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Château de la Bellière (La Vicomté-sur-Rance)

Dossier IA22132878 réalisé en 1992

Fiche

Le château de la Bellière, autrefois sur Pleudihen, est un édifice majeur pour l 'histoire de l'architecture des manoirs en Bretagne. Sa construction longtemps attribuée au temps de Thiphaine Raguenel (vers 1335-1373), épouse de Bertrand Duguesclin est aujourd'hui datée de la fin du 14e siècle, aux alentours de 1400, selon les études menées par Marc Décenneux . Il serait alors le logis de Jean Ier Raguenel (1364-1415), vicomte de la Bellière, membre du Conseil de Jean V, duc de Bretagne. Cet ensemble exceptionnel était doté de coursières en encorbellement comme au château de la Roche Jagu en Ploezal. Viollet-le-Duc dessina dans son dictionnaire de l'architecture française quelques-unes de ses douze souches de cheminées octogonales qui témoignent au-delà du confort de l'édifice d'un réel raffinement dans leur mise en œuvre.

Protégé au titre des monuments historiques, cet édifice dispose d'une notice sur le portail Mérimée du Ministère de la culture, notice accessible par le lien en bas de page.

Parties constituantes non étudiées chapelle seigneuriale
Dénominations château
Aire d'étude et canton Projet de Parc naturel régional Rance-Côte d'Emeraude
Adresse Commune : Vicomté-sur-Rance (La)
Lieu-dit : (la) Bellière

Des familles illustres

La seigneurie de la Bellière est mentionnée depuis le 12e siècle, elle était le bien d'une famille de la Bellière dont le blason était d'or au chef endenté de sable. Hamon de la Bellière en 1206 est primicier de la collégiale de la Guerche en Ille-et-Vilaine. La vicomté de la Bellière passa ensuite à diverses familles, notamment aux Dinan, Raguenel, Girault de Charmois et Colin de Boishamon. (voir notice de l'abbé Eugène Brebél).

Au confluent de trois ruisseaux

La topographie du site, un coude escarpé, au confluent de trois ruisseaux qui alimentent un affluent de la Rance, correspond probablement à l'emplacement du premier château de la vicomté de la Bellière mentionné dès le début 13e siècle et détenu par une branche cadette de la maison de Dinan.

L'un des plus anciens châteaux de Haute Bretagne

La construction de l'actuel château, en contrebas de ce site, longtemps située au 14e siècle, peut toutefois grâce à la thèse de Marc Déceneux sur les Manoirs gothiques bretons, être resserrée dans la première décennie du 15e siècle : « La qualité de l’œuvre et la médiocrité de ces capacités de défense interdisent d'imaginer que la construction ait pu se faire pendant la guerre de succession. En revanche, la porte d'entrée de la tour est d'un dessin très proche de celui des portes de Kerdéozer (1418) en Pleudaniel et de la Mandardière (1414) en Pacé. C'est donc dans les premières années du 15e siècle qu'il faut, placer la construction de la Bellière, où à l'extrême fin du 14e siècle.». Le château peut dès lors être attribué à Jean Ier Raguenel (1364-1415), vicomte de la Bellière qui est en 1403, un homme puissant, membre du Conseil de Jean V, duc de Bretagne.

Quelques agrandissements

A ce premier logis a été ajouté au 17e siècle un pavillon de plan carré au ras de la tour d'escalier (contre l'extrémité est du corps de logis). De même un grand corps de logis à étage en appentis a été plaqué contre la façade postérieure à la fin du 17e siècle ou au 18e siècle. C'est probablement à cette même époque que l'environnement, jardins et parterres ont été recomposés. C'est également au 18e siècle qu'un nouvel accès est créé au sud avec une très longue avenue qui a été coupée depuis par la ligne du Chemin de fer.

Des modifications tardives

Les cartes postales du site, ainsi qu'une gravure publiée aux éditions Mancel de Dinan, rendent compte d'aménagements tardifs sur le corps de bâtiment arrière donnant sur les douves. Celui-ci, lors d'une rénovation dans le courant du 20e siècle, a été rabaissé permettant de redécouvrir la clarté des grandes chambres du deuxième étage.

Période(s) Principale : limite 14e siècle 15e siècle
Secondaire : 17e siècle
Secondaire : 18e siècle

l'environnement du manoir et l'organisation du domaine (voir annexe). Le logis, en 1844, est ceinturé en partie par un étang au nord et à l'est, l'étang d'en haut, il fait face à la métairie, orientée également au sud et qui ferme l'espace quadrangulaire aménagé en parterres. Un colombier circulaire est situé au-devant de la ferme dans une parcelle nommée les caves(?). Un grand jardin rectangulaire accosté de deux pavillons est aménagé vers l'ouest. La métairie possède également son jardin, à côté de la cour.

La chapelle dédiée à saint André, isolée du logis, simple rectangle à chevet plat est orienté vers l'est au-devant d'une parcelle nommée la vieille aire (…).

Une oeuvre gothique pratiquement intacte. A l'origine : un plan rectangulaire régulier avec tour d'escalier placée aux trois quarts de la façade. La tour d'escalier présente une forme mixte peu courante, polygonale dans les parties basses puis cylindrique à partir de la hauteur du toit. Le plan était à trois pièces au sol sur trois niveaux. L'étage de comble selon la description de Marc Décenneux était également habitable et pourvu de cheminées.

L'édifice présente plusieurs particularités :

- quatre niveaux habitables avec l'étage de comble

- une distribution étonnante avec accès direct sur la cour,

- Une coursière en encorbellement en bois disparue, au premier étage, comme en témoignent les portes hautes murées, ainsi qu'une guérite en bois, collée dans l'angle sud-ouest de la tour, au 2ème étage.

- Il est également probable que sur la façade arrière un corps de garde robe existait avec des latrines. De même les chambres de l'est donnaient sur un corps disparu de latrines (voir portes hautes encore en place).

-Les hautes souches de cheminées octogonales hérissées de crochets ont été dessinées par Viollet-le-Duc pour son dictionnaire de l'architecture, elles sont décorées d' anneaux dans lesquels sont percées des arcatures ou des hermines de Bretagne.

Murs granite moellon
granite pierre de taille
Toit ardoise
Étages 2 étages carrés, étage de comble
Couvertures toit à longs pans
toit brisé en pavillon
toit conique
appentis
Escaliers escalier hors-oeuvre : escalier en vis, en maçonnerie
Statut de la propriété propriété d'une personne privée
Protections inscrit MH, 1927/03/09

Annexes

  • Cadastre de 1844. Etat de section H dite du Villou

    Collin de Bois Hamon Jean Marie, la veuve à la Bellière

    -H 494, la prée de beaumanoir. -H 495, la lande Lusova. -H 496, l'avenue des ormes. -H 497, les petites landes du haut des Jannais. -H 498, l'avenue du grand bois. -H 499, les petites landes du haut des Jannais. -H 500, le petit bois du haut des Jannais. -H 502, les Jannais. -H 503, le parc des Jannais. -H 504-507, les semis. -H 508, le petit bois du haut des semis. -H 509, le petit domaine. -H 510-511, le petit bois des près de la ferme. -H 512, le pendant de l'oisellerie. -H 513, le colombier. -H 514, les caves.-H 515, la Bellière, maison, bâtiment et cour. -H 516, le parterre de derrière. -H 517, la Bellière, maison. -H 518, le parterre de derrière. -H 519, le parterre de la chapelle. -H 520, la vieille aire. -H 521, les parterres. -H 522, le jardin. -H 523 et 526 les pavillons. -H 524, le jardin de la ferme. H 525, le fruitier. H 528, l'étang d 'en bas. - H 528, la chapelle de la Bellière, -H529, la chaussée du réservoir, H530, le réservoir (vivier). -H 531, l'étang d'en haut. -H 532, la cleuyere (retenue d'eau).- H 534, le coin de la lande la cleuyere, -H536, la lande de le Cleuyere. H 527, le grand pré de la cleuyere,- H 5386539, le reservoir d'en haut. - H 540, la chaussée de l'étang d'en haut. H 541-542, la grande pièce de la cleuyere, H 543, l'avenue de la cleuyere. H 544 le bergeon; - H H545 la futaie de la cleuyere. - H 546 les petites bruyères. - H 547- 550 la levée. - H 551, la chaussée d'en bas. (...).

  • La Bellière par Dubuisson Aubenay

    Dubuisson Aubenay , en 1636 décrivait ainsi la Bellière : « Environ demi-lieue après le Pont-de-Siu, trouvez la maison de la Bellière, à laquelle est annexée la vicomté de Dinan depuis le XIIIème siècle... Au-dessous est un étang (même deux) couvert de roseaux, où les étourneaux sont en foule au mois de septembre et au commencement d'automne. Tout contre la bonde (c'est la levée) (par où s'écoule le Guilliers), donne le bout d'une manche de Rance,dite manche de la Bellière (l'anse du Prat) ».

  • La Bellière, extrait du dictionnaire raisonné de l'Architecture Française

    Extrait du dictionnaire raisonné de l'Architecture Française du XIe au XVIe siècle, de Viollet-le-Duc, volume 3

    "Le château de Du Guesclin, à la Bélière près Dinan, a conservé plusieurs charmants tuyaux de cheminée, octogones, en granit, brique et ardoise, dont nous donnons deux exemples qui datent de la fin du XIVe siècle. Les cornes (B) décorant les couronnements sont en ardoise épaisse et fichées en rainure dans les assises supérieures de granit formant chapiteaux. Les fonds des petites arcatures C sont plaqués d'ardoises qui, à cause de leur teinte sombre, détachent vivement cette fine ornementation et permettent de la distinguer à la hauteur où elle est placée."

  • Manoirs gothiques bretons de Marc Déceneux - Thèse 1982

    Cette imposante maison a été agrandi à des époques tardives, par l'adjonction d'un gros pavillon placé en équerre sur la façade, et d'une aile basse couvrant les trois-quarts de la longueur vers l'arrière. Pourtant, l’œuvre gothique nous est parvenue pratiquement intacte, à l'exception de transformations de détails, en particulier la suppression de cheminées à l'intérieur. Le monument est réputé à juste titre, principalement à cause de ses souches de cheminées octogonales, douze au total, qui s'élèvent au-dessus des toits en bâtière : isolées ou groupées en faisceaux, leurs crochets d'ardoises disposés en rayons ; l'une des souches a en outre trois rangs de bagues ornées d'hermines exécutées en creux. Ces souches semblent parfaitement authentiques; du reste, elles ont été dessinées par Viollet-le-duc qui les a publiées dans son "Dictionnaire". (...).

    Il n'existe aucun texte qui puisse permettre de dater le château de la Bellière. On l'attribue généralement au XIVe siècle, sans doute parce que l'une des chambres étant connue comme celle de Thiphaine Raguenel (vers 1335-1373) , on a considéré le père de celle-ci comme le constructeur probable du manoir. Ainsi Mathurin Monnier, l'historien de Dinan affirme t-il dans le style fleuri qui lui est habituel : Du Guesclin, venant visiter sa fiancée, a vu la Bellière à peu près dans son état actuel, du moins le corps de logis, qui avec ses murs épais de deux mètres, a été bâti pour l'éternité. En fait, la qualité de l’œuvre et la médiocrité de ses capacités de défense interdisent d'imaginer que la construction ait pu se faire pendant la guerre de succession. En revanche, la porte d'entrée de la tour est d'un dessin très proche de celui des portes de Kerdéozer (1418) et de la Mandardière à Pacé (1414). C'est donc dans les premières années du XVe siècle qu'il faut placer la construction de la Bellière, ou à la rigueur à l'extrême fin du XIVe siècle. (...)

    En fait, l'essentiel du logis est aux étages : l'accès en est indépendant du rez-de-chaussée et se fait directement de la cour grâce à une porte d'entrée, dans la tour, dont l'arc brisé souligné de cavets encadre le linteau en arc surbaissé. Les trois pièces du premier étage étaient équipées de cheminées, percées dans l'épaisseur du mur gouttereau de l'arrière et de vastes fenêtres à coussièges. La pièce centrale sur laquelle s'articule l'une des chambres latérales est desservie comme la seconde chambre par l'escalier de la tour ; cette distribution intérieure était doublée par un système de circulation parallèle dont les traces se lisent fort bien dans l'appareillage extérieur : une galerie de bois était accrochée en encorbellement sur la façade ; on y accédait par l'escalier et de là on pouvait gagner grâce à des portes en arc surbaissé la pièce centrale et la chambre qu'elle commande. La galerie était appuyée à son extrémité sur un gros pilier monolithe octogonal et sans décor qui était établi sur un mur bas perpendiculaire à la façade : ce pilier aujourd'hui conservé en deux morceaux dans la cour était encore en place, d'après des témoins, il y a quelques dizaines d'années.

    Les trois pièces du second étage sont également des pièces d'habitation avec des cheminées aménagées dans les pignons et les refends et des fenêtres à coussièges ; l'escalier de la tour dessert la pièce centrale et l'une des chambres. Cette dernière qu'une tradition romantique présente comme la chambre de Thiphaine de Raguenel, était flanquée en façade d'une galerie en encorbellement dont la porte qui donne aujourd'hui accès à l'intérieur du pavillon se voit encore ; cette galerie était accessible également de l'escalier. La pièce centrale et la chambre qu'elle commande étaient flanquées aussi une galerie de façade que trahit aussi une porte murée dans la tour d'escalier. Mais ici, la galerie ne communiquait pas avec l'appartement car l'appareillage extérieur ne présente aucune trace de porte murée et les seules ouvertures sont deux fenêtres indiscutables à meneau vertical et linteau décoré de deux trèfles accolés surmontés d'un quatre feuille le tout exécuté en champlevé. Il s'agissait donc seulement d'un balcon où d'un organe de défense où encore d'un système d'escalier permettant de relier la galerie du premier étage à la hauteur du troisième niveau. (...).

    L'escalier de la tour conduit enfin au troisième étage qui est sous comble et pratiquement sans surcroît. Il donne dans la pièce centrale sur laquelle sont articulées les chambres latérales. Chacune des trois pièces possède une cheminée dont le foyer, simple évidement dans le mur correspond à l'un des conduits octogonaux, ce qui prouve que cette disposition du niveau supérieur est bien d'origine. Seule la chambre du côté du pavillon a gardé sa charpente primitive formée d'une série de chevrons portant fermes sans entrait (...).

  • La Bellière, extrait du manoir en Bretagne

    Les coursières en encorbellement

    A la Vicomté sur Rance, le logis à trois niveaux du manoir de la Bellière, édifié à la fin du XIVe siècle pour une branche de la famille de Dinan, comportait à l'origine des coursières en bois (...), côté cour, aux deuxième et troisième niveaux- comme l'indiquent clairement des portes hautes murées- Elles n'avaient apparemment pas de caractère défensif. La vis hors œuvre, plaquée au deux tiers de la façade, présente elle même deux portes hautes murées superposées. Celle qui correspond au deuxième niveau, associée à la coursière disparue, s'explique très bien. Au-dessus en revanche, une deuxième porte correspond au dernier niveau du logis, pose problème : elle ne trouve aucun écho dans la façade dont les baies, à lancettes jumelées surmontées de trilobes, sont d'origine. (J.J.Rioult)

Références documentaires

Documents figurés
  • 2079 Environs de Dinan (C.-du-N.)- Château de la Bellière d'après une gravure de l'époque. Carte postale, Mancel, édition, Dinan.

  • Environs de Dinan- Château de la Bellière, carte postale : J.Rouxel, éditeur, Dinan.

  • PLEUDIHEN(C.-du-N). Château de la Bellière. Ancienne résidence de Typhaine Raguenel femme de Duguesclin (Façade intérieure) Qu'en exemple l'on te donne. A chaque épouse bretonne. O Typhaine au nom câlin. Qui fut la "douce" à Duguesclin. Botrel. Carte postale, J. Sorel, éditeur, Rennes.

  • Côte d'Emeraude. 761. Le château de la Bellière. G.F, carte postale, collection Germain, fils ainé.

Bibliographie
  • BREBEL Eugène, abbé. Pleudihen-sur-Rance. Monographies des villes et villages de France. Le Livre d'histoire, Paris, 2003 (réédition d'un ouvrage paru en 1916).

  • Le manoir en Bretagne, 1380-1600. Inventaire général des monuments et richesses artistiques de la France. Paris : Imprimerie Nationale, 1993. (Cahiers de l'Inventaire ; 28).

  • Guilloux Louis (Préface). Merveilles des châteaux de Bretagne et de Vendée. Collection Réalités Hachette, 1970.

    Bibliothèque municipale de Dinan
  • DELON Patrick. Tiphaine Raguenel (vers 1325-vers 1373) épouse de Bertrand Duguesclin. Le Pays de Dinan, tome XXX, 2010.

    Bibliothèque municipale de Dinan
  • DECENNEUX Marc. Manoirs gothiques bretons de 1364 à 1420. Essai sur quelques structures particulières d'habitat. Thèse imprimée de doctorat de 3e cycle, 1982.

  • La Bretagne, d'après l'itinéraire de Monsieur Dubuisson-Aubenay. Suivi de Profil de la Bretagne, par Jean-Baptiste Babin (1663). Coordonné par Alain Croix. Presses universitaires de Rennes ; Société d'Histoire et d'Archéologie de Bretagne, Rennes, 2006.

Liens web

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