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Ferme, Ile Milliau (Trébeurden)

Dossier IA22007767 inclus dans Écart : Ile Milliau et Île Molène (Trébeurden) réalisé en 2006

Fiche

Appellations ferme de l'Île Milliau
Parties constituantes non étudiées grange, puits, maison
Dénominations ferme
Aire d'étude et canton Communes littorales des Côtes-d'Armor - Perros-Guirec
Adresse Commune : Trébeurden
Lieu-dit : Ile Milliau
Cadastre : 1830 C 67 68 ; 1819 68, 67 : 2000 12 ; 1987 C 11, 12

Le corps de ferme, dépendance de l'abbaye de Bégard au Moyen Age, date au moins du 16ème siècle, voire fin 15ème siècle, pour les parties les plus anciennes (bâtiments A, B et C). L'ïle Milliau faisait partie de la terre de Penlan et tomba par donation dans le domaine de l'abbaye de Bégard au cours du 13ème siècle. En 1493, le livre comptable de l'abbaye mentionnait la présence de fermiers sur l'île : Yvon Le Cozic et Jean Le Normant. Le bâtiment A représente certainement la 1ère construction, à usage d'étable et/ou de "maison à longue partition (habitat mixte). Le bâtiment B, dont l'aspect actuel est très éloignée de ce qu'il dut être à l'origine, a pu servir de logement pour les fermiers : on peut encore y voir les restes d'une cheminée dont le conduit et la souche ont été supprimés lors des reconstructions partielles, qui modifièrent la fonction du local en grange. Les derniers travaux ont eu lieu en 1986 par une ouverture principale au pignon sud. Le bâtiment C a été remanié et partiellement reconstruit dans sa partie haute au cours des 17ème et 18ème siècles (entrée reconstruit avec un linteau droit, après la guerres des Hollandais et la guerre des côtes). Vers 1630, il y eut construction d'un nouveau bâtiment (D), au profit des convenanciers Jean Le Cam et Marie Le Saulx, comme suite à la concession accordée par les moines à Jean de Lannion, seigneur des Aubrays (l'abbaye reprit l'entière possession de l'île en 1661). La ferme comportait alors deux habitations distinctes, encore occupées en 1748 par deux familles de fermiers. Deux édicules, un four à pain et une soue à cochons, indépendants des bâtiments principaux, ont aujourd'hui disparu, avant d'être reconstruits au cours du 19ème siècle. La présence d'eau douce sur l'île et d'un puits (non dessiné sur le cadastre napoléonien), est attestée par un rapport sur l'état des côtes de Bretagne, datant du 18ème siècle : A un quart de lieue de distance, il y a un mouillage pour les barques. Les corsaires s'y réfugient quelquefois et peuvent faire de l'eau à l'île Meliot dans l'ouest et sous le feu de Trébeurden. Le bâtiment (E) fut construit au cours du 19ème siècle en prolongement des trois premiers, à usage de four à pain, avec un dernier édicule à usage de soue, en appentis contre le pignon sud. En 1819, les nouveaux propriétaires étaient Yves Le Corre et Joseph Quinio, puis en 1836 Yves Le Corre, auquel succéda après 1848, François Rogon de Carcaradec. Au début du 20ème siècle, fut édifiée une grange (G), contemporaine de la maison dite Briand, située au nord de l'île, dont le pignon est a été largement remanié. Un petit bâtiment indépendant, implanté au sud-est, na pu être étudié quant à sa fonction originelle (ancien poulailler). D'autre-part, lors des travaux de rénovation de 1986 par le Conservatoire du Littoral, propriétaire de l'île depuis 1984 – en co-gestion avec la commune de Trébeurden et la Communauté d'Agglomération Lannion-Trégor – et l'APEGIT, les toitures anciennes ont été déposées, de grandes tuiles plates marquées à l'effigie de Napoléon III, en provenance de la tuilerie anglaise Colthurst Symons and Co-Bridgwater. Elles ont été remplacées par de nouvelles tuiles rouges. Les bâtiments sont utilisés aujourd'hui comme gîte d'étape (C, D, E), pour remise de matériel et grange (B, G) et lieu d'exposition, Maison de Site (A).

Période(s) Principale : 4e quart 15e siècle
Principale : 1er quart 16e siècle
Principale : 1er quart 17e siècle
Principale : 1er quart 18e siècle
Principale : 19e siècle
Principale : 1er quart 20e siècle

Le premier document graphique est le cadastre de 1819, qui montre les trois bâtiments A, B, C, implantés sur une même parcelle (certainement construits ensemble), le bâtiment D sur la parcelle voisine et deux petits édicules aujourd'hui disparus (indiqués P et S). On notera qu'à l'emplacement de la cellule antique, ne figure aucune indication de construction : la voûte à cette date, était effondrée, ne laissant que la base des murs côté ouest. Le corps de ferme comprend six éléments en continu, formant un plan en L (figure A, B, C, D, E, F) et la grange (G) datant du début du 20ème siècle. Les éléments les plus intéressants sont les cinq constructions principales (sur le plan : A, B, C, D, E). Le bâtiment A, le plus grand, situé à l'est, est sans cheminée tant dans le pignon est que dans le pignon ouest : il a dû servir d'étable. Sa construction a été faite en une seule fois : on ne décèle aucune trace d'adjonction ou de modification dans les façades. Lui est accolée dans son pignon nord et est, une cellule monastique, couverte d'une épaisse couche de terre sur 7 dalles horizontales, en granite, servant de couverture (mesures : 3, 50 m sur 4, 50 m de profondeur et 2 m de hauteur actuelle). Le bâtiment B, servant de grange à l'origine, édifice très remanié, a pu servir de logement par la suite : il s'est élargi dans la 2ème moitié du 19ème siècle, en alignant son mur ouest avec les murs des bâtiments C, D et E : une grande ouverture côté cour. Le bâtiment C était destiné au logement des fermiers, la grande cheminée existe toujours. Ces deux bâtiments B et ont été construits ensemble à la même date. Le mur ouest du bâtiment B a été remanié en 1986. Les bâtiments D et E sont postérieurs aux trois autres ("coup de sabre" ou joint vertical continu entre les deux murs, maçonnerie distincte en petits moellons). Les accès nord et sud sont traités avec des arcs en plein cintre. Le pignon du bâtiment E, surmonté d'un rampant contre lequel s'arrête la toiture, crossettes assurant l'arrêt de la corniche, copie les éléments caractéristiques des constructions anciennes. L'accès à la soue est à l'extérieur et le pignon sud laisse apparaître le four à pain. La couverture de ces bâtiments est en tuiles. Le nouveau bâtiment G mesure 7 m de large sur 20 m de longueur, avec plusieurs ouvertures à l'est, dont une grande porte de garage. Un escalier en pierre a été rajouté sur le pignon nord-est. La couverture est en ardoises.

Murs moellon
Toit tuile, ardoise
Plans plan régulier en L
Couvertures toit à deux pans
États conservations remanié, restauré, bon état

L'architecture traditionnelle des 5 bâtiments principaux du corps de ferme de l'île Milliau, avec leur datation successive, mérite d'être signalée.

Statut de la propriété propriété publique
Intérêt de l'œuvre à signaler

Annexes

  • La ferme de l'Île Milliau (synthèse proposée par Guy Prigent d'après les recherches de Jean-Jacques Roignant : "De Milliau à Trozoul", in Le Bulletin Paroissial de Trébeurden-Ile Grande", n° 525).

    Le corps de ferme, dépendance de l'abbaye de Bégard au Moyen Age, date au moins du 16ème siècle, voire fin 15ème siècle, pour les parties les plus anciennes (bâtiments B et C). Le bâtiment B a été plusieurs fois modifié, dont récemment en 1986 par une ouverture principale au pignon sud. Le bâtiment C a été remanié et partiellement reconstruit dans sa partie haute au cours des 17ème et 18ème siècles (entrée reconstruit avec un linteau droit, après la guerres des Hollandais et la guerre des côtes). Vers 1630, il y eut construction d'un nouveau bâtiment (D), au profit des convenanciers Jean Le Cam et Marie Le Saulx, comme suite à la concession accordé par les moines à Jean de Lannion, seigneur des Aubrays (l'abbaye reprit l'entière possession de l'île en 1661). La ferme comportait alors deux habitations distinctes, encore occupées en 1748 par deux familles de fermiers. Deux édicules, un four à pain et une soue à cochons, indépendants des bâtiments principaux, ont aujourd'hui disparu. La présence d'eau douce sur l'île et d'un puits (non dessiné sur le cadastre napoléonien), est attestée par un rapport sur l'état des côtes de Bretagne, datant du 18ème siècle : A un quart de lieue de distance, il y a un mouillage pour les barques. Les corsaires s'y réfugient quelquefois et peuvent faire de l'eau à l'île Meliot dans l'ouest et sous le feu de Trébeurden. Le bâtiment (E) fut construit au cours du 19ème siècle en prolongement des trois premiers, à usage de four à pain, avec un dernier édicule à usage de soue, en appentis contre le pignon sud. Au début du 20ème siècle, fut édifiée une grange (G), contemporaine de la maison dite Briand, située au nord de l'île, dont le pignon est a été largement remanié. Un petit bâtiment indépendant, implanté au sud-est, na pu être étudié quant à sa fonction originelle (ancien poulailler).

    D'autre-part, lors des travaux de rénovation de 1986 par le Conservatoire du Littoral, propriétaire de l'île depuis 1984, en co-gestion avec la commune de Trébeurden et la Communauté d'Agglomération Lannion-Trégor et l'APEGIT, les toitures anciennes ont été déposées, de grandes tuiles plates marquées à l'effigie de Napoléon III, en provenance de la tuilerie anglaise Colthurst Symons and Co-Bridgwater.

    Les bâtiments sont utilisés aujourd'hui comme gîte d'étape (C, D, E), pour remise de matériel et grange (B, G) et lieu d'exposition, Maison de Site (A).

    En 1493 : fermiers sur l'île (AD 22 H 156)

    En 1748 : AD 22 H 152

    Les corsaires au 18ème siècle (AD 22 SHAT - MR 1095

    L'île Verte sur les cartes et côtes de Bretagne du 16ème siècle, SHAT 4°-1543

    En 1763 : "la petite île Millot est habitée par un métayer qui y laboure la terre qu'il tient à ferme des religieux de Bégard" (SHAT- MR 991).

  • Eléments de construction et d'architecture de la ferme de l'Île Milliau (synthèse proposée par Guy Prigent d'après le texte de Jean-Henri Jacquin, APEGIT, 1994-1995) :

    Le bâtiment A :

    Les murs imposants ont une épaisseur moyenne de 75 cm pour le bâtiment A, avec deux parements en pierre, un bourrage de blocage au centre, formé de pisé, de pierres et de cailloux. Le parement extérieur est composé de gros éléments dont certains peuvent atteindre de 650 à 700 kg. Le pignon est, massif et puissant, plus épais que les murs "gouttereaux" est le seul ensemble que l'on voit bine dans sa totalité. On notera la dimension importante des pierres du rampant (arête inclinées parallèle à la toiture), lequel est saillant par rapport à la couverture. Le parement de remplissage est irrégulier et fait appel à des éléments de petites dimensions. Les crossettes (pierres d'extrémité basses du rampant) ont été réalisées avec des éléments forts longs, exprimant probablement la volonté d'avoir une bonne assise horizontale pour "monter" la partie triangulaire au sens où un maçon "monte" un mur. Pour le calage du moellon, l'ouvrier a utilisé des morceaux de "cornéenne" (variété locale de silex). Avant les travaux de 1986, la couverture était déjà en tuiles, mais certainement comme les autres bâtiments connexes en chaume de genêts à l'origine. L'ouverture côté sud est avec arc en plein cintre, classique de l'architecture bretonne ; de petites ouvertures disposées à des hauteurs variables et deux éléments saillants complètent la façade (élément d'angle avec cavité, pouvant servir de support pour un instrument utilitaire). La maçonnerie est très soignée. La façade nord du bâtiment comprend une ouverture plus large pour le passage des animaux, côté champs, avec un arc avec clé conique en T.

    Le bâtiment B :

    En façade ouest, sur le chaînage d'angle jouxtant la "cellule des moines", les grosses pierres d'angle sont fort probablement les restes du pignon nord, en récupération lors de l'élargissement du bâtiment. A l'intérieur, on peut remarquer les restes d'une cheminée dont le foyer, le conduit et la souche ont été supprimés.

    Le bâtiment C :

    Le bâtiment C comprend deux accès, l'un en façade ouest et l'autre en façade est. Côté ouest, on retrouve le "coup de sabre" au droit de la jonction avec le bâtiment D. A notre que ce joint vertical n'existe plus là où commence la surévélation du pignon, surévélation indispensable pour en faire le pignon nord du bâtiment D et ce à cause de la déclivité du terrain. En façade est, l'accès est accompagné de deux petites fenêtres. Il est intéressant de noter un début de décoration, à savoir le chanfrein en forme d'arc surbaissé à la partie inférieure du linteau de la fenêtre de gauche en regardant la façade. Intérieurement, une cheminée dont l'âtre est délimité par deux jambages en grosses pierres sur lesquelles reposent de frustes corbeaux, qui reçoivent le linteau.

    Le bâtiment D :

    Le bâtiment D, dont la construction est plus tardive (17ème siècle) reçoit lui aussi deux accès : l'un très simple, côté ouest (avec piedroits) au-dessus, un moellon suffisamment long pour faire office de faux linteau et reporter les charges au droit des piedroits. A l'intérieur, la cheminée est exécutée avec de gros éléments : jambages monolithes surmontés de "corbeaux" légèrement ouvragés. Le linteau est en trois parties, dont la partie centrale est traitée comme une clé en T probablement par manque d'une pierre assez longue pour faire linteau d'un seul tenant. Comme au bâtiment C, le foyer est largement rehaussé et s'avance dans la pièce. Pour la fenêtre, il y a un linteau en bois à l'intérieur au droit de l'ébrasement. Près de la porte à droite en entrant, une niche importante a été réservée peut-être pour y encastrer un meuble tel un vaisselier. En outre, on lit au sol les traces de l'implantation d'une cloison coupe-vent, aménagement fort courant qui a probablement été rapporté plus tardivement.

    Le bâtiment E et son appentis F :

    Le bâtiment E construit au 19ème siècle, reçoit un parement extérieur formé de petits moellons qui contrastent avec les bâtiments précédents dont les murs ont été élevés avec de gros éléments. A l'inverse, il reproduit les caractéristiques extérieures du bâtiment A (crossettes). La porte et la fenêtre sont surmontées d'un linteau droit. A l'intérieur, la cheminée a son linteau en forme de T posé sur deux jambages assez courts car le foyer est très largement surhaussé. Au droit du contre-cœur apparaît l'ouverture du four à pain, dont l'entrée était fermée par la tôle que l'on voit encore et qui était maintenue par un cordon de pâte gardée à cet effet. Lorsque ce dernier était cuit et se détachait, le pain l'était également et les enfants se partageaient le cordon. L'appenti F contient le volume du four, la soue, et un petit grenier dont l'accès, en façade est, est fermé par un volet plein.

    La grange :

    La grange, élevée après 1911, ne présente pas de caractères particuliers. On peut remarquer toutefois que son pignon ouest a probablement été fondé à cheval sur les restes de l'un des édicules qui ont disparu mais qui apparaissent sur le cadastre de 1819.

  • 20062209834NUCB : Archives départementales des Côtes-d'Armor, 4 Num 1/48.

    20062209832NUCB : Archives départementales des Côtes-d'Armor, 4 Num 1/48.

    20062209603NUCB : Collection particulière

    20062209604NUCB : Collection particulière

    20062209606NUCB : Collection particulière

    20062209605NUCB : Collection particulière

    20062209609NUCB : Collection particulière

    20062209608NUCB : Collection particulière

    20062209610NUCB : Collection particulière

    20062209614NUCB : Collection particulière

    20062209613NUCB : Collection particulière

    20062209607NUCB : Collection particulière

    20062209612NUCB : Collection particulière

    20062209611NUCB : Collection particulière

Références documentaires

Bibliographie
  • JACQUIN, Jean-Henri. Eléments de construction et d'architecture de la ferme de l'Île Milliau. In Iles du Trégor. APEGIT n°, Trébeurden, 1994-1995.

  • ROIGNANT, Jean-Jacques. De Milliau à Trozoul. in Le Bulletin Paroissial de Trébeurden-Ile Grande", n° 525, 1994.

Périodiques
  • ROIGNANT, Jacques. A propos de l'île Milliau. Lannion : Les Cahiers du Trégor n° 21.

    p. 16-17