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Château de Kerroué (Loguivy-Plougras)

Dossier IA22016955 réalisé en 2010

Fiche

Appellations Château de Kerroué
Parties constituantes non étudiées chapelle, communs, grange
Dénominations manoir, château
Aire d'étude et canton Schéma de cohérence territoriale du Trégor - Plouaret
Hydrographies Ruisseau de Toullec
Adresse Commune : Loguivy-Plougras
Lieu-dit : Kerroué Braz

Cet ensemble bâti ancien, à la fois résidence seigneuriale et exploitation agricole, est situé à 2800 mètres à l´ouest du bourg de Loguivy-Plougras et à 215 mètres d´altitude. Il se trouve à proximité immédiate de la source du ruisseau de Toulec, affluent de la rivière Saint-Emilion. Le toponyme est orthographié "Kroué" (Kerroué) sur le cadastre de 1835. En breton, cela peut signifier littéralement le "hameau du roi" ou "l'habitation d'un dénommé de Roué" (patronyme).

Les terres et métairies de Kerroué appartiennent à la famille de Beaucours en 1427 (Marguerite de Beaucours), puis à la famille du Dresnay de 1464 à 1713 (dont les armoires sont "d´argent à la croix ancrée de sable accompagnée de trois coquilles de gueules") et enfin, à la famille Le Lagadec (seigneur de Mezedern, paroisse de Plougonven) devenue de Lagadec de 1714 à 1792 qui blasonne "d´argent à trois trèfles d´azur. L´ensemble est restitué en 1802 à Claude-René de Lagadec. Dans l´église tréviale du bourg de Loguivy, le seigneur possédait aussi une chapelle privative avec enfeu côté évangile (à gauche de l´autel).

Il s´agit d´une seigneurie relativement jeune qui s´implante entre les seigneuries de Scozou, Trogorre, Menez, Callac et Kerradenec. Son territoire s´étend sur un rayon de deux kilomètres autour du château. La seigneurie possédait en Loguivy-Plougras 38 villages ou lieux-dits (manoir et métairie de Kerroué, petit Kerroué, convenant Toullec, Pen an Alé, Kertugdual, Cosquer, Garz ar Laour, Keruhel, Pempoul, Keravel, Kermapalen, Kerelguen, Pen ar Gwern, Kerahouarn, Tregonven, Kerbihan, Pen an Stiffel, Kerlemarch, Mézou, Kerlosquet, Rouel Bihan, Le Bot ou Botlan, Quelennec, Goadet ou Kerroué Coat, Losseny, Kernevez ou Villeneuve, Kerverder, Kereauzan, Quenechguen, Guerniou, Treuscoat, Toul an Danot, Listrion, Kerforn, Lesvrech, parc Pont Thomas, pré du Dour Meur, Beuzidellou) ; en Plougras, 11 villages ou lieux-dits (Nec´h Guen, Louc´h, Lan Cam, Sollier, Keraenor, Kerambellec, Kerloi, Kerollier, Penker, Pen an Yun et Pen an Ménez) et un convenant en Lohuec. Le domaine de la seigneurie s´étant constitué sur les fiefs des seigneurs voisins, les propriétaires de Kerroué étaient vassaux et devaient rendre aveu aux seigneurs du Scozou, de Callac, de Beffou, de Traounez, du Ménez et de Trogorre et bien sûr, de Guingamp.

Au 15e siècle, Kerroué dépendait de la seigneurie de Trogorre. Charles du Dresnay et son fils Chrétien, édifient une chapelle et achètent la seigneurie de Keraenor qui était dans la mouvance de la seigneurie de Beffou. En 1536, Alain du Dresnay, seigneur de Kerroué s´affranchit de la mouvance de Trogorre pour passer sous celle de Guingamp. "En 1573, Pierre du Dresnay [fils d´Alain du Dresnay] habitait encore le manoir de Kerhuel, tandis que Jean, son frère, occupait Kerroué. La construction du château va sans doute débuter après le décès de Jean et le règlement de sa succession dans les années 1580, c'est-à-dire peu avant ou pendant les premiers troubles de la Ligue [...]. Les travaux seront suspendus au début des années 1590 sous la pression de la Ligue et arrêtés définitivement en 1594 avec la mort du seigneur de Kerroué devant le château de Morlaix et la confiscation de tous ses biens par le roi" (BARBIER, Pierre. p. 186.).

L´ensemble se compose de plusieurs bâtiments ou édicules, par ordre chronologique : - le château datable du 4e quart du 16e siècle ; il a vraisemblablement été construit par Pierre du Dresnay et sa femme Anne de la Haye. - la chapelle datable du 16e siècle ; - la grange datable de la 2e moitié du 16e siècle ou du début du 17e siècle ; - la maison manale ou manoir datable de la 1ère moitié du 17e siècle ; - le colombier : construit vers 1655 par François du Dresnay et Antoinette Le Lay, sa seconde épouse, il est détruit vers 1850. - le mur d´enceinte aménagé en mur rucher ; - la grange à poteaux datable du début du 19e siècle ; Le château était entouré de jardins, prés, bois pour une superficie de 60 journaux. Pendant la Révolution, le château abrite le chef chouan Charles-Guillaume Poens de Kerilis ainsi que le prêtre insermenté de Plougras, Philippe-Ange Ellès.

Période(s) Principale : 4e quart 16e siècle
Secondaire : 17e siècle

Orienté vers le sud-ouest, le château de Kerroué est construit en pierre de taille de granite de moyen appareil et dispose d´un sous-sol à usage de cave. L´entrée d´honneur en arc plein cintre est ornée de deux colonnes cannelées à chapiteau composite soutenant un fronton Renaissance. Il comprend deux têtes humaines en ronde-bosse qui ont malheureusement été martelées. Au dessus de l´entrée, se superposent trois étages de fenêtres ornées de pilastres. L´entrée débouche sur un vestibule et sur un escalier monumental rampe-sur-rampe. Un escalier en vis secondaire aménagé dans une sorte d´avant-corps en éperon, coiffé d´un dôme dessert une pièce haute. Cette dernière est dotée de latrines en encorbellement. Chacun des trois niveaux s´organisent de la même manière : une salle principale avec cheminée et une chambre avec cheminée et garde-robe. En plus de la chapelle privative, un oratoire existait dans le château, sous la voûte supérieure de l´escalier d´honneur du pavillon central, il occupait le passage vers l´appartement privé dont l´accès se faisait par un escalier à vis. Les angles du pignon sud-est sont flanqués par deux guérites à cul-de-lampe reliées entre elles par une galerie à mâchicoulis. Le château de Kerroué est demeuré inachevé comme le montrent les pierres d´attente sur la gauche du pavillon central. Le manoir : édifice accolé par l´angle sud-est du château. Porte en arc plein cintre encadrée de pilastre soutenant un larmier. Lucarnes à fronton (présentant les armes du Dresnay en alliance avec Penmarch) sommées de balustres. La façade du manoir date de la moitié du 17e siècle. La chapelle de Kerroué :située à 200 mètres au nord nord-ouest du château. Chapelle de plan rectangulaire de 4 m sur 8 m dédiée à sainte Catherine. Pignon ouest à rampants et crossettes frisées et amortissements représentant des chiens de chasse. Porte en arc brisé à montants chanfreinés, arcade à voussures, ornée de d´une frise feuillagée à fleuron et écus vierges. Clocheton (cf. Saint-Jacut de Plestin de 1495) rappelle l´école Beaumanoir. Cloche de 1636 fondue par Le Louarn, elle présente un médaillon avec signature et écus de François du Dresnay et de Marie de Penmarc´h : "croix ancrée de sable accompagnée de 3 coquilles de gueules et coupé au 1 de gueules à la tête de cheval d´argent, au 2 d´or à la fasce d´azur accompagnée de 6 pigeons de même 3,3". Inscription : "JESVISA MESSIRE FRANCOIS DU DRESNAY SEIGNEUR DV KOETZ". Cette chapelle abrite la sépulture du dernier des Lagadec, né au château le 24 novembre 1751 et mort le 19 juin 1837, maire de Loguivy-Plougras de 1819 à 1830 et porte l´inscription suivante : "Ici repose du sommeil du juste Messire Claude-René de Lagadec, dernier du nom, chevalier de l´ordre royal et militaire de Saint-Louis, époux de Dame Jeanne-Théodore de Saisy. Il naquit au château de K/roué le 24 Xbre [octobre] 1751 et rendit sa belle âme à Dieu le 19 juin 1837, Resquiescat in pace". En 1950, la chapelle possédait encore son autel de type renaissance ainsi qu´un lambris de couvrement peint en bleu orné d´étoiles. La chapelle a été déplacée en 1998 près du château.

États conservations bon état, restauré

Comme d´autres châteaux bretons : Maillé dans le Léon (Plounévez-Lochrist) ou encore le manoir de Lemay dans le Morbihan (Guéhénno), le château / manoir de Kerroué est resté inachevé. L'édifice a été acheté en 1992 par la famille de la Morinière qui a entrepris sa restauration. Il a été classé au titre des Monuments historiques en 1993.

Statut de la propriété propriété d'une personne privée
Protections classé MH, 1993/09/27
Précisions sur la protection

Inscrit MH le 3 juin 1927. Château, à savoir le corps de logis en ruine et l'aile parfois appelée manoir, ainsi que la grange faisant face à cette aile (cad. G 402, 403) : classement par arrêté du 27 septembre 1993.

Annexes

  • Notice des Monuments Historiques extraite de la base Mérimée (PA00089312 ; 1992)

    "La grange est du 16e siècle, tandis que le corps de logis principal est de la fin du 16e siècle, et l'aile droite, du début du 17e siècle. Le château témoigne d'un retour à l'architecture défensive suscité par les guerres de Religion. L'édifice devait former corps central dans le plan primitif, avec une tourelle d'escalier, une échauguette, et des mâchicoulis sur le pignon sud. Un second pavillon servait au départ de métairie".

  • Le château de Kerroué par Jean-Jacques RIOULT

    "Grand projet inachevé, en rapport avec les prétentions d´une branche cadette de la famille du Dresnay, pour laquelle l´édifice a été construit vers 1580. L´aspect singulier du logis à deux étages, l´importance symbolique des éléments de défense, la distribution intérieure qui comporte de nombreux judas de surveillance le situent dans une famille architecturale de transition entre le manoir et le château. Si l´escalier rampe-sur-rampe est intégré dans le corps de logis, au centre de la distribution, une vis secondaire, desservant une pièce haute, fait toujours saillie en façade. Des passages percés dans la partie inférieure de cette vis devaient mettre en relation le corps principal, en bel appareil de pierre de taille, avec une aile courte plaquée contre lui, comme l´atteste un appareil de moellons ainsi que deux judas. Cette excroissance étonnante, qui entraîne un décalage des travées de fenêtres, devait être en pan de bois et abriter le bûcher".

  • 20102211408NUCA : Archives départementales des Côtes-d'Armor, 3P131.

    19802201324ZMI : Archives départementales des Côtes-d'Armor

    19802201316ZMI : Archives départementales des Côtes-d'Armor

    19802201271ZMI : Archives départementales des Côtes-d'Armor

    20102202079Z : Service de l'Inventaire du patrimoine culturel de Bretagne, 131_22_69_bande3.

    20102202090Z : Service de l'Inventaire du patrimoine culturel de Bretagne, 131_22_69_bande4.

Références documentaires

Bibliographie
  • BARBIER, Pierre. Le Trégor historique et monumental : étude historique et archéologique sur l´ancien évêché de Tréguier. Bouhet, la Découvrance, L´amateur averti, 2005, 468 p.

    p. 505
  • RIOULT Jean-Jacques. Article "Kerroué", p. 291, in Ministère de la Culture et de la communication, Direction régionale des affaires culturelles de Bretagne, Service de l´Inventaire général, Collectif (sous la dir. de Jean-Marie Pérouse de Montclos), Dictionnaire. Guide du patrimoine. Bretagne. Paris, Centre des Monuments nationaux / Monum, éditions du Patrimoines, 2002, 531 p.

Périodiques
  • DUDORET, Louis. "Les seigneuries de Plougras et leurs maîtres vers la fin de l´ancien régime". Les cahiers du Trégor, n° 6, novembre 1984, p. 30-34.

  • DUDORET, Louis. "Au 18e à Loguivy-Plougras. La maison noble de Lagadec de Kerroué" in Trégor, mémoire vivante, n° 4, 1993, p. 78-93.

Liens web

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