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Écart, dit hameau de Viel (Vildé-Guingalan)

Dossier IA22133328 réalisé en 2017

Fiche

Le lieu-dit de Viel est, selon toute vraisemblance, le plus vieux hameau de Vildé-Guingalan. Il est représentatif de l’habitat dispersé présent dans les zones rurales de la région. Les maisons y sont regroupées sous la forme d’un alignement (de sept corps de bâtiments), comme il est fréquent d’en trouver en Vallée de la Rance à cette époque. Viel est intégralement construit en granite selon la tradition locale, en maçonnerie de moellons agrémentée de pierres de taille pour les ouvertures et les chaînages d'angle. Cette ferme est constituée de bâtiments liés à l’exploitation agricole mais aussi d’espaces communs qui sont autant de lieux de sociabilité. En vallée de la Rance, ce type d'alignement organisé progressivement autour d'un logis central ancien était généralement occupé par une seule unité familiale, ou par un groupe de personnes appartenant au même corps de métier.

Viel est un des rares exemples bien conservés de ferme isolée comme l’on pouvait en trouver sur la commune. Dans le second quart du XXe siècle, il existait encore plusieurs fermes dispersées sur le territoire communal de Vildé-Guingalan, cultivant des exploitations d’un hectare à quinze hectares environ. Dans les grandes fermes, on trouvait généralement trois ou quatre chevaux de labours (dont des juments reproductrices) et une douzaine de vaches, ce qui devait être le cas à Viel. Les fermes moyennes possédaient des exploitations s’étendant de sept à douze hectares, avec deux chevaux et six à huit vaches, alors que les propriétaires des plus petites fermes tributaires des plus grandes, ne cultivaient que quatre à six hectares, avec un seul cheval. Toutes les fermes comportaient également un élevage de cochons, parfois de chèvres ou de brebis, et souvent de lapins et de volailles.

Dénominations écart, ferme
Aire d'étude et canton Projet de Parc Vallée de la Rance-Côte d'Emeraude - Plélan-le-Petit
Adresse Commune : Vildé-Guingalan
Lieu-dit : Viel

À Viel, les constructions se sont ajoutées au fil du temps de part et d'autre des corps de bâtiment centraux. En 1984, des fouilles ont permis de faire remonter la présence humaine en ce lieu à l’époque gallo-romaine, par la découverte de tegulae (tuiles romaines) qui supposent la présence de villas. De plus, le nom de ce hameau, "Viel", serait une déformation du mot "bièle" qui signifie "hameau", mais il pourrait également être issu du mot "vieux".

Il y a encore cent ans, l’intégralité de cette ferme appartenait au même propriétaire. Les recensements effectués entre 1836 et 1911 (listes nominatives) permettent de dire que l'alignement a toujours appartenu à une même unité familiale. Viel accueillait ainsi plusieurs ménages issus de la même famille, formés au cours des mariages successifs. Selon les époques, le hameau accueillait entre 4 et 6 couples, auxquels se rajoutaient les enfants et des domestiques. La plupart des chefs de ménages étaient cultivateurs ou laboureurs. Les autres occupants étaient des journaliers et des ménagères. En 1876, deux bergères et un maçon étaient présents à Viel. Une aubergiste a également été rencensée sur place en 1841.

Les parties les plus anciennes du hameau datent de la fin du XVIe siècle. La majeure partie de l’alignement de Viel a été remaniée entre cette période et la fin du XIXe siècle, surtout en ce qui concerne les façades principales des habitations. Les remaniements de la fin du XIXe siècle sont peut-être la conséquence de la présence d'un maçon à Viel, qui est indiquée sur les listes nominatives en 1851 et 1876. Les bâtiments les plus anciens sont ceux dont les ouvertures ne sont pas alignées sous forme de travées. En effet, à partir du XVIIIe siècle, les façades deviennent plus symétriques et régulières. À Viel, il existe également un exemple façade dont la composition est axée au tiers de la façade. Ce motif architectural est caractéristique de l’évolution du bâti dans la Vallée de la Rance à partir du milieu du XIXe siècle.

Période(s) Principale : 2e moitié 16e siècle , (?)
Secondaire : 4e quart 19e siècle

Les habitations les plus anciennes de l’alignement sont situées en son centre. Elles correspondent à une variante locale de la typologie du logis indépendant, qui regroupe des espaces dédiés aux hommes et des dépendances adjascentes et/ou isolées, destiées aux animaux et au stockage des récoltes. À Viel, il est encore possible d’admirer deux cheminées monumentales aux linteaux et manteaux de pierre. Elles sont respectivement situées dans chacun des deux logis formant actuellement le centre de l’alignement. Le logis situé le plus à l’est comporte également un escalier à vis réalisé en pierre de taille, situé à proximité de la cheminée monumentale et d’un vaisselier mural. Cette disposition intérieure était courante à l’époque en Haute-Bretagne. Elle a été perpétuée jusqu’au XIXe siècle.

Si ces habitations anciennes correspondent aujourd'hui à deux logis distincts, la lecture du bâti permet d'affirmer qu'à sa construction à la fin du XVIe siècle, le centre de l'alignement était formé d'un logis à trois pièces doté d'ouvertures en plein-cintre. Au rez-de-chaussée, il était composé de deux salles destinées probablement aux enfants et aux anciens, et d'une pièce froide. Ces espaces étaient surmontés de deux greniers indépendants. Viel s'apparente ainsi à un bel exemple de logis à trois pièces du XVIe siècle en Vallée de la Rance, destiné à l'habitation d'une unité familiale.

Dans ce type de logis, on trouvait généralement une grande pièce qui servait à tous les usages de la vie quotidienne. Le sol de l’habitation, appelé « la place », était en terre battue, comme c’est encore le cas dans la maison la plus ancienne de cet alignement. Les murs étaient enduits d’un badigeon de chaux. L’étage était appelé « solier », et il était généralement accessible par un escalier ou une échelle de meunier et n'était pas destiné à l'habitation. Les parties les plus récentes de cet alignement comportent plusieurs lucarnes capucines au linteau sculpté en arc segmentaire, qui est un motif récurrent en Vallée de la Rance.

De part et d’autre des logis se trouvent des dépendances agricoles, tout comme sur les parcelles des habitations. On dénombre aujourd’hui deux fours à pain, trois granges, un poulailler, trois ensembles de soues à cochons et des espaces de stockage. Les différentes dépendances (granges, étables, celliers, soues) pouvaient comporter un grenier servant à stocker le fourrage, appelé « senäh », et accessible depuis une gerbière extérieure.

La quasi-totalité des murs pignons des édifices de Viel possèdent des rampants découverts (appelés chevronnières) agrémentés de crossettes. Les chevronnières sont fréquentes sur les bâtiments des XVIIe et XVIIIe siècles. Leur présence peut témoigner de l’utilisation de chaume en couverture, mais elles servent principalement à protéger la toiture des assauts du vent et de la pluie.

Murs granite pierre de taille
granite moellon
Toit ardoise
Typologies Fermes - maisons
États conservations bon état

Annexes

Références documentaires

Documents d'archives
  • Recensements de la population, Listes nominatives de la commune de Vildé-Guingalan, 1836-1911, Archives départementales des Côtes d'Armor (en ligne).

    Archives départementales des Côtes-d'Armor
Documents figurés
  • Archives départementales des Côtes-d'Armor : 3P388 001
Bibliographie
  • BRIAND Eugène, “Souvenirs d’enfance à Vildé-Guingalan”, in Le Pays de Dinan, t. XI, Dinan, Entente culturelle du Pays de Dinan, 1991, p. 103-154

  • CAVAN Christine, Vildé-Guingalan au Fil du Temps, 2016, 56 p. [PDF en ligne]

  • Architecture rurale en Bretagne. 50 ans d'inventaire du patrimoine. Inventaire du patrimoine, Bretagne. Editions Lieux-dits. 2014