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Ecarts, maisons et fermes sur l'île de Ouessant

Dossier IA29010160 réalisé en 2014

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Lors de l'enquête de recensement du patrimoine culturel de l'île de Ouessant, réalisée en mai et juin 2014, 583 maisons et alignements ont été recensés. A ce dossier de synthèse sont liées les notices présentant les écarts étudiés ainsi que le bourg de Lampaul où les fonctions commerciales cohabitaient il y a peu avec les fonctions agricoles.

Evolution du bâti et implantation :

En observant une carte de Ouessant dressée en 1771 (conservée à la bibliothèque nationale de France), on constate que les écarts actuels étaient déjà tous occupés et bâti. Les murets et enclos sont aussi représentés. Une carte plus ancienne (1680) ne montre que le bourg de Lampaul et l'écart de Saint-Pierre bâtis c'est-à-dire ce qui étaient probablement le plus construit. Une carte, dont les objectifs sont militaires, précise -visuellement- la densité du bâti de certains écarts en 1758. La carte de Cassini, réalisée avant 1780, permet de compléter la vision que nous avons de l'île à la fin du 18e siècle.

L'étude des recensements de la population effectués au cours du 19e siècle permet d'obtenir une information sur le nombre de maisons construites au cours du 19e.

450 maisons sont dénombrées en 1836, 483 en 1846, 491 en 1851. Dix ans plus tard, 547 maisons sont comptabilisées pour 2 198 habitants. L'augmentation est constante, la population ouessantine étant en hausse tout au long du 19e pour atteindre un pic en 1911. 597 maisons sont dénombrées en 1876, 599 en 1891 et 680 en 1911. Autre particularité, l'implantation du bâti en alignement : maison unique puis mitoyenne puis constitution d'un alignement composé de plusieurs maisons, avec ou sans appentis. Chaque écart présente un bâti relativement dense permettant ainsi de préserver les terres agricoles. Les maisons, à quelques exceptions, sont toutes orientées est-ouest dans le sens de la longueur.

Les fonctions :

Les maisons et fermes de l'île de Ouessant présentent des constantes dans leurs typologies, leurs fonctions et leurs évolutions. Il n'a pas été fait de différence entre maisons et fermes : la fonction agricole ayant dominé l'économie de l'île jusqu'au milieu du 20e siècle. Seules quelques maisons, de modèle urbain et bourgeois, n'ont jamais été de ferme (Mez ar reun : Ker Saïd ; Goubars). D'autre part si les hommes sont marins, les femmes sont cultivatrices. Aussi les logements ne sont pas exclusivement des fermes ou exclusivement des maisons de pêcheurs.

Les fonctions sont mixtes, il en est de même pour l'habitat dont une partie était parfois dédiée au commerce.

Typologies :

Type élémentaire à pièce unique : petites dimensions (4 mètres sur 4 ou 5) ; un rez-de-chaussée et un grenier ; 1 fenêtre, 1 porte. Ces maisons sont peu nombreuses : Mez ar Reun, Kerlann, Locqueltas et Keridreux (pente de toit très modifiée ; il existe une carte postale qui la représente avant modifications).

La maison de Locqueltas nous est bien connue dans ses évolutions. Photographiée à la fin du 19e, et reproduite dans divers ouvrages, elle appartient à la typologie élémentaire (1 pièce avec feu, hauteur de plafond très faible, 1.80 environ, et grenier dont l'accès se fait par une échelle). Les moellons qui la composent ne sont pas enduit et la couverture était initialement en chaume. Cette maison est datable du 18e siècle. La pente du toit, les souches de cheminée, les chevronnières et les petites dimensions des ouvertures sont signes d'ancienneté. La simplicité de cette typologie n'est cependant pas gage d'ancienneté (Kerhéré-Druguec).

Type élémentaire à deux pièces ; très fréquent à Ouessant (12 mètres environ sur 6 environ)

Une porte axiale, fenêtres en rez-de-chaussée de part et d'autre, façades sud et nord identiques à l'exception, parfois, de 1 ou 2 ouvertures de petites dimensions qui éclaire le grenier. Souvent antérieure à 1842 (date du cadastre ancien), elles n'ont pas été modifiées : Niou, Kergadou, Pennorz, Sourn, Doulou, Kervihan, Keranchas (entre autres). A noter tout de même que si la règle est la symétrie des façades, il arrive que les façades soient asymétriques comme si cette typologie n'était qu'un agrandissement du modèle élémentaire à 1 pièce.

Plusieurs de ces maisons ont été rehaussées au cours du 19e siècle : signe d'une aisance financière et/ou d'un changement de statut social, les propriétaires d'alors ont porté sur les façades les dates de ces travaux de rénovation (Kerandraon).

Les modifications réalisées au cours de la seconde moitié du 19e siècle sont contemporaines du développement de la typologie urbaine dite ternaire que l'on trouve dans toute la Bretagne : 1 rez-de-chaussée, 1 étage carré, 1 étage de combles couvert d'un toit en ardoise. A cet habitat, qui rompt avec les modes de vies traditionnels, est ajouté un appentis, placé en pignon, qui reçoit la cheminée pour la cuisson du ragout de motte (Kernigou, Penn ar ruguel, Kerhéré, Mez ar reun, etc...).

A noter : l'ouverture en pignon ouest très fréquente, quelle que soit la typologie de la maison.

Typologie urbaine et bourgeoise :

En dehors du bourg, peu de maisons appartenant à la typologie urbaine. Une à Mez ar Reun (début 20e), une autre à Goubars, près de la croix Saint-Nicolas (vers 1870). La typologie ternaire est à associer à l'influence urbaine et continentale.

Dans usages et règlements locaux en vigueur dans le département du Finistère, JMPA Limon indique qu'à "Ouessant quand on bâtit une maison en été, il suffit de hisser un pavillon pour voir accourir une foule de femmes de bonne volonté qui viennent gratuitement prêter leur service de 6 à 9 heures du soir [...]. On n'a donc à payer que le maçon et le charpentier qui président aux travaux".

La description de Ouessant et de ses maisons par Odette du Puigaudeau dans son témoignage ethnographique Grandeur des îles vaut toujours : "Orge, patates, oignons, choux, pois jardins de fleurs, meules de foin, moutons, c'est grâce aux femmes. Maisons basses aux toit d'ardoise, solidement cimentées, des maisons grises du même granit et du même gris que les récifs avec des ourlets blancs autour des portes et des fenêtres. Parfois la façade est chaulée, "à la nouvelle mode". Elle décrit ainsi l'intérieur d'une maison : "Blanche dedans comme dehors [...] les volets d'en bas sont percés de coeurs et de losanges ; ceux d'en haut sont vitrés pour former doubles fenêtres pendant les tempêtes. Dans la cuisine, les boiseries, l'armoire, le buffet et le lit-clos sont peints en bleu de ciel et brun-rouge [...] Au milieu du vaisselier, entre les bols et les assiettes, une niche abrite une Vierge en terre cuite dorée, son Jésus au bras, enguirlandée de petites plumes blanches et de fleurs en papier."

L'extérieur des maisons :

Les façades :

Traditionnellement non enduites, avec l'encadrement des ouvertures peints ou chaulés, l'apparence des façades est tributaire des modes : enduit ciment, faux appareil pour les encadrements des ouvertures et les chaînage d'angle. Dans les années 1980, l'application d'enduit très épais, en laissant apparentes les pierres des ouvertures et des chaînages d'angle a modifié la physionomie des maisons ouessantines. Présence de bancs maçonnés accolés en façade sud.

Selon Odette du Puigaudeau, les maisons étaient repeintes tout les 3 ans car chaque année le pardon parcourait 1/3 de l'île.

Les couvertures :

Limon : "On ne connait pas l'usage du chaume [pour les couvertures] à cause de sa cherté et surtout des vents furieux qui règne dans l'île." Étonnante remarque alors que toits de chaume (argile et paille) sont visibles sur les photographies du 19e siècle. La dernière couverture en chaume a été démontée au tout début des années 1970. Si l'ardoise est devenue prédominante (avec un joint ciment), les couvertures en fibro-ciment sont extrêmement nombreuses sur l'île et ce probablement en raison du faible coût du matériau et de la main d’œuvre nécessaire.

Tout comme sur le continent, les constructions neuves du 19e n'utilisaient pas le chaume mais l'ardoise et ce, principalement, en raison de décisions préfectorales allant dans ce sens.

Rénovations, restaurations et modifications :

Le bâti de Ouessant a connu plusieurs périodes de rénovations qui sont lisibles sur les façades. Les plus fréquentes sont : agrandissements des fenêtres, fermeture de la porte en façade nord, charpente et pente de toit modifiées. Lorsque les maisons sont rehaussées elles s'apparentent aux maisons des villes et des campagnes de la seconde moitié du 19e : typologie ternaire que l'on retrouve partout en Bretagne. La volumétrie et l'implantation au sol sont inchangées permettant à l'architecture de l'île de garder sa spécificité ouessantine. Ces modifications, signes d'une adaptation du propriétaire à une nouveau mode de vie sont signalées par l'inscription d'une date, située le plus souvent sur un des linteaux (1864 à Kerandraon).

Les années 1950-1960 ont bouleversé les habitudes traditionnelles des Ouessantins : aisance économique du fait de la Marine marchande, forte immigration vers le continent, abandon des terres agricoles et des usages ruraux. Les conséquences ont été de deux natures sur l'architecture de l'île : abandon des maisons (ruines à Kernic, Cadoran) ; importantes rénovations, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur, ce qui confère a des maisons anciennement implantées -parfois présentes sur le cadastre de 1842- une apparence de maison typique des années 1950-1960 que l'on retrouve sur le continent, et en grand nombre à Brest.

Les maisons des années 1980-1990 sont très rares. Cela a permis à l'architecture ouessantine de maintenir une certaine homogénéité. D'autres maisons ont été restaurées dans un souci de préservation et de conservation d'une certaine "authenticité" en dépit de mode dans les pratiques de restauration (épaisseur des enduits, pierres apparentes pour les ouvertures et les chaînage d'angle, création de lucarnes par exemple à Porsguen).

L'intérieur des maisons ouessantines :

Les voyageurs du 18e siècle découvre une grande pauvreté des intérieurs ouessantins et un minimum de meubles. L'aspect qui est jugé "traditionnel" aujourd'hui ne l'est probablement que depuis le milieu du 19e siècle.

Lors de l'enquête d'inventaire peu d'intérieurs traditionnels ont été vus (Pen ar lan, Kermeïn...). A cela plusieurs raisons : beaucoup de résidences secondaires fermées mais surtout la non conservation de ces intérieurs incompatibles avec le souhait de luminosité. Les témoignages oraux des habitants font souvent référence à des modifications qui ont eu lieu dès les années 1950 et qui perdurent jusqu'à maintenant. la revente est une des causes de travaux et de modifications, voire destructions des intérieurs. L'écomusée du Niou est le meilleur témoin d'un intérieur traditionnel ouessantin.

Dans le présente dossier, les photos prises en 1971 (enquête de pré-inventaire) ont été intégrées. Cela nous permet d'avoir des témoins des intérieurs à Feunteun velen, Kernevez (le dossier de 1971 indique : "ensemble complet, vaisselle de chine, globes avec Vierge ; vers 1830). Le mobilier issu des propriétés de Mme Tiron (Pen ar Lan/Kerlaouen/Paradenn : le document n'est pas très précis) a été remonté à l'écomusée du Niou.

La constante étant la suivante : un couloir central, créé par des cloisons et des meubles, traverse la maison du sud au nord. D'un côté le penn brav (beau côté) où l'on recevait. Sa fonction sociale en faisait le lieu le plus décoré de la maison (boules colorées, images religieuses), de l'autre le penn louz (côté sale) la fonction culinaire primant. La symétrie est de mise : chaque "bout" de la maison possède une cheminée encastrée ; cachée par un placard qui n'est ouvert que lors de la cuisson des aliments. De part et d'autre des cheminées se trouvent des vaisseliers, des bancs et des tables (table-coffre ou table pétrin côté cuisine). Les bancs-coffres (toser) permettent un accès aux lits-clos qui sont adossés à des armoires ou des meubles à grains (grignol) qui délimitent le couloir.

Au cours du 20e les maisons s'enrichissent d'objets divers provenant des escales des marins de commerce : vierge provenant de Marseille, objets constitués d'ailes de papillons ou d'écailles de tortue et surtout des maquettes de bateaux réalisées par les marins eux-mêmes.

La cheminée : sa maçonnerie est très modeste. Les nombreuses ruines situées sur l'île de Ouessant permettent d'en attester. Cachée par un placard à deux battants en bois coloré, elle permettait différents types de cuisson décrit par Françoise Péron dans son ouvrage Ouessant, l'île Sentinelle : "Feu éphémère, de la fougère ou des troncs de choux pour faire le café, le thé ou faire bouillir le lait, avec tirage et appel d'air par le niveau inférieur ; feu lent cuisson à l'étouffée avec des mottes, sur la partie plate de l'âtre lorsqu'on confectionne le buaden. Sur le côté la réserve de combustible empilée, la marmite et le trépied."

En plus des mottes d'herbes, des fougères et des troncs de choux, on brulait aussi du goémon et des glouad (galettes de bouses de vaches séchées).

Le grenier : l'accès au grenier se fait par l'escalier qui possède une porte afin d'éviter les courants d'air. Une trappe ou écoutille, skotaill, située au nord du couloir central facilite la montée des récoltes et des objets volumineux (beaucoup ont été obstruée lors des rénovations).

Comme partout sur le continent, le grenier est un lieu de stockage qui complète ceux existant dans les coffres ou les armoires. On y conservait les mottes, les toisons à filer, pommes de terre, avoine et légumes secs. L'inventaire d'une maison au Kernic en 1895 fait mention de 650 kgr d'orge, de 100 kgr d'avoine et 100kgr de pois conservés dans le penn louz tandis qu'au grenier y était conservé 750 kgr de pommes de terre.

Ce qui demeure : escalier avec sa porte en rez-de-chaussée ; skotaill ; un usage qui perdure "bout sale" ; placard ; armoire ; les couleurs.

Les couleurs utilisées et vues lors de l'enquête sont : rouge et bleu foncé voire noir ; bleu ciel et blanc ; bleu roy et bleu clair ; monochrome beige. Lorsqu'il ne subsiste que les cloisons elles sont elles aussi peintes (Kernigou, Pen ar Lan, Merdy, Kergadou). Ce phénomène qui existe aussi sur le continent.

Des maquettes, réalisées par les marins des bateaux sur lesquels ils ont embarqué, ornent toujours quelques intérieurs (Kergadou) et divers objets rappellent les voyages des marins (plateau avec ailes de papillon, coquillages de pays lointains).

Les dépendances : Face à la maison d'habitation se situe l'aire à battre, souvent de grande dimension entourée de murets. Au sud de la parcelle se situe une crèche (Porsguen). Elle peut cependant être au nord de la maison (Le Stiff). La dépendance est parfois composée d'une partie haute (Porsguen, Nerodin).

Un four à pain est parfois intégré au pignon est ou ouest de la maison (Kernonen, Niou, Kernic, Kerhéré, Porsguen) : il semblerait que certains fours ne soient que des rajouts réalisés au cours du 19e siècle. Ce phénomène est à mettre en lien avec l'augmentation de la population et le développement de l'ajonc qui servait de combustible.

Les maisons de la seconde moitié du 19e possèdent un appentis recevant la cheminée dédiée à la cuisson du ragout de motte.

Quelques hangars à charrettes (kerlan ; 13 mètres de long) ont été répertoriés. Ils se distinguent par la mise en oeuvre de grandes planches de bois sur des murs en pierres.

Beaucoup de puits ont été répertoriés lors de l'enquête : constitués de moellons, ils sont circulaires, avec ou sans dôme, on les trouve sur la totalité de l'île. Les lavoirs, maçonnés ou cimentés (Penn ar Lan, Polboger, le Stiff, Feunteun velen, Kerouat) sont très nombreux et autres trous d'eau signalés sur le cadastre ancien de 1842 : en raison des importantes friches il n'a pas été fait de recensement exhaustif des lavoirs et des puits.

Les sites d'extraction :

Les anciens sites d'extraction se situaient le plus souvent sur le littoral : leurs morphologies anthropiques permettent de les identifier. Les carrières situées à l'intérieur de l'île sont plus difficiles à percevoir du fait de l'envahissement par la végétation. Les sols et sous-sol de Ouessant sont assez riches pour avoir assuré une certaine indépendance de l'île dans les matériaux de construction de l'habitat vernaculaire jusqu'au 19e siècle.

Selon Louis Chauris, les leucogranites, essentiellement celui de Lokeltas, sont présents dans de nombreuses constructions du bourg et du nord de l'île (pierres d'angle, encadrements des ouvertures). Dans la partie sud de Ouessant, c'est le granite de Pors Guen qui est utilisé en pierre de taille dans l'habitat. On le trouve aussi dans les maçonnerie de puits et murets. L'implantation du bâti constitué soit de granite de Porsguen soit des leucogranites de Lokeltas correspond aux zones d'affleurement de ces matériaux géologiques. Des pierres, utilisées dans l'habitat ouessantin, proviennent aussi du continent (Aber-Ildut).

Aires d'études Parc Naturel Régional d'Armorique
Dénominations maison, ferme, dépendance, four
Adresse Commune : Ouessant
Période(s) Principale : 18e siècle, 19e siècle, 20e siècle

Références documentaires

Bibliographie
  • Françoise , PERON. Ouessant, L'île sentinelle, vie et traditions d'une île bretonne. Le Chasse-Marée, Armen, 1997.

    Région Bretagne (Service de l'Inventaire du patrimoine culturel)
  • Odette, du PUIGAUDEAU. Grandeur des îles. Ed. Juillard, 1989.

  • JMPA LIMON. Usages et règlements locaux en vigueur dans le département du Finistère. Ed. Impr. de Lion, Quimper, 1852.

    Bibliothèque nationale de France
Périodiques
  • Françoise, PERON. La maison ouessantine in Ar Men n°83, février 1997.

    Région Bretagne (Service de l'Inventaire du patrimoine culturel)
  • CHAURIS, Louis. Problèmes d'insularité : origine des pierres de construction à Ouessant In Norois. N°153, 1992.

Liens web