, tout en DPM. Ce site est d'un intérêt ornithologique majeur (arrêté de biotope, nidification des sternes sur l'îlot de la Colombière, ZNIEFF de type 1), d'un grand intérêt archéologique et historique (tour Garangeau, vestiges d'un village curiosolite) et d'un intérêt paysager remarquable. Il comprend des îlots inhabités, des dunes, des landes côtières, avec une partie du site naturel classé et inscrit. Cependant, il subit une fréquentation excessive par rapport à la fragilité du site. La situation foncière comprend des propriétés départementales (îlot de la Colombière) et communales et du DPM. La gestion et la vocation proposées par les collectivités engagent une protection stricte des écosystèmes, la conservation des patrimoines, la gestion biologique des populations de sternes et une limitation globale de la fréquentation.

    - 9/ 4 La pointe du chevet (le Chef de l'Isle) couvre 14 ha 05, avec une végétation remarquable, des placages sablo-calcaires et un site belvédère. Les parties naturelles du site du Chevet sont classés et/ou inscrits. Cependant, le site subit une forte fréquentation : parking en enclave et stationnement sur le milieu naturel. Le site comprend des espaces en propriété communale et départementale. La conservation du patrimoine biologique et paysager sont proposées par les collectivités, ainsi qu'une organisation mesurée de la fréquentation.

    - 9/ 5 La côte Ouest et le tertre de Biord couvrent 19 ha 85. Ce site est composé de dunes, landes côtières et falaises, avec une bordure de zone urbanisée et une partie agricole. La situation foncière relève de la préemption départementale. La gestion et la vocation proposées par les collectivités sont la gestion écologique des landes et fourrés du tertre Biord.

    - 9/ 6 La Pépinais et la dune de Vauver occupent 29 ha 67, site d'une grande valeur paysagère et botanique (biotope rare de sables dunaires en fond de baie abritée), en contact très riche avec la zone agricole. La dune est en bon état, la fréquentation du site est uniquement piétonne. Le site est en partie privée et espace naturel du Département (zone de préemption). La gestion et la vocation proposées par les collectivités sont la conservation du patrimoine biologique et paysager, le maintien de l'agriculture et l'organisation restrictive des accès et de la fréquentation.

    - 9/ 7 L'estran de la baie de l'Arguenon couvre 211 ha 83, tout en DPM. Cet espace de forte productivité biologique (nurserie, zone de frai et de reproduction) comprend une partie naturelle d'estuaire, marais, vasière et une forte concentration d'espèces animales. La partie naturelle du site est classée. Les usages sur le site sont : activités conchylicoles. La gestion et la vocation proposées par les collectivités engagent la poursuite des activités conchylicoles et la maîtrise de la qualité des eaux dans le bassin versant.

  • A propos de la mire

    Les dunes de Saint-Jacut sont recouvertes d'une graminée, qu'on appelle "mire" dans le pays, munie de racines très longues, qui retiennent le sable. Cette "mire" a une double identité jaguine. En effet, elle représente le chien-dent de dune, agropyron junkoïde, qui était la "mire" des hommes. Elle était utilisée en licols destinés aux ânes. Lesquels nommaient ces rhizomes, de la racine de "mire". Elle recouvre une autre espèce, l'oyat, amophilia arénaria ou gourbet, qui était la "mire" des femmes, utilisée par les mareyeuses jaguines pour tenir au frais les maquereaux dans les paniers d'osier. Elle était aussi employée comme litière pour les étables ou pour "masser" la ralingue inférieure des filets de pose ou des lignes de fond (témoignage de Michel Duédal).

  • Les herbiers de la baie de l'Ebihen

    D'après les recherches ethno-écologiques de Michel Duédal (Association des Amis du Vieux St-Jacut, décembre 2003, n°44 p. 27-34)..

    Jadis les grèves de la baie de l'Ebihen étaient couverts de vaste prairies de zostères, en particulier dans les zones abritées : les Porfonds, sous l'Bay, l'anse des Sévignés".

    Selon Tréguy, ces herbiers pouvaient atteindre jusqu'à deux mètres (sic). Derrière ce vocable, les "herbiers" évoquent d'autres appellations vernaculaires flèche, verdières et clairets qu'il peut être utile d'interpréter, pour mieux comprendre et appréhender la richesse des représentations culturelles de l'environnement littoral, qui tissent les liens (et la qualité, la force de ces liens), d'une culture littorale, encore à définir.

    Selon la tradition orale, les herbiers, appelés parfois verdières, avaient la réputation de "calmer la mer". Cependant, Ils avaient l'inconvénient de gêner la navigation car les canots s'y aventurant y bourdaient, racontait Joseph Guillard à Michel Duédal.

    Les zostères sont aussi des frayères : le congre y côtoie le 'vraichot', qui serait le mâle de la vieille et les innombrables crevettes. Le homard y fait sa souille et s'y promène lorsqu'il quitte son terrier creusé dans le talar (front de vase) de quelque clairet. Les Normands le nomment aussi verdières.

    Les herbiers ont souvent été exploités le long des côtes bretonnes et normandes, en particulier pour être utilisés "en vert" comme litière pour les animaux ou comme "paillasse" aux Bancs par les pêcheurs Terreneuvas, à la place des ballières (matelas garni de balle d'avoine).

    Selon Pierre Hervé, les fermiers de Lancieux en protégeaient du gel les betteraves.

    Le fauchage des herbiers et le ramassage aux plains a donné un autre nom à cette graminée, appelée varech ou pailleule en Normandie, paillole en Rance et flèche à Saint-Jacut.

    Auguste Lemoine, marin jaguen, se souvient avoir vu de gros sloops du Pays de Rance venir s'échouer sur les herbiers de la Gautrat, pendant les grandes marées d'été. Ces équipages débarqués en doris, venaient couper à l'aide de grandes faux, les verdières, ces fesses étaient des hautes herbes dressées dans l'eau, en suivant le jusant. Leurs collègues récupéraient la "paille marine", flottant autour d'eux, à l'aide de larges havenets plats et l'entassaient dans les doris, et faisaient ensuite "cap sur la Rance".

    Les jaguens se contentaient, selon Michel Duédal, de ramasser l'herbier amené par les tempêtes, au plain, en les transportant ensuite avec des brouettes ou des charrettes. Echoués au sec sur le haut de grève, ces 'rolons' de flèche atterrissaient sur les verdières de la Justice, près du trou d'eau dit "La Mare" ("la Mare des Verdières", accolée à la digue des Moines, aujourd'hui comblée) et à la Manchette où elles formaient de véritables andains, comme le goémon encore d'nos jours (sic). La plus belle flèche-épave, on la récupérait, en morte-iaou (sic), bien séchée, à la laisse de pleine mer, racontait Berthe Bourseul/Morice.

    Les herbiers ont commencé à décliner au début du 20ème siècle, peut-être, comme le suggère les vieux jaguens, à cause de l'installation d'une cidrerie industrielle à Plancoët, qui polluait la baie de l'Ebihen, à moins que cela ne soit la conséquence d'une maladie.

    Les clairets sont des trous d'eau ou petites mares formées dans les herbiers, larges de 6 à 8 mètres, de faible profondeur. "Dans sa partie nord", précise Miche Duédal, "la mare est "talar", alors qu'à l'opposé, son fond est une petite vasière au niveau de l'herbier. Les patrons des dragous (canots jaguens gréés au tiers), eux qui ne traînaient leur chalut à barre que du sud vers le large afin de l'y point crocher". Cependant, certains clairets sont de véritables cratères, où l'on peut se noyer. Les mançotouères et les coquères devaient s'en méfier. Les jéguines allaient y pêcher la crevette rose, plus appréciée que les boucs pêché pour l'affare les gués mais aussi les moussettes (jeunes araignées) qui "se sablaient" dans les clairets et les ricardiaux (coquilles Saint-Jacques) qui se souillaient tout autour

    Les herbiers sont prodigues en nombreuses espèces pêchées : les grappes, les coquilles Saint-Jacques et les huîtres, amenés par les "coups de temps" (coups de vent), les brigaux (bigorneaux) dans les "vases des Haas", les poissons plats (soles, turbots). Dans les talars, de grands clairets étaient truffés de "terriers", aménagés avec des "cheminées" d'aération pour assurer la fuite de leurs occupants. "C'étaient de véritables terriers de la pins que ces trous là. Si le minar (pieuvre) a le sien, le goujon (congre) et le homard vivent dans le même", raconte Auguste Lemoine. Selon Pierre Aubin, les Jaguens appelaient les terriers des clairets, des "faux", "sans doute parce qu'ils se coudaient un peu comme des lames de faux".

  • Promenade du Châtelet au Rougeret

    D'après le témoignage de Michel Duédal.

    Du Châtelet à Conin, sur la côte Est de la presqu'île de Saint-Jacut, cinq petites criques ou enfonçures s'ouvrent sur la baie de Lancieux et sur l'île Agot, la barrière crénelée des Haches et la baie de Beaussais. C'est à cette pointe qu'aboutit le chemin des Fresches. De Conin à la Houle-Causseul, une autre canche (tranchée) de pierres bleues, à la Jarbotière, découvre un ensemble marmital (érosion par le sel) de roches dénudées ; plu loin, pour arriver à la crique des Fresches, il faut passer sur la "dalle branlante", au pied de la roche, dite Couilles au M'nis, où coule un petit ruisseau. Du port de la Houle Causseul, un tombolo mène au rocher de la Charbotière, où s'échoua le navire corsaire malouin "La Clarisse". Un étroit chenal entre la Charbotière et les Greumes (roches peu élevées, non recouvertes d'algues), permet d'atteindre le débarcadère de la Houle Causseul. La plage et la grotte de la Houle aux Fées font face à la Charbotière. Le platier de la Houle accueille au Nord la Marie-Fanchon, petit dôme rocheux, précieux amer pour les marins venant du large. La plage des Prêtres débouche de la pointe au Fortin après avoir traversé la plage du Rougeret. Les prêtres sont des éperlans en parler jégui".

  • 20082206647NUCB : Collection particulière

    20082206645NUCB : Collection particulière

    20082206646NUCB : Collection particulière

    20082206687NUCB : Collection particulière

Références documentaires

Bibliographie
  • DUEDAL, Michel. A propos du "Fourc des gués", Les Amis du Vieux Saint-Jacut, décembre 2007, n° 52.

    p.13
  • DUEDAL, Michel. A propos des herbiers, Varechs, Flèche, Verdières, clairets, Les Amis du Vieux Saint-Jacut, décembre 2003, n° 44.

    p.27
  • DUEDAL, Michel. Les Vauverts, Les Amis du Vieux Saint-Jacut, décembre 2000, n°38.

    p. 12
  • DUEDAL, Michel. Saint-Jacut "côte" est, Les Amis du Vieux Saint-Jacut, juin 1996, n°29.

    p. 22
  • DUEDAL, Michel. A propos de la serpule, Les Amis du Vieux Saint-Jacut, juin 2006, n°49.

    p. 9
  • DUEDAL, Michel. Saint-Jacut "côte" nord et ouest, Les Amis du Vieux Saint-Jacut, décembre 1999, n°36.

    p.33
  • DUEDAL, Michel. Saint-Jacut "côte" est, Les Amis du Vieux Saint-Jacut, juin 1996, n°29.

    p. 22
  • DUEDAL, Michel. Saint-Jacut "côte" nord et ouest, Les Amis du Vieux Saint-Jacut, décembre 1999, n°36.

    p. 33
  • SEBILLOT, Paul. La houle de Beaussais, Les Amis du Vieux Saint-Jacut, juin 1984, n° 5.

    p. 16
  • DE L'HOMMEAU. La grève vue depuis Lancieux, Les Amis du Vieux Saint-Jacut, décembre 1988, n° 14.

    p. 20