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Église paroissiale Saint-Pierre et Saint-Paul (Rospez)

Dossier IA22132447 inclus dans Le bourg de Rospez réalisé en 2015

L'église paroissiale Saint-Pierre et Saint-Paul à Rospez

L'église paroissiale Saint-Pierre et Saint-Paul et son mobilier (voir annexe intitulée "Le mobilier de l'église paroissiale") forment un ensemble homogène. Ils reprennent tous deux, avec une austérité plus importante pour l'architecture, des codes stylistiques hérités du Moyen Age.

Dénominations église paroissiale
Aire d'étude et canton Schéma de cohérence territoriale du Trégor
Adresse Commune : Rospez

L'église primitive

L'église paroissiale de Rospez est dédiée à saint Pierre et à saint Paul. L'édifice que l'on peut aujourd'hui observer dans le bourg remplace un bâtiment plus ancien qui fut détruit pour faire place à l'église actuelle. La date de construction de l'église primitive reste inconnue.

Le cadastre de 1826 nous renseigne sur le plan de l'ancienne église, qui ne formait pas véritablement une croix latine. En effet, on constate sur le plan l’absence de transept nord et un chevet plat.

En 1808, l'église est ruinée après les affres de la Révolution. Des réparations sont entreprises et les travaux sont confiés à François le Pichourou. Dans une description sommaire de l'édifice, on retient la présence d'une "porte de Saint-Yves", un "pignon du rosaire" et la présence d'une grande fenêtre au niveau du portail. Malgré ces premières réparations, l'état sanitaire de l'église ne va pas cesser de s'empirer dans les années suivantes. En 1836, la fabrique de Rospez doit une nouvelle fois engager des travaux d'entretien. Une délibération du conseil général de la fabrique nous renseigne alors sur l'état du monument : "[…] la tour de l'église paroissiale qui depuis plusieurs années avait été jugée susceptible d'être reconstruite, était enfin parvenue à un état de délabrement total […] la tempête continuelle avait tellement dégradée le toit de l'église qui exigeait de grosses réparations".

Le projet de restauration, entrepris par M. Lopès de Lannion, prévoit l’ajout d'une flèche en bois de chêne couverte de plomb pour couronner le clocher. Pour son installation, l'architecte avait prévu de détruire la partie haute du clocher et de le rebâtir en y ajoutant un parapet.

En 1845, de nouveaux travaux sont réalisés à l'intérieur de l'église. A cette date, la préfecture des Côtes-du-Nord envoyait à ses communes un questionnaire sur l'état sanitaire et l'ancienneté des églises du département. Pour Rospez, ce questionnaire nous renseigne sur le bon état de l'édifice suite aux travaux intérieurs. En ce qui concerne son intérêt historique et stylistique, le document déclare : "elle est antique et n'offre rien d'intéressant".

Une nouvelle église

Au début des années 1860, un projet de reconstruction de l'église voit le jour. Il est probable que l'édifice ancien était devenu trop étroit pour la population grandissante de Rospez, qui s’élevait à cette date à plus de 1 500 habitants.

Le projet initial prévoyait la construction d'une flèche, mais il doit être révisé car les contreforts du clocher n'étaient pas assez robustes pour la soutenir.

L'ancien bâtiment doit être détruit pour faire place à une nouvelle église. Cette dernière fut dessinée par l'architecte M. Meslay de Saint-Brieuc et construite par l'entrepreneur Louis Kerguénou de Lannion. Les fonds nécessaires à la reconstruction furent acquis par la vente de biens fonciers appartenant à la fabrique, par des souscriptions volontaires, par des prestations en nature et par un secours de 3000 fr de l’État.

La première pierre fut bénite le 21 septembre 1868. Après deux ans de travaux, l'église était terminée et fut ensuite consacrée le 11 octobre 1974.

Des éléments anciens dans la nouvelle église

En visitant l'église paroissiale de Rospez, on peut distinguer un corpus d'objets et d’éléments anciens remployés, datant probablement de l'église primitive. Ils se situent aussi bien à l'intérieur qu'à l'extérieur de l'édifice.

Un bénitier ancien se trouve ainsi à proximité du transept sud. Il s'agit d'un des remplois les plus anciens de l'église. La cuve du bénitier, fichée dans le mur, est richement décorée : elle arbore les visages de deux personnages aux cheveux bouclés, surmontés par un arc trilobé décoré d'ornements végétaux. Le bénitier est surmonté d'un Christ en croix en pierre datable du 15e siècle. La douleur qu'il exprime et la maigreur de son corps sont particulièrement frappantes. Tout comme la cuve du bénitier, il présente des traces de polychromie.

Une autre bénitier est placé dans l'église, au niveau de la porte principale à l'ouest. Reposant sur un piédestal, il porte un blason sculpté d'un calice en relief. Sur son rebord, il porte la date de 1589 et plusieurs inscriptions.

L'église possède aussi un baptistère médiéval, dont les cuves, reposant sur des colonnes, sont sculptées d'énigmatiques visages d'une grande expressivité.

On peut aussi observer un enfeu dans le collatéral nord. La voûte porte trois blasons, autrefois peints, qui devaient porter les armes du défunt enterré en dessous.

Plusieurs statues anciennes en bois sont aussi réutilisées dans l'église actuelle : deux anges du 18e siècle au pied du maitre-autel dans le chœur, un grand crucifix de la fin du 16e ou du début du 17e siècle, près de l'autel du transept sud et une statue de Notre-Dame de Grâce, placée sur le retable du même autel. Cette dernière, probablement du 17e siècle, porte l'enfant Jésus dans ses bras, alors que celui-ci ce détourne d'elle, le bras tendu vers le fidèle. Il devait probablement tenir un chapelet dans sa main.

A l'extérieur de l'église, on constate aussi le remploi de plusieurs éléments anciens. D'anciennes pierres tombales en dalle de schiste sont par exemple utilisées pour la pavage du sol au niveau de la porte du transept nord. L'une d'elle porte encore un petit bénitier en forme de cœur. Au dessus de la dite porte, une statuette est fichée dans la maçonnerie. Il est probable qu'elle représente un clerc, moine reconnaissable par sa longue robe et sa tonsure, représenté de manière stylisé.

Période(s) Principale : 3e quart 19e siècle , porte la date
Dates 1868, porte la date
Auteur(s) Auteur : Meslay, architecte, attribution par source
Auteur : Kerguenou Louis, maître d'oeuvre, attribution par source

Une architecture néo-gothique inspirée de modèles anciens

L'église paroissiale de Rospez est bâtie selon un plan en croix latine, terminé par un chevet de plan pentagonal. La partie occidentale est couronnée par un clocher de plan rectangulaire, sans flèche, ouvert sur ses quatre faces par de longues baies géminées en arc brisé. La nef est de plan basilical, la partie centrale étant plus élevée que les collatéraux. Des baies en arc brisé scandent aussi les murs extérieurs des collatéraux, le chevet, le transept, et la façade occidentale.

L'édifice est de grande dimension pour la commune : plus de 36 m de longueur pour 24,5 m de large au niveau du transept et 17,2 m de largeur au niveau de la nef. Quant au clocher, il culmine à une vingtaine de mètres de hauteur.

A l'intérieur, l'édifice est réparti en 3 travées séparées par des piliers carrés flanqués de colonnes, décorées de chapiteaux arborant des feuilles d'acanthe. Les voûtes d'ogives des bas-côtés reposent sur des colonnettes adossées, portées par un culot sculpté en forme d'êtres grotesques ou monstrueux. Les chapiteaux de ces colonnes sont aussi sculptés de petits personnages en plâtre, semblant supporter sur leur dos le poids des retombées de la voûte. Ce parti pris architectural démontre l'intérêt de l'architecte aux églises gothiques médiévales du Trégor et des alentours. En effet, on retrouve le même type de colonnes supportant la voûte dans le chœur de la cathédrale Saint-Tugdual de Tréguier, siège de l’évêché dont dépendait Rospez, ou dans le vaisseau central de l'église Sainte-Catherine de La Roche-Derrien. Le style néo-gothique de l'église Saint-Pierre et Saint-Paul reste donc inspiré par des édifices médiévaux, dont l'importance religieuse dans le territoire a assuré la pérennité du modèle architectural.

Les matériaux de construction de l'église sont les mêmes que ceux utilisés dans l'habitat. Le clocher, le tour des baies et les contreforts sont bâtis en pierre de taille de granite gris, tandis que le reste de la maçonnerie est réalisé en moellon de granite et de schiste jointoyés à la chaux hydraulique. Les collatéraux et le vaisseau central sont couverts d'ardoise. Les pierres de taille des contreforts et des fenêtres, formant un léger ressaut, laissent supposer que l'édifice était destiné à être enduit à la chaux.

L'intégralité des vitraux datent de la construction de l'église au 3e quart du 19e siècle, même si les vitraux du transept furent restaurés dans les années 1920. Ils proviennent de la fabrique de François Fialeix, maître-verrier, à Mayet dans la Sarthe.

Murs schiste moellon
granite pierre de taille
granite moellon
Toit ardoise
Plans plan en croix latine
Couvrements voûte d'ogives
Couvertures
Mesures l : 36.0 m
la : 24.5 m
Statut de la propriété propriété de la commune

Annexes

  • Le mobilier de l'église paroissiale

    Le mobilier de l'église paroissiale

    L'église paroissiale, outre ses remplois, possède un mobilier de qualité, contemporain de la construction de l'édifice. Il est d'ailleurs important de signaler le maitre-autel en granite gris de type Hernot. De style néo-gothique, il arbore un décor de pampres - tiges de vignes qui s'enroulent autour du tabernacle, lui même fermé par une porte montrant le Christ et l'agneau pascal symbole de pureté et d'innocence.

    Un retable et un autel en bois conçus par Le Merrer sont situés dans le bras sud du transept. Leur style néo-gothique est particulièrement marqué par un décor foisonnant, utilisant des arcs brisés et trilobés, des gables et des pinacles, des crochets et des choux-frisés caractéristiques de l'architecture gothique. Il est aussi important de remarquer le travail de dorures et du décor dessiné sur un bois de couleur sombre. Le retable, en plus de la statue de la Vierge à l'enfant, porte plusieurs statues en bois de style sulpicien.

    De gauche à droite, on peut voir une statue de l'éducation de la Vierge, représentant sainte Anne et la Vierge enfant ; une statue d'ange gardien ; un ange thurifère, c'est à dire portant un encensoir, et enfin une statue de saint Joachim, père de la Vierge. Une dernière statue d'ange couronne le retable. Il porte un ruban sur lequel est inscrit "maria gratia plena", les premiers mots de l'Ave Maria.

    Le chemin de croix reprend aussi un vocabulaire stylistique médiéval. Il s'inspire en effet de formes gothiques, traitées ici en plâtre et arborant une importante polychromie. L’intérêt de ce chemin de croix réside dans les textes écrits en breton, ce qui reste relativement rare.

    (Paul Maturi, 2015)

  • Rospez : un patrimoine religieux à valoriser

    Rospez : un patrimoine religieux à valoriser

    L’église Saint-Pierre et Saint-Paul, construite en 1868, présente quelques éléments anciens provenant de l’ancienne église du bourg, notamment des statues anciennes en bois polychromes, deux bénitiers et un baptistère. L’architecte briochin Meslay s’est inspiré d’églises gothiques du Trégor (La Roche-Derrien et Tréguier) pour recréer un style architectural néo-médiéval au milieu du 19e siècle.

    Les deux chapelles de la commune (Saint André de La Ville Blanche et Saint-Dogmaël) datent des 16e et 17e siècles. La chapelle Saint André conserve encore quelques statues anciennes en bois, notamment un Christ en croix. La chapelle Saint-Dogmaël a été restaurée au début du 20e siècle, mais présente un aspect extérieur non altéré. Située à proximité de la limite avec la commune de Lannion, ces chapelles pourraient cependant être mieux valorisées.

    Il existe encore de nombreuses croix dans la commune. La majorité ont cependant été déplacée (Croix Yell, croix Vari ou Croix du cimetière, Croix de l’église, etc.). Chaque croix possède un style et une histoire particulière (datant du haut Moyen Age jusqu’au milieu du 19e siècle), notamment la croix Yell dont le nom des commanditaires apparaît sur le socle. Situées généralement le long des routes et des chemins, elles peuvent être facilement mises en valeur par un circuit de visite guidée (à pieds ou à vélo).

Références documentaires

Bibliographie
  • BONNET, Philippe, RIOULT, Jean-Jacques. Bretagne gothique. Édition Picard. 2010.

  • COUFFON, René. Répertoire des Eglises et Chapelles du diocèse de Saint-Brieuc et Tréguier. Saint-Brieuc, Les Presses Bretonnes, 1939-1947, 779 p.

  • Le patrimoine des Communes des Côtes d'Armor. Paris : Flohic éditions, 1998.

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