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Front de mer de la baie de Launay et de l'Arcouëst (Ploubazlanec)

Dossier IA22010914 inclus dans Écart de l'Arcouëst dit Sorbonne Plage ou Fort la Science (Ploubazlanec) réalisé en 2008

Fiche

Dénominations front de mer
Aire d'étude et canton Bretagne - Paimpol
Adresse Commune : Ploubazlanec
Lieu-dit : Launay l' Arcouëst

Le front de mer de la baie de Launay, entre l'Arcouest et 'Launay Mal nommé' a été urbanisé dés le début du 20ème siècle. Cette partie littorale de la commune est devenue la villégiature d'un groupe d'universitaires scientifiques parisiens, à partir des années 1900-1920, que les descendants des familles de Louis Lapicque, Seignobos, Victor Auger, Georges Pagès, Paul Langevin, Marie Curie, Pierre Auger, Joliot, Jean et Francis Perrin, continuent aujourd'hui de fréquenter. Ce projet d'installation des frères Louis et Auguste Lapicque et de Charles Seignobos faisait suite à la proposition de Anatole Le Braz de quitter Port Blanc après la disparition en mer en 1901 d'une partie de sa famille. Le Braz connaissait et appréciait l'Ile de Bréhat et n'eut pas de difficultés à convaincre ses amis de séjourner en face à l'Arcouest. A cette époque, il n'existait aucune maison sur le plateau de l'Arcouest, à part une simple chaumière en ruine. Louis Lapicque acheta plusieurs terrains et fit construire en 1904 la première maison ('Roc'h Ar Had'). Cette grande parcelle, située sur la pointe de l'Arcouest, fut revendue en plusieurs lots à des amis, si bien que ce secteur allait devenir un village en bord de mer, que l'on appellera par la suite 'Sorbonne Plage'. Seignobos y fit construire en 1910 sa maison 'Taschen Bihan'. Ces intellectuels partageaient les mêmes convictions politiques et laïques (Dreyfusards). De plus, ils avaient un patrimoine culturel commun et formaient un réseau assez fermé dans cet îlot résidentiel de l'Arcouest. Ils fréquentaient peu la population locale et se liaient davantage aux artistes séjournant à Bréhat, et qui eux aussi venaient de l'extérieur. Seul Frédéric Joliot aimait partir à la pêche avec les pêcheurs locaux. Celui-ci se joignait régulièrement aux artistes de l'Arcouest, séjournant à la pension 'Chevoir'. Cet établissement était construit au fond de la baie de Launay. En 1926, Eugène Schueler (ancien élève du professeur de la Sorbonne Victor Auger), industriel parisien et fondateur de la société de cosmétiques Oréal, vint s'installer à l'Arcouest. Il fit construire en bord de mer une villa, agrémentée de colonnades. Ce ne fut la seule originalité. En effet, il fit aussi clôturer son terrain, ce qui n'était pas dans les habitudes de ses voisins 'Arcouestiens'. Cette propriété privée, habitée aujourd'hui par la famille Bettencourt, contrarie le tracé du sentier littoral de l'Arcouest, en empêchant le public d'avoir un accès direct à la mer. Pendant la seconde moitié du 20ème siècle, de nouvelles constructions apparaissent avec les nouvelles générations. Jean Perrin, Pierre Joliot-Curie, Paule Lapicque vont conforter leur emprise foncière sur ce petit territoire. Leur présence va attirer de nouvelles formes de tourisme et faire connaître les paysages maritimes entre la côte et l'archipel de Bréhat. En 1919, une remise pour vedette à moteur est accordée dans la baie de Launay. En 1923, les 26 marins pêcheurs de Launay pétitionnaires réclament une cale de 50 mètres de long afin de pouvoir débarquer la pêche d'une dizaine de bateaux dans ce havre ouvert au Nord-Est. Port-Launay était en train de naître à l'usage des pêcheurs mais aussi des plaisanciers. En 1934, Gabriel Primet, armateur du langoustier 'Jeannette' demandait une concession sur le DPM afin d'établir des poteaux pour faire sécher ses filets à côté des cabines de bains. Ces nouveaux usages de la grève de galets de Launay inaugurait la mixité entre les pêcheurs et les plaisanciers. Cependant, les constructions balnéaires sur le linéaire côtier de l'Arcouest et la baie de Launay vont rester relativement peu nombreuses, modestes et discrètes, cachées dans la végétation, grâce à l'application de la Loi Littoral. Dans les années 1990, le Conseil général des Côtes-d'Armor a acquis des terrains sur le site de Rohou, comme 'espaces littoraux remarquables', protégés et ouverts au public. On peut néanmoins remarquer que le site portuaire de l'Arcouest est aujourd'hui très urbanisé, avec de nombreux commerces.

Période(s) Principale : 1er quart 20e siècle

La baie de Launay (à proximité d'une aulnaie ('gwern', lieu marécageux où poussent des aulnes), s'étend de la pointe de la Trinité à la pointe de l'Arcouest. Elle s'ouvre sur une plage de galets et de sable fin, face aux îlots de la baie de Paimpol et de l'archipel de Bréhat (Ile Blanche, Ile Saint-Riom). L'habitat est regroupé traditionnellement autour du village de 'Launay Mal nommé' ('Gwern Drouk Anvet' en breton) et du plateau de l'Arcouest. De nouvelles constructions couvrent le plateau de l'Arcouest. Il serait opportun de masquer, en plantant des arbres, les maisons neuves surplombant la baie de Launay.

Le front de mer de la baie de Launay et de l'Arcouest, appelé 'Sorbonne Plage', en référence aux scientifiques et aux artistes qui y ont séjourné, mérite d'être protégé et interprété, à la fois comme zone naturelle (sentiers de randonnées, réserve naturelle Paule Lapicque) et comme lieu d'une mémoire et d'un patrimoine culturel. En effet, ces intellectuels ont participé à l'histoire culturelle, scientifique et politique de la France, mais aussi à l'histoire du tourisme.

Statut de la propriété propriété publique
propriété privée
Intérêt de l'œuvre à signaler

Annexes

  • Portrait de groupe d'universitaires parisiens en leur villégiature bretonne : l'Arcouest dans la 1ère moitié du 20ème siècle (sources : Michel Pinault).

    L'Arcouest a d'abord été la villégiature d'un groupe d'intellectuels scientifiques parisiens, représentant la sociabilité universitaire post-dreyfusarde (Ory-Sirinelli, 1986), au début du 20ème siècle. Selon l'historien Michel Pinault (Centre Alexandre Koyré, CNRS), L'Arcouest a aussi été très vite constituée - développement de la grande presse aidant - en vitrine de ces réseaux, en interface efficace entre eux et le pouvoir politique d'une part, le grand public d'autre part, au point d'acquérir les caractères d'un lieu de pouvoir et d'un mythe. L''Arcouest, de ce point de vue, atteint son apogée entre février 1934, avec la création du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes (CVIA), et juin 1936, en entrant au gouvernement. La visite du ministre Jean Zay, à l'Arcouest est une sorte d'apothéose.

    Le premier groupe d'une quinzaine d'universitaires à fréquenter la presqu'île de l'Arcouest s'est élargi après la seconde guerre mondiale, sur la base de liens de sociabilité générationnels essentiellement parisiens. C'est ce qui a fait nommer l'Arcouest, 'Sorbone-Plage' ou 'Fort-la-Science'. Il faut citer à côté des premiers résidents, Seignobos et des frères Lapicque, l'historien Albert Métin, créateur du ministère du travail en 1906, qui acquiert une maison à l'Arcouest. D'autres intellectuels se mêlent à ce groupe, des Normaliens comme Emile Borel et sa femme Marguerite Appell, le géologue Charles Maurain et sa femme Jeanne (1ère femme agrégée de mathématiques en France), ou encore les historiens Borel et Pages.

    En 1911, Marie Curie vient pour la première fois à l'Arcouest, accompagnée par Jean Langevin (fils du physicien Paul Langevin). Le physicien Jean Perrin, les docteurs Stodell et leurs deux filles, Edouard Chavannes, le physicien et sénateur socialiste du Cher, Painlevé, Jules-Louis Breton, le dessinateur Jules Grandjouan se joignent à cette nébuleuse intellectuelle. Certains logent chez l'habitant ou à l'unique pension de la 'Reine Cadic' à l'Arcouest, que fréquentent nombre d'artistes parisiens.

    D'autres séjournent à la 'colonie', composée de militants de l'Université populaire, pratiquant le théâtre populaire.

    Après la guerre, l'Arcouest connaît un nouveau développement qui va durer jusqu'à la seconde guerre mondiale. Les héritiers de ces universitaires vont suivre des études comparables à leurs parents et prendre le relais de cette identité collective. Ces héritiers de 'Sorbonne Plage' vont s'installer durablement à l'Arcouest. Jean Perrin, utilise l'argent de son prix Nobel pour faire construire 'Ty Yann' en 1928, la seconde 'maison d'hôte' de l'Arcouest. En 1926, Frédéric Joliot (prix Nobel en 1935) et son épouse Irène Curie renouvellent la sociabilité 'arcoustienne' en fréquentant les artistes de la pension 'Chevoir'. Les plaisirs de la mer s'accordent avec les tempéraments à la fois sportifs et épicuriens de ces intellectuels parisiens. Seignobos navigue à bord de son voilier l'Eglantine', participe aux régates annuelles du 15 août, en compagnie du navire 'l'Axione' de Charles Lapicque, l'ingénieur-artiste ou avec le 'Saint-Just' de Joliot. Les Schueller embarquent leurs invités sur leur grand navire 'Edelweiss'. Tous ces vacanciers vivent au aux rythmes des marées. Le 'bal Perrin' (initié par Jean Perrin) perpétue encore aujourd'hui le rituel ce ces fêtes privées.

    En 1930, ces intellectuels participent activement à la création de l'Union nationaliste, favorable à un gouvernement rationnel de la société, où la science est la marraine de la politique et du progrès social. En 1935, Perrin est à la tête du CNRS. En 1936, la victoire électorale du Front populaire voit triompher les idées sociales des 'Arcouestiens'. Avec la nouvelle génération, Francis Perrin, Pierre Auger, Jean et Hélène Langevin, Georges Huysman et quelques autres, on va évoquer la 'République des savants'. Francis Perrin, découvreur de la scission de l'uranium, est nommé Haut-Commissaire du CEA en 1950 en remplacement de Joliot-Curie, destitué parce qu'il était opposé à la recherche militaire.

    Ce sont leurs descendants qui renouvellent aujourd'hui la société 'arcouestienne', mais de façon certainement plus discrète. La création de la réserve naturelle Paule Lapicque en 2004 renoue en quelque sorte l'attachement de cette population des 'premiers touristes' à ce paysage maritime. La préservation d'une partie de cet environnement rural et maritime aurait certainement séduit les convictions scientifiques et politiques de ces tenants de 'Fort la Science'. Cependant, cette initiative associative permet la réappropriation de ces espaces naturels par le grand public et les soustrait ainsi à la propriété privée de quelques uns.

  • 20082207546NUCB : Archives départementales des Côtes-d'Armor, 4 Num 1/25.

    20082207447NUCB : Archives départementales des Côtes-d'Armor, 4 Num 1/25.

    20082207959NUCB : Collection particulière

    20082208175NUCB : Collection particulière

    20082207519NUCB : Collection particulière

    20082208253NUCB : Collection particulière (association des homardiers des Côtes de France)

    20082207496NUCB : Collection particulière

    20082207455NUCB : Collection particulière

    20082207467NUCB : Mairie de Ploubazlanec

    20082207469NUCB : Mairie de Ploubazlanec

    20082207458NUCB : Collection particulière

    20082207457NUCB : Collection particulière

    20082207459NUCB : Collection particulière

Références documentaires

Documents figurés
  • AD Côtes-d'Armor. 4 NUM 1/25. Plans cadastraux parcellaires de 1832, Numplan 1/25. Documents consultables sur le site Internet http://archives.cotesdarmor.fr.

Bibliographie
  • ORY, Pascal, SIRINELLI, Jean-François. Les intellecteuels en France, de l'affaire Dreyfus à nos jours. Paris : Armand Collin, 1986.

  • PICARD, Jean-François. Portrait de groupes d'universitaires parisiens en leur villégiatiure bretonne. In : Histoire et Sociétés, 2ème trimestre 2008, Paris : 2008, p. 137-157.

  • PICARD, Jean-François. La République des savants. La Recherche française et le CNRS. Paris : Flammarion, 1990.

Documents audio
  • VARIOT, Frédéric. Sorbonne Plage. Documentaire 53 mn, Paris : Exilène Films, 2006.