Logo =Inventaire Général du Patrimoine Culturel - Retour à l'accueil

Château de Kergrist (Ploubezre)

Dossier IA22132115 réalisé en 2014

Fiche

Á rapprocher de

Cet ensemble bâti ancien, à la fois siège d'une résidence seigneuriale et d'une exploitation agricole, est situé à 4500 mètres au sud-sud-est du bourg de Ploubezre. Établi à 87 mètres au dessus du niveau de la mer, il se trouve à proximité immédiate d'un méandre du Léguer. Le toponyme "Château de Kergrist" est mentionné sur le cadastre de 1826. En breton, Kergrist signifie littéralement "la maison du Christ" et en l'occurrence ici un lieu noble ancien. Du manoir de Kergrist dépendait une chapelle, un colombier, un moulin à eau reconstruit en 1759 et plusieurs fermes exploitées en métayage ou convenant.

L'édifice originel a vraisemblablement été construit au 15e siècle. De cette époque, il subsiste la tour nord-ouest de forme octogonale et la partie sud de l'aile ouest où l'on trouve une ouverture de tir oblique. Cette tour - notamment la lucarne, est de style gothique flamboyant. Le manoir a sans doute été habité par Yvon de Kergrist signalé à la Montre de Tréguier en 1481 avec 200 livres de revenu. Ce dernier est "porteur d’une brigandine et comparaît en archer" tout comme Guillaume de Kergrist qui lui, dispose de 50 livres de revenu.

Jean de Kergrist (mort avant 1527) s'est marié avec Marie de Quélen : ils ont eu comme enfant Jean de Kergrist qui s'est lui-même marié avec la dénommée Gilette Le Cozic. Leur fils nommé Alain de Kergrist, qui épouse Jeanne du Dresnay, aura notamment Marie de Kergrist. Par le mariage de Marie de Kergrist avec Jonathan de Kergariou en 1591 (1624-1698), la seigneurie de Kergrist et son manoir sont passés à la famille de Kergariou. On trouve ensuite : Vincent Joseph de Kergariou (1654-1724) puis Vincent Jonathas de Kergariou (1684-1760).

La tour nord-est est datable de la première moitié du 16e siècle : elle aurait donc été élevée vers 1537-1540 par Jean de Kergrist.

Au 17e siècle, le manoir prend la forme d'un U : le quadrilatère de la cour est vraisemblablement étendu vers le nord par deux tours. La cour est fermée par une porte charretière et une porte piétonne.

Jonathas de Kergariou, comte de Kervegant (né en 1719 et mort en 1794 à Ploubezre) a épousé en 1750 Anne Marguerite de Tréanna : leur fille, Catherine Vincente Reine de Kergariou a elle même épousé en 1780 Sébastien-François-Joseph Barbier de Lescoët (1751-1834), seigneur de Lesquiffiou et gouverneur de Lesneven. Le couple habitait au château de Kerno à Ploudaniel avant d'immigrer en 1792. La tour sud-est du château de Kergrist porte le millésime "1792" et plus bas, l'inscription suivante : "IONATHAS DE KERGARIOU / KERVEGANT ANGELIqUE ET / DAME dE KERVEGANT". Le château est confisqué à Catherine de Kergariou de Kervégant.

Les façades orientale et méridionale ont été créées dans la deuxième moitié du 18e siècle sous la famille Barbier de Lescoët.

On retrouve des des armoiries sur le fronton de la façade orientale du château (couronne de marquis de Kergariou et deux mamelons non sculptés mais probablement peint) et sur les écuries (Kergariou-Tréanna). La façade est est doté d'un escalier à double volées droites menant aux jardins. Au nord, les tours sont percées afin d'aménager des portes d'accès. A la fin du 18 siècle, l'ancien manoir est devenu château – du moins du côté de ses jardins au sud et à l'est.

Lors de la Révolution française, le château est vendu comme bien national : il est divisé en trois partie, pillé, transformé en ferme puis abandonné. Pierre et Michel Huon, notaires royaux remembrent le domaine pour le restituer aux Barbier de Lescouët.

Le tracé du jardin à la française en terrasse bordée d'une balustrade de granite figure déjà sur le cadastre de 1826. Entre le château et les écuries est représenté la chapelle Saint-Laurent (aujourd'hui ruiniforme). Au nord figure la métairie du château.

En 1861, Charles Huon de Penanster (1832-1901) - conseiller Général du canton de Plestin-les-Grèves, et sa femme Claire (1849-1927) décident d'acheter le domaine et de le rénover : restauration de la toiture, de la tour sud-ouest, création des lucarnes de la façade orientale, création du jardin à la française. Le jardin est recréé à cette époque. La tour sud-ouest porte le millésime et plus bas, l'inscription suivante : "FAINT FAIRE C ; HUON / DE PENANSTER L. ROUX EN 1868".

Restauré, le château est à nouveau meublé.

Charles Huon de Penanster achète également cinq peintures de l'école de Pierre-Paul Rubens (1577-1640) et une toile attribuée à Luca Giordano (1634-1705).

École de Pierre-Paul Rubens :

- La récolte de la manne dans le désert (exposé dans le Grand Salon)

- Le triomphe de l'Amour maternel (exposé sur le plafond de l'une des chambres de l'étage)

- Abraham et Melchisedech

- L'arche d’Alliance

- Le triomphe de l'Eucharistie sur le Paganisme

Luca Giordano :

La rencontre de Bacchus et Ariane (exposé sur le plafond de la salle à manger)

En 1879, Claire Huon de Penanster a créée Le Petit Écho de la Mode, premier magazine féminin en France. Il est tiré à plus de 300 000 exemplaires par semaine en 1900.

En 1886, Charles Huon de Penanster devient sénateur : la grille du château provient du jardin du Palais du Luxembourg, c'est à dire l'actuel Sénat. Le jardin anglais de Kergrist rejoignait le manoir familial de Kerauzern situé à 1 km à l'est mais traversé par la voie ferrée en 1881.

Depuis le 20 janvier 1926, les façades du château de Kergrist (C 400) font l’objet d’une inscription au titre des Monuments historiques.

La tempête des 15 et 16 octobre 1987 - en faisant tomber de nombreux arbres, a détruit une partie des jardins du château.

L’ancienne chapelle de Runfao, après son échange avec la commune de Ploubezre en 1890, est devenue le lieu de sépulture de la famille Huon de Penanster. Charles Huon de Penanster y repose depuis 1901.

Dénominations manoir, château, dépendance
Aire d'étude et canton Schéma de cohérence territoriale du Trégor - Lannion
Hydrographies Le Léguer fleuve côtier
Adresse Commune : Ploubezre
Lieu-dit : Kergrist, Adresse : ,
Cadastre : C 400

Période(s) Principale : 15e siècle, 1ère moitié 16e siècle
Secondaire : 17e siècle, 2e moitié 18e siècle
Secondaire
Dates 1792, porte la date
1868, porte la date

Le château actuel est de plan symétrique en U, à façade sur cour (vers le nord) et sur jardin (à l'est et au sud), à étage carré et élévation à sept travées à l'est et au sud. Il présente une façade est et sud à faux avant-corps central rythmé par trois travées et surmonté par un fronton triangulaire.

La façade sud est encadrée par deux tours au sud-est et au sud-ouest ; l'entrée est quasiment au même niveau que la cour. Sur la façade orientale, un escalier extérieur droit à perron occupe la largeur de l'avant-corps. Deux arrière-corps ferment le logis au nord sur une cour en U. Une grande lucarne à gâble aigu ornée de crochets et d'animaux fantastiques donne l'axe en parfait alignement avec la grande allée cavalière au nord bordée de hêtres. Une lucarne du même type, à fronton triangulaire orné de crochets, fleurons et armoiries (martelées), vient également couronner chacune des deux tours dont la pièce haute est desservie par un deuxième escalier en vis visible de l'extérieur.

Communs et écuries – orientée vers le sud, se disposent hors de l'ordonnance, à l'écart du château. Réhabilités, ils ont aujourd'hui la résidence des châtelains de Kergrist.

Typologies château à plan en U, à double orientation
Statut de la propriété propriété privée
Protections inscrit MH, 1926/01/20
Précisions sur la protection

Façades (cad. C 400) : inscription par arrêté du 20 janvier 1926.

Annexes

  • Le château de Kergrist par Jean-Jacques RIOULT

    "Le logis, initialement de plan en U à ailes courtes et à deux tours d'angle, a été construit vers 1540. Sa composition, en fausse symétrie, dont une lucarne à gâble aigu ornée de crochets donne l'axe, se rattache à toute une série d'édifices de transition de la première moitié du 16e siècle. Les pièces principales du logis, fortement surhaussées par rapport à la cour, étaient accessibles par des portes au bas des tours ; les degrés extérieurs ouvrant dans la volée des escaliers sont une modification du 18e siècle. Au 17e siècle, le quadrilatère de la cour a été étendu et ponctué du côté de l'entrée par deux fortes tours. Au 18e siècle, l'ensemble du logis est réaménagé, tourné vers un jardin à parterre régulier".

Références documentaires

Bibliographie
  • RIOULT Jean-Jacques. Article "Château de Kergrist", p. 281, in Ministère de la Culture et de la communication, Direction régionale des affaires culturelles de Bretagne, Service de l´Inventaire général, Collectif (sous la dir. de Jean-Marie Pérouse de Montclos), Dictionnaire. Guide du patrimoine. Bretagne. Paris, Centre des Monuments nationaux / Monum, éditions du Patrimoines, 2002, 531 p.

Liens web