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Église Notre-Dame-de-la-Merci (Trémel)

Dossier IA22132306 inclus dans Le bourg de Trémel réalisé en 2014

Dans le Trégor et autour de la ville de Morlaix, des édifices religieux d’une grande modernité sont construits à partir de la fin du 15e siècle et au début du 16e siècle. La chapelle trèviale Notre-Dame-de-la-Merci à Trémel élevée vers 1500-1520 en fait partie : son constructeur semble avoir puisé formes architecturales nouvelles et décor dans la chapelle toute proche de Saint-Nicolas de Plufur, œuvre majeur de Philippe Beaumanoir signée et datée de 1499 (date de commencement des travaux). A peu près en même temps que le chantier de l’église s'ouvre à Trémel un autre chantier exceptionnel avec la construction d'un remarquable logis manorial par le puissant seigneur de Kermerzit, prééminencier principal de l’église.

Avec le retour de la paix et de la prospérité, l’époque de la duchesse Anne marque le début de l’âge d’or breton. Anne de Bretagne, fille du duc François II de Bretagne, mariée successivement à deux rois de France – Charles VIII (mort en 1498) et à Louis XII d’Orléans - rétablit la chancellerie, frappe monnaie et réunit les états de Bretagne. Les chantiers de constructions – manoirs, églises, chapelles et croix, foisonnent dans la campagne et dans les villes. Rappelons qu’à cette époque 90 % de la population vit dans les campagnes. Le dénominateur commun de ces nouvelles constructions est une forte dévotion religieuse, un amour des "belles choses", un mécénat des familles de la noblesse et une émulation entre "seigneurs commanditaires". L’art du gothique flamboyant est porté à son sommet.

L'église de Trémel a été ravagée par un incendie le 21 juin 2016 : l’horloge du porche sud s’est arrêtée à 18h16. Avec des températures de l’ordre de 1000 degrés, certaines pierres de taille de granite – désormais rougies - se sont fissurées ou ont éclatées. La charpente et sa voûte en bois ont presque totalement disparu lors de l’incendie. L’église renfermait des objets et meubles qu’il sera impossible de remplacer comme la statuaire et la série de Quatorze stations de chemin de croix de Xavier de Langlais datant de 1935. Seuls ont été conservées les statues du porche sud en bois polychrome figurant les douze apôtres (paroi latérale est et paroi latérale ouest du porche) et la statue de Notre-Dame du portail remontant au 16e siècle.

Dénominationséglise paroissiale
Aire d'étude et cantonSchéma de cohérence territoriale du Trégor - Plestin-les-Grèves
AdresseCommune : Trémel
Lieu-dit : Le bourg

Trémel : une trève de la paroisse de Plestin

Le nom breton "Tremael"est composé de deux éléments : "Treb" en vieux breton, qui signifie ici le "village" et "Mael", prince, chef, anthroponyme ou saint Maël. Selon Bernard Tanguy, le nom de Trémel rappelle une fondation du haut Moyen Age. Les croix en schiste de Kerdudavel et Croaz Simon, datant de cette époque, contribuent à renforcer cette hypothèse. Une famille du nom de Trémel, seigneur dudit lieu (correspondant donc au territoire Trémel), est citée le 1er juin 1371 dans une Montre (c’est-à-dire une revue des Gens d’armes de la noblesse médiévale) de Bertrand Dugusclin, grand connétable de France : il s’agit du dénommé Perrot de Tremel. A la Montre de Tréguier en 1481, où on comptabilise la présence de 40 nobles habitant la paroisse de Plestin, l’un de ses descendants nommé Jehan Tremel comparaît en archer. De revenu modeste (5 livres de rente annuelle), il est équipé d’une brigandine (armure légère servant de cuirasse). Beaucoup plus puissants et riches sont les seigneurs fondateurs de la chapelle de Trémel : les seigneurs de Kermerzit et les seigneurs de Trébriant, dont les manoirs existent encore de nos jours.

Trémel était une trève de la paroisse de Plestin (paroisse-mère citée dans le procès de canonisation de saint Yves en 1330) qui dépend de l'évêché de Tréguier : elle regroupe les frairies de Trébriant, de Trémel et de Trédillac. Ce territoire très étendu (4600 hectares) est parcouru par trois vallées dont celle du Douron. Au lieu de se rendre à l'église paroissiale de Plestin, les fidèles pouvaient fréquenter la chapelle de Trémel plus proche de leur lieu de résidence. Ces lieux de culte sont appelés "chapelle trèviale". En 1633, Trémel devient une paroisse succursale de Plestin. Trémel est érigée en "commune indépendante" le 30 juillet 1792, mais elle est à nouveau rattachée à la commune de Plestin en 1800. Séparée de nouveau de Plestin, Trémel est finalement érigée en commune le 30 août 1838.

Un bourg rural

La chapelle trèviale de Trémel (appelons là "église" par commodité) se trouve au centre d’une petite agglomération. A l'est immédiat de l'église, en contrebas, une fontaine alimente un bassin dont le trop-plein se déverse dans un petit ruisseau filant vers l'est-nord-est. En 1814, le bourg ne compte qu'une trentaine de bâtiments : fermes et dépendances, maisons et magasins de commerce. En raison de la prépondérance des activités agricoles dans l’économie traditionnelle, l'habitat groupé est peu développé. S’il est difficile d’imaginer le bâti médiéval disparu, quatre chemins débouchaient sur l’enclos ecclésial. Peut-être a-t-il existé une chapelle seigneuriale à Trémel dès le 14e siècle ? Orientée vers le ouest-nord-ouest, l’église a été conçue pour être vue de ces chemins. Venant du manoir de Kermerzit, c’est face à la chapelle homonyme que le chemin débouchait. Aucune croix ne marque cette petite agglomération à l’exception du calvaire. Le développement du bourg de Trémel n'intervient réellement que dans la seconde moitié du 19e siècle avec l'installation d'activités commerciales et artisanales.

L’ensemble ecclésial

Outre l'église, l’enclos qui délimite le placître (espace non bâti autour de l’église) comprenait un calvaire et un ossuaire (ses éléments figurent sur le cadastre de 1848). En effet, lorsque la place vint à manquer à l'intérieur de l'église pour enterrer les morts, on eut recours à un édifice spécifique destiné au dépôt des ossements : c'est l'ossuaire. Les reliques des défunts étaient régulièrement prélevées pour être déposées dans l'ossuaire. Cette pratique permettait d'inhumer de nouveaux défunts dans l'église ou dans le cimetière. Au cours du 17e siècle, le placître s'est progressivement transformé en cimetière (agrandi ensuite vers le nord). L'actuel calvaire historié est daté "1865" : il est sans doute l’œuvre du sculpteur Yves Hernot de Lannion mais semble reprendre des éléments du 16e siècle. Au pied de cette croix se trouve les vestiges d’un ancien autel en pierre réutilisé ensuite comme pierre tombale. A l'emplacement approximatif de l'ancien ossuaire se dresse depuis 1921 le monument aux morts de la Guerre 1914-1918.

Histoire de l’église de Trémel

L’église de Trémel est dédiée à Notre-Dame, patronne de l’Ordre des Mercédaires, encore appelé Ordre de Notre-Dame-de-la-Merci. Cet ordre a été fondé en 1218 par Pierre Nolasque pour racheter les chrétiens captifs des pirates maures. C’est pour rappeler cette mission humanitaire que Notre-Dame est représentée dans les vitraux de la maîtresse-vitre tenant la chaîne des captifs.

En forme de croix latine, l’église de Trémel a été construite à la fin du 15e siècle ou au début du 16e sous la maitrise d’ouvrage du conseil de fabrique réunissant notables, marchands, membres influents du clergé et de la noblesse. L’église se composait alors d’une nef à cinq travées avec jubé à tribune, tribune et balustre de clôture, d’un chevet polygonal à trois pans, d’une tour-clocher, de quatre chapelles seigneuriales (faux transept nord et sud et bas-côté nord).

Le maître d’œuvre de l’église de Trémel semble être le dénommé Jean Guillou. Son nom (en caractère gothique) et sa qualité sont connus par sa signature épigraphe accompagné d’un marteau de tailleur de pierre sur deux des piliers octogonaux de la nef qui encadrent la petite chapelle sud (transformée plus tard en porche). La durée de ces chantiers était particulièrement longue : il faut en effet 5 à 10 ans de travail continu pour construire une église comme celle de Trémel. Carriers, tailleurs de pierre, maçons, sculpteurs, charpentiers, menuisiers, forgerons (celui qui fournit les outils), vitriers et peintres ont également participé à ce chantier. Il ne faut pas oublier l’important charroi nécessaire au transport des pierres. Selon le géologue Louis Chauris, la construction de l’église a fait appel à du granite d’origine dit du Ponthou.

Au Moyen Age, les morts étaient enterrés à l'intérieur de l'église selon à un protocole bien établi : les nobles suivant le "droit de sépulture", les ecclésiastiques et les notables grâce à leurs dons se réservaient les places près du chœur et du maître-autel. Les seigneuries concentrent des droits et des privilèges comme les droits de prééminences dans l’église : droit de patronage, droit de banc (celui des seigneurs de Kermerzit se trouvait dans le chœur au plus près de l’autel), droit d’armoiries (l’église en est pleine), droit d’oratoire (droit de disposer de sa propre chapelle privée dans l’église), droit de litre (frise funéraire peinte au moment d’un décès). Pierres et consoles en granite, sablières et anges en bois polychrome portent les armoiries de plusieurs familles nobles de Trémel.

A l’extérieur de l’église, sur le chevet en pierre de taille de granite figure ainsi les armoiries des familles Jourdain, seigneur de Kermerzit (un croissant) et des Le Rouge, seigneur de Trébriant (un fretté). Sur le pignon central du chevet figure un écu d’alliance faisant référence au mariage d’Yvon Jourdain et de Marguerite Toupin, dame de Lostanguen qui a eu lieu en 1481. Yvon Jourdain réside avec sa femme dans son manoir de Kermerzit tout proche. A la Montre de Tréguier de 1481, il paraît avec deux archers en brigandine accompagné d’un page (jeune gentilhomme) : son revenu annuel dépasse les 200 livres. A titre de comparaison, un bon tailleur de pierre de l’époque gagne entre 5 et 12 sous par jour selon son expérience et la difficulté du projet (1 livre valant 20 sous). En 1503 : c’est Jean de Kergrist en qualité de curateur et parrain qui comparait "en robe" (c’est-à-dire avec l’habit civil) à la Montre de Tréguier pour le dénommé Yvon Jourdain, seigneur de Kermerzit qui est absent. Il lui est enjoint de fournir "deux archers en habillement suffisant".

Pour Christophe Amiot, architecte en chef des monuments historiques, la date de construction de l’église de Trémel serait donc comprise entre 1481, date du mariage et 1506 date de la mort d’Yvon Jourdain. Christian Millet qui a étudié le modèle et la série Beaumanoir situerait plutôt la construction de l’église de Trémel vers 1515-1520.

Pendant la Guerre de la Ligue (1589-1598), cette portion de la côte bretonne a épousé le parti catholique contre le roi Henri IV. Cette guerre de religion est à la fois un conflit civil et un conflit international : les catholiques sont soutenus par les Espagnols tandis que les Royaux sont aidés par les Anglais. Dans la campagne, attaques et pillages se multiplient. Des massacres sont perpétrées de part et d'autre comme à la Lieue de Grève entre Saint-Michel et Plestin. Si l’église de Trémel ne semble pas avoir été touchée par les troubles en revanche, de nombreuses fermes, maisons et manoirs des alentours sont pillés et incendiés en juillet 1590. Il n’est cependant pas exclu que l’église ait pu être affectée ultérieurement par les troubles de la Ligue. C’est durant cette décennie troublée (en 1598 ?) qu’aurait été construit le nouveau porche sud doté à l’étage d’une secrétairerie faisant chartrier. De nombreuses maisons de Trémel sont reconstruites au début du 17e siècle comme le presbytère dont une crossette est datée 1625.

A la fin du 17e siècle, une sacristie est aménagée à l’est contre le chevet et le mur oriental de la chapelle de Kermerzit masquant une partie de la verrière orientale. Ces travaux ont cependant été autorisés par Toussaint de Tuomelin, seigneur de Kerbourdon propriétaire de la seigneurie de Kermerzit à cette époque. C’est dans cet espace sacré que l’on conserve les ornements d'église et les vases sacrés et que le prêtre se prépare pour célébrer les cérémonies liturgiques. Son accès primitif a été modifié à une période indéterminée.

Fermée pendant la Révolution, l'église de Trémel est ré-ouverte le 22 brumaire an XIII (13 Novembre 1804). Certains écus sont illisibles ou dépourvus de figurations héraldiques : cela résulte soit d’un effacement naturel avec le temps (pour des armoiries peintes), soit d’un bûchage de la période révolutionnaire : ces symboles de la noblesse héréditaire sont interdits par décret en 1793.

Suite à l’effondrement d’un mur en 1875, l’église est restaurée et agrandie par Guillaume Lageat, architecte à Lannion. Percée d’une nouvelle porte (dotée d’un linteau droit à accolade), l’ancienne petite chapelle seigneuriale sud est transformé en porche. Au nord, le bas-côté est agrandi jusqu’à la chapelle de Trébriant et également dotée d’une porte. Pour réaliser la modification de la distribution : deux enfeus sont transformés en arcade. La chapelle des seigneurs de Kermerzit perd en revanche sa porte extérieure toujours visible à l’intérieur. Plus anecdotique, la pose d’un paratonnerre ou la "confection et pose de deux clochetons style fin du 15e siècle". Vers 1893, les lambris de voûte de l’ensemble de l’édifice furent entièrement refaits : ces travaux entrainèrent malheureusement des modifications importantes de la charpente et la dépose des clefs sculptées pendantes. Des décors peints sont réalisés par Joseph Piriou de Lannion : sur les murs de la nef, une frise florale aux pétales bleus, des couronnes, des lions dressés debout et des initiales "AM" entremêlées (en référence à Anne de Bretagne, duchesse de Bretagne et comtesse de Montfort). Sur la charpente lambrissée, des armoiries, des fleurs de lys et des croix sont peintes… Dans cette décennie sont changés les vitraux anciens – notamment ceux du chevet (Notre-Dame de la Merci avec l’enfant Jésus et les saints honorés) et de la chapelle nord (saint Joachim et sainte Elisabeth). Les vitraux sont signés de Piriou à Lannion. En partie haute des vitraux, les armoiries des familles nobles de Trémel.

En raison de son intérêt historique et architectural, l’église de Trémel a été classée Monument historique le 12 décembre 1910. A ce titre, l’édifice a pu bénéficier de campagnes de restauration régulière (travaux de couverture, de charpenterie, de rejointement et d’étanchéité). L’autel majeur en granite de l’Ile Grande a été inauguré le 11 novembre 1940 alors que Joseph Le Roy était recteur.

L'église de Trémel a été ravagée par un incendie le 21 juin 2016 : l’horloge du porche sud s’est arrêtée à 18h16. Avec des températures de l’ordre de 1000 degrés, certaines pierres de taille de granite – désormais rougies - se sont fissurées ou ont éclatées. La charpente et sa voûte en bois ont presque totalement disparu lors de l’incendie. L’église renfermait des objets et meubles qu’il sera impossible de remplacer comme la statuaire et la série de Quatorze stations de chemin de croix de Xavier de Langlais datant de 1935. Seuls ont été conservées les statues du porche sud en bois polychrome figurant les douze apôtres et la statue de Notre-Dame du portail remontant au 16e siècle.

Après l’incendie et la nécessaire expertise vient le temps de l’étude et du chiffrage de la restauration. Un parapluie en tôle a été installé en janvier 2017 au-dessus de l’église duquel émerge l’élégant clocher gothique inspiré du modèle Beaumanoir. L’étude de Christophe Amiot, architecte en chef des monuments historiques, doit être validée par la commission régionale des Monument historiques. L’Association de sauvegarde de l’église de Trémel (créée en 1998) a recueilli de nombreux dons.

Période(s)Principale : limite 15e siècle 16e siècle, 1er quart 16e siècle
Secondaire : 4e quart 16e siècle, 1er quart 17e siècle, 4e quart 17e siècle, 4e quart 19e siècle
Auteur(s)Auteur : Guillou Jean maître charpentier signature
Auteur : Lageat Guillaume architecte attribution par travaux historiques

1. Le chevet

Le chevet polygonal à trois pans coupés et fenêtres passantes surmonté de frontons triangulaires est une des caractéristiques principales de l’église de Trémel. Il s’inspire de celui de la chapelle Saint-Nicolas de Plufur. Pour les auteurs de la Bretagne Gothique (2010), le choix de remplacer le classique chevet plat à unique maîtresse-vitre (visible à Plouaret ou Plouzélambre par exemple) par un chevet polygonal résulte de la volonté de mettre en valeur l’iconographie dans les verrières. C’est aussi une manière simple de valoriser le chœur et le maître-autel en le baignant de lumière. A la manière des lucarnes des manoirs qui répondent à la tour abritant l’escalier, les pans du chevet répondent à la tour-clocher. Pour le visiteur, situé au niveau du sol, il en résulte un effet de perspective qui attire nécessairement le regard vers le haut, croisant celui des gargouilles. Fauves, lions, dauphins et chimères forment à Trémel un véritable bestiaire fantastique.

Ici, les trois pans du chevet sont très élancés et sommés d'un fleuron. On soulignera la sobriété des remplages : réseau à trois lancettes pour la baie centrale et réseau à deux lancettes pour les baies latérales utilisant des arcs en plein cintre, soufflet et mouchettes.

A l’extérieur, chacun des quatre contreforts établis entre chaque pan du chevet supportent un piédroit et une gargouille permettant la canalisation et l’évacuation des eaux pluviales de chaque noue (c’est-à-dire de la ligne de rencontre de deux pans de toiture). Les gargouilles ont une double utilité : fonctionnelle, elles servent de gouttières saillantes devant repousser les eaux pluviales loin des murs et, esthétique : sculpture en forme d’animal fantastique le plus souvent des fauves. Chaque pan du chevet est blasonné du nom des familles des donateurs et prééminenciers.

Selon un aveu de 1704 (déclaration écrite que doit fournir le vassal à son suzerain lorsqu’il entre en possession d’un fief) cité par Christophe Amiot, la maîtresse-vitre du chevet représentait à l’origine l’Arbre de Jessé. Elle accueillait en outre les armoiries de Kermerzit et des Toupin. A droite (du côté de l’épitre) se trouvait représenté dans les vitraux la Nativité. Sous la Nativité étaient représentés les seigneurs et dame de Kermerzit "avec leurs écussons et leurs habillements". En toute logique devait être représenté à gauche, la Crucifixion.

2. La tour-clocher

Orientée vers l’ouest-nord-ouest se dresse une haute tour-clocher à contreforts (en forme de I) surmonté d'une plate-forme bordée d'une balustrade. Sur cette plate-forme repose les trois chambres des cloches (sur deux niveaux) accueillant le beffroi (charpente des cloches) surmonté d’une flèche de plan octogonal en pierre. C’est pour pouvoir faire sonner les cloches depuis le fond de la nef que la plate-forme est percée à l’est de trois fentes pour faire passer les cordes. Afin d’assurer la distribution verticale de l’édifice, une tourelle d’escalier hors-œuvre flanque la tour clocher au sud. De petits jours verticaux permettent l’éclairage de la vis couverte par un dôme pyramidal en pierre. Une porte intermédiaire permettait d’accéder à la tribune.

Au rez-de-chaussée, située entre les contreforts de la tour-clocher se trouve le porche ouest (voussures retombants sur des colonnettes). Ornée d’une accolade gothique à choux frisés et fleuron central, la porte est encadrée de deux pinacles. Pour éclairer le bas de la nef, une fenêtre a été percée dans le mur pignon : elle est dotée d’un réseau à deux lancettes. La balustrade à mouchette (évoquant des flammes), les arcs-boutants, les pinacles, les gables (frontons triangulaires) ornés de choux frisés et sommés de fleurons, la flèche ornée de crochets ou encore les gargouilles animent la tour-clocher de l’église de Trémel. Choux frisés, crochets et pinacles font partie des ornementations gothiques : leurs formes s’inspirent de la nature.

3. Quatre chapelles seigneuriales

Si la chapelle sud - la plus vaste avec 60 m2 - appartient aux seigneurs de Kermerzit et à la famille Jourdain, la chapelle nord, de taille plus modeste, est attachée aux seigneurs de Trébriant et à la famille Le Rouge. Cette chapelle nord est dotée d’une baie à remplage similaire à ceux du chevet. Son autel en pierre a d’ailleurs conservé ses armoiries (un fretté). Chacune des deux chapelles disposent d’un enfeu reconnaissable à son arcade gothique à accolade (niche funéraire où était placé un gisant : c’est à dire une sculpture représentant un personnage couché). Les emplacements de trois autres enfeus ont également pu être déterminés dans l’église : ils correspondent à quatre chapelles seigneuriales.

Par son ornementation plus fournie comparée au chevet polygonal de l’église, la chapelle des Kermerzit se distingue à plusieurs titres : sa mise en œuvre soigné en pierre de taille de grand appareil de granite, son remplage flamboyant souligné d’une accolade, d’un fleuron et de pinacles, ses rampants ornés de choux frisés et ses crossettes sculptées (chevronnières) soulignées chacune d’un pinacle. Paradoxalement, la disparition du retable de la Vierge à l’enfant suite à l’incendie a permis de redécouvrir la fenêtre passante orientale de la chapelle des Kermerzit qui avaient été masqués à la fin du 17e siècle par la construction de la sacristie. La surprise fut également de découvrir une niche crédence à accolade gothique. Cette chapelle témoigne de la richesse de la famille Jourdain, seigneur de Kermerzit qui dispose également dans son manoir de son propre oratoire privé et vraisemblablement d’un logement pour le chapelain.

Au sud de la nef, une petite chapelle était dotée d’un hagioscope permettant de suivre la célébration. Une petite niche crédence surmontée d’une accolade témoigne de l’emplacement à proximité d’un autel. Le bénitier polygonal sur pied semble avoir été déplacé. S’agissait-il de la chapelle de la famille Trémel ?

4. Le porche sud

Créé probablement à la fin du 16e siècle, le porche hors-œuvre est plaqué contre la nef et réutilise la porte sud gothique. Il est conçu comme un passage couvert (voûte en pierre sur croisée d’ogive) pour accueillir des bancs latéraux et abriter dans des niches les statues des douze apôtres et de la Vierge à l’enfant (statue en bois polychrome dite la Vierge du portail). Sa porte extérieure est en arc plein cintre à claveaux saillants. Un décor peint est toujours visible sous le porche (traces d’un badigeon rouge).

Son étage planchéié éclairé par une petite fenêtre percée au sud servait de secrétairerie et de chartrier pour les registres paroissiaux) fermés par une porte. C'est vraisemblablement dans cette pièce, à l'abri dans un coffre, que l'on conservait les comptes de la fabrique et les registres des baptêmes, mariages et sépultures de la paroisse (ces documents sont désormais conservés aux archives départementales des Côtes-d'Armor). Dans cette pièce se réunissaient les membres du conseil de fabrique pour les délibérations. Grâce au mécénat, les fabriciens assuraient la gestion quotidienne de la trève. Comme à Plouzélambre, le porche de l’église de Trémel a servi de support à un cadran solaire en schiste : celui-ci est daté de 1635. Le cadran porte en sus des armoiries à trois tours de gueules (référence au seigneur de Coëtromarc’h de Trémel ?). C’est dans cette pièce que plus tard sont installées les deux horloges mécaniques (l’une du 18e siècle, l’autre datée de 1922).

Le sacraire

Dans le cœur, est conservé un magnifique sacraire : il s’agit d’un tabernacle mural pour conserver les hosties consacrées. Doté d’un arc en anse de panier surmonté d’une accolade à choux frisés et fleuron central, il est orné de deux colonnes torses se terminant en pinacle. Son phylactère brisé (portant des caractères gothiques) et ses trois blasons buchés, demeurent malheureusement illisibles. Christian Millet voit dans ce décor des motifs inspirés de la première Renaissance.

Le jubé disparu

La présence d’un jubé à Trémel est attestée par la présence d’un petit escalier à vis aménagé dans un pilier et de sa porte donnant autrefois accès à la tribune placée en encorbellement. C’est pour donner de la lumière au jubé, travail du bois ajouré et de la polychromie, qu’une fenêtre a été aménagée dès l’origine du côté nord de la nef. Cette dernière s’est retrouvée englobé dans l’agrandissement du collatéral nord en 1876. Aujourd’hui, il ne subsiste plus qu’une douzaine de jubés de bois en Bretagne.

Les fonts baptismaux

Au nord, la nef est originellement flanquée d’un bas-côtés à deux travées éclairé par deux fenêtres passantes entre lesquelles se trouve un enfeu : il devait s’agir à l’origine d’une ancienne seigneuriale. C’est dans cette espace, clôturé par une grille, que sont placés les fonts baptismaux constitués d’une cuve sur pied avec couvercle en bois et de fonts datés de 1785 (il porte l’inscription "DEUT SPERET SANTEL" qui signifie "Venez Esprit-Saint"). Le bas-côté a été prolongé en 1876 afin d'englober le bras du transept nord et de créer une nouvelle porte (surmontée d’un oculus).

La charpente

Si la charpente de l’église est datable des années 1500, elle n’était pas pour autant connue du fait de la présente d’un lambris qui en masque les principaux éléments. Étudiée en 2014 à l’aide de caméra endoscopique, elle comprenait cependant 36 fermes (assemblées à tenon et mortaise) rythmées par 6 fermes principales avec entraits sculptés à engoulant.

Les sablières sculptées

Si la charpente de l’église est datable des années 1500, elle n’était pas pour autant connue du fait de la présente d’un lambris qui en masquait les principaux éléments. Étudiée en 2014 à l’aide de caméra endoscopique, elle comprenait 36 fermes (assemblées à tenon et mortaise) rythmées par 6 fermes principales avec entraits sculptés à engoulant. En lien direct avec la maçonnerie, les sablières supportent l’ensemble de la charpente. A Trémel, trois poutres superposées composent la sablière ce qui lui donne une exceptionnelle largeur. Chacune d’entre elle est sculptée en haut relief. Les blochets - également sculptés - participent du calage de la sablière.

Selon Sophie Duhem (Les sablières sculptées en Bretagne, 1998), poinçons et sablières ont été sculptées par trois paires de main durant la première moitié du 16e siècle.

Dans le chœur, le bas-côté sud et les deux chapelles sud, elle voit ainsi l’œuvre de "l’anonyme de Trémel" à la hauteur de ses reliefs exécutés avec une remarquable virtuosité. Rinceaux de vignes portant des grappes, vrilles et feuilles denticulée occupent la partie centrale de la sablière tandis que la partie basse – très étroite, montre une frise de végétaux ponctués de fruits exotiques (des grenades ?).

Dans la chapelle des seigneurs de Kermerzit se retrouvent ruban, têtes humaines et léopards héraldiques portant des armoiries. Les entraits polygonaux de la nef sont sculptés d’engoulant menaçant de grande taille.

Les sablières de la chapelle nord des seigneurs de Trébriant figurent des thèmes plus médiévaux comme une scène représentant un chien tenant dans sa gueule un os, une louve et son petit poursuivi par un cochon sauvage reconnaissable à sa queue en tire-bouchon, du vin (en fait des grappes de raisin) jaillissant d’un tonneau encadré de deux personnages représenté de profil…

Les sablières situées au fond de la nef ont été exécutées plus tard par un troisième artiste (vers 1540-1550) : des thèmes renaissants sont illustrés par des motifs nouveaux : arabesques, masques, oiseaux, putti et dragons.

La polychromie renforçait le travail des charpentiers-sculpteurs.

Le Chemin de croix de Xavier de Langlais

Xavier de Langlais (1906-1975) est à la fois connu comme peintre, graveur, écrivain et enseignant aux Beaux-arts de Rennes. Bretonnant, il avait rejoint dans l’entre-deux-guerres des artistes comme Jeanne Malivel (illustratrice), James Bouillé (architecte) et René-Yves Creston (peintre et graveur), tous membres du mouvement des Seiz Breur (les Sept frères en breton). Xavier de Langlais anime bientôt l'Atelier breton d'art chrétien, association créée en 1929 qui regroupent artistes et artisans à la manière des confréries. Xavier de Langlais œuvre à la création d’un art breton renouvelé et se place entre tradition et modernité.

Chrétien convaincu, Xavier de Langlais a peint neuf chemins de croix dont celui de l’église de Trémel de décembre 1934 à juillet 1935 (c’est le quatrième). Cette œuvre composée de quatorze tableaux peints à l’huile sur une toile encollée sur panneau de bois, commémore la Passion du Christ en évoquant quatorze moments particuliers : Jésus est condamné à être crucifié (I), Jésus est chargé de sa croix (II), Jésus s’écroule sous le poids de la croix pour la première fois (III), Jésus rencontre sa mère (IV), Simon de Cyrène (réquisitionné par les soldats romains) aide Jésus à porter sa croix (V), sainte Véronique essuie le visage de Jésus (VI), Jésus tombe pour la deuxième fois (VII), Jésus rencontre les femmes de Jérusalem qui pleurent (VIII), Jésus tombe pour la troisième fois (IX), Jésus est dépouillé de ses vêtements (X), Jésus est cloué sur la croix (XI), Jésus meurt sur la croix (XII), Jésus est détaché de la croix et son corps est remis à sa mère (XIII), Le corps de Jésus est mis au tombeau (XIV). Ce chemin de croix est à la fois expressionniste et feint d’une extrême douceur, celle du visage de la Vierge.

L’aigle-lutrin en bois doré

Datable du 18e siècle, le lutrin de Trémel se composait d’un pied triangulaire posé sur trois pattes de lions : un nœud en forme de lyre (instrument de musique à cordes pincées) supportant un globe terrestre décoré de feuillages sur lequel était posé un aigle éployé (aux ailes étendues) aux serres acérées. Le lutrin permettrait de poser les livres saints pendant les cérémonies. Classé Monuments historiques en 1911, cet objet a disparu lors de l’incendie.

Mursgranite pierre de taille
Toitardoise
Plansplan en croix latine
États conservationsmauvais état
Statut de la propriétépropriété de la commune
Protectionsclassé MH, 1910/12/12
Précisions sur la protection

Église (cad. AB 42) : classement par arrêté du 12 décembre 1910.

Annexes

  • L'église Notre-Dame-de-la-Merci à Trémel : liste du mobilier selon René Couffon

    A l'intérieur de l'église, le mobilier ancien (notamment la statuaire) mérite une attention particulière en terme de conservation. On signalera en particulier :

    - des poinçons et sablières moulurées et sculptées ;

    - trois autels dont un en granite datable du 15e siècle ;

    - trois enfeus surmontés d'une accolade (famille Jourdain de Kermerzit, décor gothique martelé à la Révolution ; famille de Kergariou) ;

    - un sacraire au décor flamboyant ;

    - une statue de la Vierge (datable du 16e siècle) ;

    - une statue de saint Tugdual ;

    - des fonts baptismaux daté de 1785 et portant l'inscription "DEUT SPERET SANTEL", qui signifie "Venez Esprit-Saint" ;

    - un lutrin datable du 18e siècle ("pied triangulaire posé sur trois pattes de lions ; un nœud en forme de lyre supportant un globe décoré de feuillages sur lequel pose ses serres un aigle éployé") ;

    - une tribune en bois au décor néo-gothique ;

    - des vitraux représentant dans l'abside Notre-Dame-de-la-Merci avec l'enfant Jésus et les armoiries des seigneurs de Trémel.

    - des peintures murales ("lions dressés", initiales "AM" pour Anne de Monfort) ;

    - le Chemin de Croix, œuvre de Xavier de Langlais réalisé en 1935 ;

    - deux cloches du 17e siècle ;

    - à l’extérieur, sur le porche sud : un cadran solaire en schiste daté 1635.

    En raison de son intérêt historique et architectural, l'église de Trémel a été classée Monument historique le 12 décembre 1910.

    L'église de Trémel a été ravagée par un incendie le 21 juin 2016.

  • La vie et la mort : histoire d’archives

    Au Moyen Age et sous l'Ancien Régime, la vie locale s'organise autour de la paroisse. L’église trèviale de Trémel a ainsi permis la célébration de l’entrée dans la vie comme dans la mort. Le recteur était chargé d'enregistrer les actes importants marquant la vie de la communauté des fidèles : les baptêmes, les mariages et les sépultures. Dénommés registres paroissiaux, ces documents sont conservés aux archives départementales des Côtes-d’Armor à Saint-Brieuc. C’est à partir de ceux-ci que les généalogistes peuvent remonter le temps à la recherche de l’histoire des familles. Pour Trémel, les registres de baptême démarrent en 1608 mais comportent de nombreuses lacunes !

Références documentaires

Bibliographie
  • COUFFON, René. Répertoire des Eglises et Chapelles du diocèse de Saint-Brieuc et Tréguier. Saint-Brieuc, Les Presses Bretonnes, 1939-1947, 779 p.

  • DUHEM, Sophie. Les sablières sculptées en Bretagne : images, ouvriers du bois et culture paroissiale au temps de la prospérité bretonne (15e-17e siècles). Rennes, Presses universitaires de Rennes, 1997, 385 p.

  • AMIOT, Christophe. "Côtes d'Armor. Trémel. Église Notre-Dame-de-la-Merci. Diagnostic après incendie". Non publié, mai 2017, 86 p.

  • Région Bretagne. Service de l’Inventaire du patrimoine culturel. Trémel. Notre Dame-de-la-Merci. Châteaulin, édition Locus Solus, Collection Images Patrimoine, 88 p.

Périodiques
  • COUFFON, René. "Répertoire des églises et chapelles du diocèse de Saint-Brieuc et Tréguier : nouvelles additions et corrections". Société d'émulation des Côtes-d'Armor, n° 76, 1947, p. 163-204.

  • MILLET, Christian. Les Beaumanoir - Une dynastie de maîtres d’œuvre au temps de la duchesse Anne. Morlaix, Skol Vreiz, collection bleue, n° 72, 2017, 84 p.

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