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Ferme dite la Chaumière de Divine, 15 garenne de Lanvernazal (Roscanvel)

Dossier IA29004223 inclus dans Écart de marins de Lanvernazal, impasse des Joncquilles ; garenne de Lanvernazal (Roscanvel) réalisé en 2007

Fiche

Précision dénominationfermette
AppellationsLa Chaumière de Divine
Parties constituantes non étudiéesjardin
Dénominationsferme
Aire d'étude et cantonBretagne - Crozon
AdresseCommune : Roscanvel
Lieu-dit : Lanvernazal
Adresse : 15 garenne de
Lanvernazal
Cadastre : AE 313

En juillet 1898 le poète Saint-Pol-Roux, sa compagne et ses deux fils débarquent à Camaret mais faute d´une location convenable, ils prennent la route de Roscanvel. Ainsi, le 14 juillet 1898, la famille d´installe dans le village de Lanvernazal où ils louent une fermette modeste à Monsieur et Madame Petton. Cette solution d´attente durera 7 années pendant lesquelles le poète et sa famille vont parfaitement s´intégrer et s´enraciner dans la vie de Lanvernazal et dans celle de Roscanvel plus généralement. Saint-Pol-Roux acquiert un petit bateau, un cotre, sur lequel il découvre la navigation lors de sortie en direction de Brest ou Lauberlac´h. Après la naissance de sa fille le 28 septembre 1898, la demeure est baptisée Chaumière de Divine, nom que le poète grave sur le coin gauche de la porte d´entrée et qu´il surmonte de son monogramme. Mais la maison se révèle trop petite pour accueillir les hôtes de passage (le compositeur Gustave Charpentier, l´écrivain Victor Segalen, le peintre Pierre Vaillant, l´homme d´affaire Austin Croze, etc.). Ainsi, à l´automne 1905, le poète achète-t-il à Camaret une vieille bâtisse sur les hauteurs du Toulinguet qui deviendra le centre du « manoir » qu´il édifia sur ce site. Toutefois, les relations resteront durables et fraternelles entre les habitants de Roscanvel et le poète jusqu´à sa mort en 1940. Aujourd´hui, une rue du bourg et La Chaumière perpétuent le souvenir de Saint-Pol-Roux à Roscanvel.

Période(s)Principale : 1er quart 18e siècle
Dates1710, porte la date
Auteur(s)Personnalité : Saint-Pol-Roux habitant célèbre attribution par travaux historiques

La fermette est en pierres apparentes. Entourée de part et d´autre par deux petites dépendances, elle est composée de deux étages dont l´un sous comble où l´on trouve deux petites lucarnes. Son toit est aujourd´hui en ardoises. Les ouvertures de la façade avant (deux fenêtres au premier étage, deux fenêtres au rez-de-chaussée et une porte surmontée d´une niche) sont petites et les entourages en granite. On peut toujours voir la date 1710 sur le linteau d´origine. L'inscription 'Chaumière de Divine" et la signature de Saint-Pol-Roux figurent toujours sur la porte, même s'ils ne sont pas d'origine (porte repeinte). La maison n´a que peu changé depuis le 18e siècle.

États conservationsbon état
Statut de la propriétépropriété d'une personne privée

Annexes

  • Poème de Saint-Pol-Roux

    À Divine.

    Image d´un sou, couleur de biniou, village, minime village où les cloches ont l´air de dodiner au cou d´une immense chèvre de pierre, Roscanvel baigne ses pieds nus dans une mer menue dont la chair bleue se voit sous le frileux aller des voiles.

    Ô mon destin naïf à l´ombre des figuiers, des ormes et des ifs où se tricote avec les becs un grêle bruit d´école, ô mon destin naïf à côté de ma fille mignonne et de mes fils mignons, emmi les chants de coq et le fenouil et la menthe sauvage, et non loin des moutons paissant au bout d´une corde en breloque et des vaches fanant le ciel avec la fourche de leurs cornes !

    On vit ici tel que dans un missel, avec au visage une gifle de sel quand le vent tourne les subtiles pages du village, on vit ici tel que dans un missel, à l´abri des ogres et des médiocres de la Ville, entre la barbe de cuivre du blanc meunier de Ménézarvel et la barbe de givre du bleu batelier Manivel.

    À l´aurore, voici, par delà l´Île Longue aux carrières de pierre, jaillir en bûcher les ors, les nacres, les roses, l´hyacinthe et l´émeraude des sacres et des songes, cependant qu´argentin tinte l´angélus au puéril clocher qui semble encore un bigorneau volumineux comme un rocher.

    Lors ce sont les pêcheurs - mousses, patrons et matelots - qui s´en vont sur l´eau, s´en vont au nord, à l´est, au midi, vers Plougastel aux fraises candies, vers Quélern ou vers Brest, fantastique casier à homards de fer, crabes de fonte et langoustes d´acier, s´en vont faire la croix afin de vivre en tirant, pour accoucher l´onde toujours féconde, en tirant vers la chaloupe aux courbes de berceau le filet lourd, comme on tire un délivre.

    Partis, le foc devant, assis au gouvernail aux allures de soc, ils reviendront au havre un peu moins pauvres, ces gas de basane, et le pain noir deviendra blanc ce soir dans la cabane aux lits pareils à des armoires.

    Car leurs paniers sont combles : maquereaux, sardines, congres, vieilles diverses, prêtres, piloneaux, escolettes vertes, blancs tacots rayés de rouge, aiguillettes au bec de scie, spineks aux dents farouches, raies, chiens de mer à peau de verre, et tant d´autres poissons si frais qu´ils sont nerveux encore de frissons dans le varech.

    Souvent, dans l´anse çà et là, se balancent les barques d´alentour qui lancent la drague aux coquilles Saint-Jacques, dont le type évoque la pieuse époque de la besace et de la calebasse, tandis que sur la grève, à marée basse, les vieux qui rêvent passent et repassent l´havanau parmi les goémons et captent des chevrettes semblables en petit aux monstres de l´Apocalypse où les démons chevauchent.

    Et c´est des temps d´avril et c´est des temps d´hiver ! des vent-debout et vent-arrière ! et des suroîts et des noroîts ! et des grains noirs aux longs cheveux de pluie ! et des grains blancs à la crinière d´ouragan ! et des rafales ! et des cyclones ! et tous les souffles de la Rose ! et c´est des mers de lait et des mers de tapis ! et c´est des mers de fleurs vives à la folie et des mers de miroir sur quoi pour mieux se voir se penchent les jolies ! et c´est des mers d´avare où s´accaparent des trésors ! et c´est des mers de tigre à toison de brebis où l´on sent que des griffes descendent agripper les morts !

    Le soir venu, voilà, réintégrant leurs nids lointains là-bas dans les écueils de Camaret, les cormorans en deuil partis dès le matin, les uns dans l´air en vol triangulaire, les autres en escouade à fleur de vague, et ce vol bas évoque de très longues oreilles de chiens de chasse dont le corps usé par l´océan ne serait plus qu´un reste de carcasse.

    Ici l´on rit, l´on pleure, ici l´on vit, l´on meurt à la manière des légendes, gens de terre et gens de mer, et c´est toujours semaine puisque sans cesse on peine, et c´est toujours dimanche puisque des ivrognes - ô les tragiques trognes de Bretagne aux tout petits yeux de pervenche ! - vont et viennent sans cesse à travers la campagne et la lande et la ronce aux calvaires qui ronge l´ulcère du Temps.

    Or c´est ici, Divine, ici que tu naquis, au hasard du voyage, en une étable ancienne de Lanvernazal en Roscanvel, ici que tu naquis, ô ma fille, ô ma vie, que tu naquis vers la mamelle de ta mère, entre les bouches et les yeux de tes frères ravis.

    Roscanvel, 28 septembre 1898.

Références documentaires

Bibliographie
  • BUREL, Marcel. Roscanvel dans la presqu´île de Crozon. Bannalec : Impr. Régionale, 1995.

    p. 216-224
  • Entretien avec Marcel Burel en 2007.