Logo =Inventaire Général du Patrimoine Culturel - Retour à l'accueil

Espace portuaire de Camaret-sur-Mer

Dossier IA29004028 réalisé en 2006
Appellations port de Camaret
Parties constituantes non étudiées maison, immeuble, hôtel, atelier, usine, cale
Dénominations port
Aire d'étude et canton Bretagne - Crozon
Adresse Commune : Camaret-sur-Mer

Le port de Camaret-sur-Mer s´est développé sur un site protégé des houles du large par un sillon de galets de 900 m de long. Ce plan d´eau abrité à l´entrée du goulet de Brest, bras de mer difficilement praticable à marée descendante en raison des forts courants de marée, est naturellement devenu un port de relâche privilégié sur la route de Brest. Sa localisation stratégique, à l´extrémité de la presqu´île de Crozon, lui permet également de capter les flux entre le nord et le sud de la Bretagne, en servant notamment de refuge aux marins en difficulté lors de violents coups de vent en mer d´Iroise. Un petit centre urbain, initialement habité par des pêcheurs, va progressivement se développer en arrière du port. Dans un premier temps, la pêche côtière et le cabotage ne nécessitent pas d´aménagements spécifiques. La place Saint Thomas, au coeur du quartier de pêcheurs et d´armateurs du Notic, constitue le centre d´échanges commerciaux de la ville. Du 16e siècle jusqu´au milieu du 19e siècle, Camaret est un port tranquille vivant essentiellement de la pêche saisonnière et du cabotage. Seul le Sillon a été renforcé par une digue (1813-1815). Il sera ensuite allongé par un môle en 1845. En raison de l´essor de la pêche sardinière et de la construction navale sur le Sillon, l´espace portuaire est élargi au milieu du 19e siècle par la construction du quai Toudouze. Dans la deuxième partie du 19e siècle, un chemin d´accès permettant de relier ce quai au hameau du Styvel (quai Vauban), jusque-là isolé par une pointe rocheuse, est construit puis remanié. La falaise sera de nouveau entamée en 1906 afin d´y construire de nouvelles habitations en raison du surpeuplement du quartier du Notic. Dans les années 1870, le développement de la pêche à la sardine permet la multiplication des chantiers de construction sur le Sillon (8 au total) et des conserveries, au Notic et au Styvel. En 1896, 344 personnes, essentiellement des femmes, soit plus de 17 % de la population, travaillent dans ces conserveries. A la même époque, 150 chaloupes sardinières à 2 mâts mouillent dans le port de Camaret. La raréfaction des sardines dans les eaux locales entre 1902 et 1908 se traduit par une crise économique qui pousse les pêcheurs à se diversifier, à l´instar de ce qui s´effectue déjà dans d´autres ports bretons. Depuis quelques années, certains pêcheurs pêchaient déjà des langoustes au large de Belle-Île ou les achetaient en Espagne pour les commercialiser. La découverte de nouveaux gisements au large des Sorlingues ou îles Scilly (Cornouailles anglaise) en 1900 favorise cette mutation et l´amélioration des bateaux. La première forme de langoustier construite à Camaret est le sloup ponté, qui permet d´aller pêcher plus loin, jusqu´aux côtes portugaises. Dans les années 1910, le dundee, jusqu´ici utilisé pour la pêche au thon, fait également son apparition. La Belle Etoile, construite en 1938 et dont une réplique mouille aujourd´hui dans le port de Camaret, en constitue un bon exemple. En 1914, Camaret devient le premier port langoustier d´Europe avec 158 unités et près de 900 pêcheurs langoustiers. Après la Première Guerre Mondiale, les fonds s´épuisent et de nouveaux gisements sont trouvés vers le nord, au large des côtes irlandaises et écossaises (Hébrides), et au sud, dans les eaux marocaines et mauritaniennes. La construction de la voie ferrée Camaret-Châteaulin en 1925 permet l´approvisionnement du marché commercial parisien. Entre 1949 et 1956, un terre-plein de 37 000 m² et un quai de 400 m sont construits dans le prolongement du quai Kléber. Ce quai, baptisé Téphany, est également pourvu d´un môle, d´une fabrique à glace et de hangars, dont une criée. Dans le même temps, en 1954, le patron Camarétois Louis Callec commence à pêcher la langouste rose au casier en Mauritanie, la langouste verte étant pêchée jusqu´ici au filet. Cette innovation relance la construction de langoustiers, avec installations frigorifiques, dans les chantiers. Les zones de pêche sont même élargies à l´Amérique du Sud, mais l´exploitation à outrance des fonds conduit le Brésil, le Maroc et la Mauritanie à étendre leurs eaux territoriales. Le déclin est alors inévitable à la fin des années 1980. Malgré la modernisation de la criée en 1988, l´activité périclite et la criée ferme en 1994. Aujourd´hui, le quai Téphany accueille quelques entreprises, le transit passager estival vers les îles du Ponant et constitue désormais la zone d´amarrage des quelques bateaux de pêche restants (11 navires dont le port d´exploitation principal est Camaret en 2003). Les bateaux de plaisance constituent désormais l´essentiel de la flotte camarétoise. Ils mouillent sur pontons dans les ports du Notic et du Styvel, au fond de l´anse, ou le port Vauban, à l´extrémité du Sillon. 450 emplacements sont disponibles.

Période(s) Principale : 18e siècle
Principale : 19e siècle
Principale : 20e siècle
Secondaire : 16e siècle
Secondaire : 17e siècle

Plusieurs ensembles bâtis hétérogènes, qui existaient déjà à la fin du 19e siècle, peuvent se dégager de l´espace portuaire de Camaret (voir document 1) : - le Sillon, qui abrite la chapelle Rocamadour, la tour Vauban et des chantiers de construction notamment ; - le hameau du Styvel, à la base du Sillon ; - le front portuaire Toudouze homogène datant du milieu du 19e siècle ; - le quartier du Notic, zone urbanisée en arrière du front portuaire Toudouze (rue Dixmude, rue de Reims, rue de Bruxelles...) ; - le front portuaire Kléber, à l´est du front portuaire Toudouze. A ces ensembles, l´on peut rajouter plusieurs éléments isolés comme le secteur de l´Abri du Marin et la zone portuaire Téphany, à l´extrémité orientale du port, construite plus tardivement.

Données complémentaires architecture PATMAR

REFC CAM38
THPA Vie des populations littorales ; Transit terre/mer ; Activités artisanales et industrielles liées à la mer ; Production primaire et commercialisation des produits de la mer ; Défense militaire des côtes ; Signalisation et surveillance des côtes
PROJ La Tour Vauban a été classé au patrimoine mondial de l´Unesco en 2007. Elle pourrait participer à la mise en valeur de l´ensemble du Sillon, voire même de l´espace portuaire. Les pouvoirs publics envisageraient d´apporter des améliorations à la structure du quai Kléber, et du même coup, d´en modifier le tracé afin de bénéficier d´un espace de circulation plus important. Le terre-plein de la zone portuaire Téphany va être également réaménagé : des hangars désaffectés ont été détruits ou vont l´être pour laisser place à un parking pour le transit passagers vers les îles et les touristes visitant le port de Camaret.
DREC souvent cité
INGP intérêt de mémoire ; intérêt paysager et pittoresque ; intérêt technique ; intérêt artistique
RECO Site de défense à l´entrée de la rade de Brest, port de pêche sardinier, puis premier port langoustier d´Europe, le port de Camaret-sur-Mer présente un grand intérêt patrimonial au plan de la défense militaire des côtes, de la pêche et de la construction navale qui lui fut liée. C´est un port relativement bien conservé dans son aspect hérité de la période fin du 19e-début du 20e siècles, possédant deux édifices classés sur le Sillon : la chapelle Notre-Dame-de-Rocamadour et la tour Vauban. C´est aussi un port actuellement en rapide transformation. Le changement d´usage de cet espace, devenu presque exclusivement récréatif, touristique et plaisancier, allié à la forte pression foncière s´exerçant actuellement sur les littoraux et les petits ports jugés « pittoresques », induit des menaces sur le capital patrimonial de cet espace. Dans le dessein de promouvoir Camaret-sur-Mer en haut lieu patrimonial de la défense littorale et de la pêche artisanale à la langouste, il est nécessaire, non seulement de conserver ce port dans son état actuel, mais de le restaurer et de l´aménager dans l´esprit qui a présidé aux constructions de la période de son essor économique et démographique maximum lié à la pêche. Compte tenu de la richesse de ses héritages maritimes et des qualités paysagères de ce port qui sont unanimement et internationalement reconnues, l´objectif global qui préside à l´élaboration des recommandations énoncées par l´Observatoire du patrimoine maritime culturel est de démontrer que Camaret-sur-Mer est à la fois un site remarquable de défense et le type même de petit port breton développé avant les mutations des années 1960. Aussi, d´un point de vue de la mise en valeur patrimoniale globale du site, il importe de ne pas se limiter à sa seule fonction historique de défense (qui vient d´être internationalement reconnue par le classement patrimoine de l´humanité de la Tour Vauban en 2008) mais d´élargir protection et mise en valeur patrimoniale à l´ensemble du site portuaire, depuis le Sillon jusqu´au quai Téphany. Le port de Camaret s´est en effet développé quasi totalement, depuis 17e siècle, sous l´impulsion conquérante de l´activité de pêche. Il est donc important de promouvoir Camaret-sur-Mer en tant que tel et de s´attacher à le restaurer et à le faire évoluer dans sa qualité de port de pêche pour lui donner aussi dans ce domaine la dimension européenne patrimoniale qui lui revient incontestablement. L´économie touristique et résidentielle qui prévaut aujourd´hui aurait tout à y gagner. Dans un esprit de développement durable, les héritages culturels liés à la pêche certes moins prestigieux que ceux liés à la défense, mais qui ont créé l´espace portuaire que nous connaissons aujourd´hui, au lieu d'être détruits ou ignorés, doivent être considérés, entretenus et mis en valeur, comme autant d´atouts techniques, historiques et paysagers, d´intérêt aussi fondamental que l´héritage défensif majeur de la Tour Vauban. C´est donc sur ce double héritage militaire et halieutique que les décideurs doivent construire l'avenir de ce lieu à la fois unique et exemplaire. Dans cet objectif, plusieurs types de recommandations d´ensemble peuvent être faites, en particulier pour la zone portuaire et son bourg d´arrière-côte (voir document 2). La principale recommandation est d´interrompre la logique de réaménagement au coup par coup qui prévaut actuellement, pour privilégier la restauration de l´existant au plus près de l´esprit portuaire de Camaret-sur-Mer au moment du plus fort dynamisme de la pêche (1840-1960). Pour éviter une banalisation du port de Camaret, une politique d´aménagement avec une réelle perspective d´ensemble doit être conduite par la municipalité. Plusieurs outils sont disponibles. Dans un premier temps de protection, le Plan Local d´Urbanisme, actuellement en cours d´élaboration, pourra être enrichi d´un volet patrimonial à la hauteur de la qualité exceptionnelle des héritages maritimes du site, en utilisant l´article L123-1-7 du code de l´urbanisme sur la « protection paysagère ». Cet article intègre la notion de protection paysagère, en permettant d´identifier et de localiser les éléments de paysage et de délimiter les quartiers, îlots, immeubles, espaces publics, monuments, sites et secteurs à protéger, à mettre en valeur ou à requalifier pour des motifs d'ordre culturel, historique ou écologique et de définir, le cas échéant, les prescriptions de nature à assurer leur protection. Dans un second temps et en complément impératif à cette première mesure, la commune de Camaret-sur-Mer devra mettre en place une Zone de Protection du Patrimoine Architectural Urbain et Paysager (ZPPAUP), afin de donner la cohérence et l´efficacité nécessaires à un projet d´ensemble destiné à aménager et à promouvoir le site sur le long terme. En parallèle, l'établissement d'une charte municipale de mise en valeur portuaire est souhaitable pour l´ensemble camarétois. Cette charte devrait comprendre un chapitre de recommandations précises adaptées à chaque partie du front portuaire urbanisé, incluant des recommandations concernant l´habillage des devantures de magasins, le dispositif des enseignes publicitaires et plus largement le mobilier urbain. Elle devrait également produire des recommandations pour la réorganisation de l'ensemble de la circulation automobile et piétonnière sur le site. De cette façon, l´exemple de Camaret-sur-Mer peut servir à une réflexion générale sur une charte des petits ports bretons d´intérêt patrimonial. En particulier, pour parvenir à inscrire Camaret-sur-Mer dans une logique d´aménagement à long terme, il convient de : - Mettre en valeur de façon spécifique le quartier historique du Notic dans sa partie intérieure, construite essentiellement aux 17 et 18e siècles, actuellement délaissé. Un projet global de restauration des édifices et de valorisation touristique peut être mis en place, en retrouvant les caractéristiques originelles des habitations. Les appentis, aux murs de pierres apparentes, qui servaient pour la presse à la sardine jusqu´au milieu du 19e siècle, doivent être répertoriés et valorisés. - Être attentif au maintien de la cohérence architecturale du front portuaire Toudouze, construit au milieu du 19e siècle. Cet élément majeur du patrimoine camarétois, central dans le front portuaire global de l´espace portuaire, doit être plus soigné, en respectant l´aspect extérieur des façades d´origine, en recherchant l´intégration visuelle des devantures des boutiques et de la signalisation. - Conserver la diversité patrimoniale et paysagère du Sillon en entretenant les modestes bâtiments et cabanes goudronnées liés à la construction navale, et en maintenant le cimetière de bateaux, dont la valeur patrimoniale est unanimement reconnue par les peintres et les photographes (professionnels ou amateurs). - Porter une attention particulière aux futurs aménagements de la zone portuaire Téphany construite dans les années 1950. Dans un objectif patrimonial, il est souhaitable que la criée soit réutilisée et non démolie. Afin de situer cet espace dans la continuité historique du port, la reconstruction du bâti de front portuaire sur les friches laissées par la destruction des chantiers et hangars qui existaient auparavant doit être réalisée dans un style architectural portuaire contemporain de qualité. - Restaurer avec soin les habitations du bourg d´arrière-côte et des rues anciennes qui descendent vers le port (présence de maisons de pêcheurs ou d´artisans, d´un atelier à tanner les voiles). Les fronts portuaires Kléber et du Styvel, situés aux extrémités de l´ensemble du front portuaire de Camaret-sur-Mer, constituent des zones à risques pour la pérennisation de l´identité maritime paysagère du lieu. Composés d´éléments bâtis déjà hétérogènes et de qualité parfois faible mais néanmoins en accord avec la partie centrale du front portuaire (du point de vue des hauteurs, des volumes, des couvertures du toit), ils s´intègrent pour l´instant sans rupture majeure dans le paysage du port. Or ils se transforment rapidement suite à la destruction des bâtiment pour faire place à des immeubles résidentiels, à l´instar de ce qui s´est passé dans les années 1990 pour « l´usine Rouge » du Styvel, et en 2006 pour l´ancienne conserverie Béziers du front portuaire Kléber, ou à la dénaturation de l´aspect extérieur des éléments. Situé en dehors du périmètre protégé par les Monuments Historiques du Sillon, le front portuaire Kléber est particulièrement vulnérable et risque de se banaliser prochainement. Pour arrêter impérativement la logique de réaménagement au coup par coup et sans perspective d´ensemble, qui prévaut actuellement, et pour privilégier la restauration de l´existant au plus près de l´esprit portuaire du Camaret-sur-Mer, il serait opportun d´utiliser rapidement l´article L123-1-7 du code de l´urbanisme sur la « protection paysagère », en requalifiant de façon patrimoniale les bâtiments de ces deux fronts portuaires Kléber et du Styvel. Les différents quais portuaires (quais Toudouze, du Styvel, Vauban, Kléber, Téphany) participent à la cohérence visuelle de l´espace portuaire de Camaret-sur-Mer. Ils méritent un entretien ou, pour les plus dégradés, une rénovation complète, réalisée en respectant les matériaux et le mode de construction originels. Pour les quais les plus anciens (Toudouze, du Styvel, Vauban, Kléber), il faut veiller à ce que les interventions ponctuelles ne dénaturent pas le parement en pierres de taille apparentes et limiter les colmatages d´urgence à l´aide de ciment qui pourraient peu à peu créer une situation irréversible. En complément des mesures à mettre en oeuvre pour appliquer ces objectifs, l´ensemble de la circulation automobile serait à revoir. La création de zones uniquement piétonnières (au moins pendant la période touristique) - ou à priorité piétonne - serait rendue possible par l´établissement de nouveaux accès routiers en périphérie du bourg (non plus un seul accès débouchant sur le quai Kléber mais plusieurs accès) avec parkings de délestage (situés bien en arrière de l´ensemble du front portuaire). La mise en place de circuits piétonniers d´accès aux quais aboutirait à des cônes de découverte visuelle du Sillon à partir des rues anciennes du port ou des hauteurs surplombant celui-ci.

Annexes

Références documentaires

Bibliographie
  • LASTENNET, Yann. La mutation de la pêche à Camaret : de la sardine à la langouste (1870-1920) . Mémoire de Maîtrise d'Histoire : Université Rennes 2, 1998.

    p. 125-127
  • Candidature Pays d´Art et d´Histoire, Presqu´île de Crozon. Crozon : Communauté de Communes de la Presqu´île de Crozon, 2001.

    144 p
  • GALIFOT, Agnès. Le port de Camaret. Crozon : Le Presqu´îlien, 2002, n° 99.

    p. 22-23
  • IFREMER. Synthèses de l'activité 2003 des navires de pêche du quartier maritime de Camaret. Brest : Système d'Informations Halieutiques - Ifremer, 2005.

    8 p
  • AMGHAR, Julien. Les petits ports et les usages du littoral en Bretagne au XIXe siècle. Thèse d'Histoire : Université de Bretagne Sud, Lorient, 2006, 2 vol.

    p. 200-203 (thèse) et p. 33-38 (annexes Inventaire général vol. I)
  • Annuaire Nautisme 2006. Bussy-St-Georges / Neyron : ed. Chabassol / éd. du Plaisancier, Guides Chagnon, 2006.

    p. 222
Périodiques
  • KERDREUX, Jean-Jacques. Camaret en 1831. Crozon : Avel Gornog, 1995, n° 3.

    p. 4-8
  • LASTENNET, Yann. Toutes voiles dehors. Crozon : Le Presqu´îlien, 2000, n° 77.

    p. 4-5