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Château de Beaumanoir (Evran)

Dossier IA00004847 réalisé en 1986

Fiche

La silhouette du château de Beaumanoir modifiée lors du chantier puis transformée par les restaurations du 19e siècle a perdu beaucoup de son apparat. Le logis a été découronné de ses lucarnes et les pavillons ont perdu leur toiture en carène. Il s’inscrivait dans la grande tradition des châteaux de la seconde Renaissance. Son organisation à cour fermée rappelle les châteaux mis à la mode par Androuet du Cerceau, cour carrée, aile d’entrée plus basse, grand portail orné de colonnes baguées et d’ornements sophistiqués à l’antique, masques, cariatides. Les pavillons qui encadrent l’entrée témoignent quant à eux de l’adoption des nouvelles formes et des nouveaux décors, toiture à l’impériale, chaînage harpé à bossage des tourelles d’escalier. Tout ici contribuait à montrer l’aisance de cette noblesse de robe dont l’architecte est issu des chantiers du Parlement de Bretagne.

Destinations hospice
Parties constituantes non étudiées communs, chapelle, puits, four à pain
Dénominations château
Aire d'étude et canton Projet de Parc naturel régional Rance-Côte d'Emeraude
Adresse Commune : Evran
Lieu-dit : Beaumanoir

Le château féodal des Beaumanoir La seigneurie de Beaumanoir en Evran est liée à l´illustre lignage chevaleresque du même nom dont les origines remontent aux premiers temps de la féodalité. Le site du château primitif, mentionné dans les sources à partir du début du 13e siècle, est controversé : certains auteurs pensent qu´il se trouvait à peu près à l´emplacement du château actuel ; d´autres le situent à proximité sur une parcelle au nord-est, dite le Clos du Petit Bois (cadastre de 1845, section I, 1642), ou dans l´ancien village de Beaumanoir lui-même, traversé par la grande route de Rennes à Dinan, d´autres auteurs encore dont René Couffon le positionnent vers la Roche, plus proche de la Rance dont il commandait le passage. Ces différentes hypothèses demanderaient à être confirmées par des vestiges archéologiques. Alphonse Marteville et Pierre Varin mentionnent en 1843 quelques ruines à trois cent mètres du logis actuel. Il peut s´agir des vestiges du château mais aussi de substructures d´un établissement gallo-romain comme l´évoque à cet emplacement la carte archéologique. Quant à Ch Lemaout, en 1851, il remet en cause le site même et évoque des opinions partagées quant au lieu de résidence de Jean III de Beaumanoir, héros en 1351 du « Combat des Trente », qui aurait pu être le château de Carmeroc. Enfin, tout le monde s´accorde pour dire que se sont les guerres de la ligue, particulièrement dévastatrices sur ce territoire qui ont ruiné le château féodal. A la fin du 16e siècle, il est mentionné comme étant abandonné et inhabitable. La construction du château actuel La seigneurie de Beaumanoir fut rachetée le 28 février 1619 par François Peschart, gentilhomme ordinaire de la Chambre du roi, conseiller au Parlement de Bretagne, seigneur de Bossac et de Bienassis. Il entreprend la construction du château actuel sur un nouveau site vers 1628 1630 (deux dates étaient portés sur l´un des bâtiments selon une description de 1843). Ces descendants poursuivront le chantier comme en témoignent des différences stylistiques et des détails constructifs qui indiquent une rupture puis une reprise des travaux (qualité différente de la sculpture du grand portail, absence d´homogénéisation des chaînages harpés, consoles et corniches différentes, ailes du logis plus basses que celles prévues à l´origine). La reprise du chantier donne l´impression que le parti originel, savant et ambitieux a été simplifié. Le logis dont les travées sont dépourvues d´ornements se conforme davantage à la mode du milieu du 17e siècle. Il est sans doute construit pour Jean-Baptiste Peschart, baron de Beaumanoir qui se marie avec Pétronille Brunet en 1640 (elle meurt à Beaumanoir en 1641) ou leur fils Joseph Peschart qui épouse en 1671 Suzanne Marie Riaud de Galisson. Le domaine est apporté par la suite en dot à Joseph Le Meneust de Bréquigny par son mariage avec Marie-Françoise Peschart, le 8 avril 1686. Ces derniers cédent le château à Jeanne Leray dont la fille héritière se mariera à François de Langle de Kermorvan, comte de Beaumanoir, conseiller puis président à mortier au Parlement de Bretagne. Leurs descendants ont possédé le domaine de Beaumanoir jusqu'à sa vente au Conseil Général des Côtes d´Armor, le 5 novembre 1963. Les transformations du 19e siècle La date de 1836 portée sur une souche de cheminée correspond aux aménagements et transformations du château par Renée Lefranc-David et Louis Marie de Langle-Beaumanoir. Le logis a été découronné de ses lucarnes et souches de cheminées sculptées en pierre de taille des faluns, les pavillons en carène ont été supprimés au profit d´une toiture simplifiée à faible pente dans l´esprit plus austère du moment. Après 1947, à la mort de Marie de Langle, le château est petit à petit dépossédé de l´ensemble de son mobilier et de ses boiseries : lambris et parquets. Des lambris Louis XV ont été récupérés du bûcher d´une ferme voisine, en 1980, pour les remonter depuis au manoir de la Motte-Saint-Jean à Saint-Coulomb. Le château est loué après 1947 et transformé partiellement en colonie de vacances et en bâtiment d´élevage agricole. Les restaurations et projets du 20e siècle Les photos prises en 1963 lors de l´achat de la propriété par le département des Côtes d´Armor témoignent du délabrement du château à cette période. Les toitures sont en partie ruinées et le bâti est envahi par la végétation. La rénovation du château est confiée à Jean Voizard, architecte des Bâtiments de France et à Jean Sonnier, architecte en chef des Monuments Historiques. Des constructions neuves sont incluses dans les travaux à entreprendre afin de s´adapter aux besoins de l´Institut Départemental d´Education Spéciale, qui occupera les lieux à partir de 1969, puis aux services de l´hôpital psychiatrique Saint-Jean de Dieu de Léhon à partir de 1979 jusqu´en 1998. Inhabité depuis plusieurs années, le château a été récemment vendu à un particulier. Une attribution incertaine Comme pour l´emplacement du premier château, l´attribution du nouveau château à un architecte de renom n´est pas certifiée par des sources écrites. Plusieurs architectes parmi les plus talentueux ont été cités : Salomon de Brosse, Jacques Corbineau, Etienne Corbineau, Thomas Poussin. Tous ces architectes ont travaillés au chantier du Parlement de Bretagne à Rennes et c´est vraisemblablement dans cet entourage qu´il faut rechercher le ou les maîtres d´œuvres. Il y a pu en effet y avoir un architecte de conception et un architecte d´exécution. L´attribution d´une conception architecturale à Salomon de Brosse a été écartée par René Couffon principalement en raison de son décès en 1626. L´attribution à Jacques ou Etienne Corbineau en tant que concepteur d´une intention architecturale, plans et élévations n´est pas a écarter mais le traitement de la sculpture qui généralement fait honneur à ces architectes, n´est pas ici d´assez bonne facture pour leur en attribuer la paternité. Quant à Thomas Poussin, qualifié d´architecte du roi, il reconstruit en 1611 le château de Chateauneuf d´Ille-et-Vilaine et en 1617 celui du Rocher Portail à Saint-Brice en Coglés. Des recherches récentes conduites par Amélie Decaux sur le château de Chateauneuf d-Ille-et-Vilaine nous permettent de restituer le jeu savant des toitures de ce château. Le châtelet d´entrée était surmonté d´une toiture à l´impériale et le logis s´imposait en fond de cour par sa grande hauteur (cinq niveaux) et sa couverture complexe, pavillon à coyaux avec une cage d´escalier coiffée d´une grande toiture à l´impériale, le tout joint à l´une des trois tours rondes de la forteresse. La référence à cet architecte est induite aussi à Beaumanoir par le traitement savant des trompes en encorbellement, le jeu des bossages désormais à la mode et l´emploi sur les piliers du portail de bossages aplatis. Le château de Beaumanoir aurait-il été construit par Thomas Poussin en référence à l´architecture de son confrère Jacques Corbineau ?

Période(s) Principale : 2e quart 17e siècle
Principale : 19e siècle
Dates 1628, daté par travaux historiques
1836, porte la date
Auteur(s) Auteur : Poussin Thomas, architecte, attribution par travaux historiques

Plan en quadrilatère autour d´une cour avec une aile d´entrée plus basse reprenant les modèles français des châteaux de la seconde Renaissance. Le corps de logis est à cinq travées en façade, il est composé d´un étage de soubassement et de deux étages carrés surmontés d´un étage en surcroît transformé lors des restaurations du 19e siècle (lucarnes détruites et toitures refaites). La partie centrale du logis, qui contient un escalier rampe sur rampe en pierre, est simple en profondeur tandis que les pièces latérales sont double en profondeur et forment un avant corps sur le jardin. Deux ailes, plus basses en rez-de-chaussée avec étage de comble, encadrent le logis et mènent aux pavillons du corps d´entrée. Celle de l´ouest sert de communs, celle de l´est abrite une galerie à l´étage qui communique avec la chapelle haute située dans le pavillon d´entrée. Les pavillons de structures extérieures semblables sont couronnés d´une toiture savante en carène ou toit à l´impériale sommée d´un lanternon de même forme. Les pavillons sont flanqués d´une tourelle d´escalier, de plan carré, hors œuvre sur trompe qui concentre une bonne partie du décor sculpté : bossages en pierre de taille, cariatides présentant un écu et un décor de vigne. L´aile d´entrée surmontée d´une balustrade fait également office de chemin de ronde et de liaison entre les deux pavillons. Le portail à fronton courbe porte les armoiries de la famille de Langle-Beaumanoir : d´azur au sautoir d´or, accompagné de quatre billettes de même, surmontées d´une couronne de marquis et encadrées de deux lions. Les piédroits du portail à bossages plats un sur deux font référence aux colonnes baguées des traités d´architecture d´Androuet du Cerceau et de Philibert de l´Orme. La tour ouest renferme en rez-de-chaussée, un fournil, celle de l´est comprenait une sorte de crypte où reposèrent jusqu´en 1963, les corps des défunts de la famille de Langle-Beaumanoir. Au niveau supérieur, la chapelle vôutée en pierre des faluns a conservé une partie de son mobilier.

Murs falun
granite
enduit
bossage
Toit ardoise
Plans plan régulier
Étages étage de soubassement, 2 étages carrés, étage en surcroît
Couvrements voûte d'ogives
Élévations extérieures élévation à travées
Couvertures toit à longs pans
toit à l'impériale
croupe
pignon couvert
Escaliers escalier intérieur : escalier tournant à retours sans jour, en maçonnerie
escalier intérieur : escalier en vis sans jour, en maçonnerie
Typologies type ternaire variante, plan d'ensemble concerté, cour fermée
États conservations restauré
Techniques sculpture
Représentations armoiries
Précision représentations

Armoiries des Beaumanoir qui sont D'azur aux onze billettes d'argent, posés 4, 3, 4. (allée, pilier du portail sud) ; armoiries des Peschart De gueules à la bande d´or chargée de trois roses d´azur et accompagnée de quatre ducs (ou hiboux) d'argent (allée, pilier du portail sud) ; armoiries de Langle-Beaumanoir : d´azur au sautoir d´or, accompagné de quatre billettes de même, surmontées d´une couronne de marquis et encadrées de deux lions. Leur devise : j´aime qui m´aime, (grand portail d´entrée du château).

Statut de la propriété propriété du département
Intérêt de l'œuvre à signaler
Protections inscrit MH partiellement, 1925
classé MH partiellement, 1965/04/23

Annexes

  • 19802202758ZMI : Archives départementales des Côtes-d'Armor

    19802202752ZMI : Archives départementales des Côtes-d'Armor

    19802203285ZMI : Archives départementales des Côtes-d'Armor

    19802203288ZMI : Archives départementales des Côtes-d'Armor

    19802202756ZMI : Archives départementales des Côtes-d'Armor

    19802202757ZMI : Archives départementales des Côtes-d'Armor

    19802202759ZMI : Archives départementales des Côtes-d'Armor

    19802202753ZMI : Archives départementales des Côtes-d'Armor

    19802202754ZMI : Archives départementales des Côtes-d'Armor

    19802202755ZMI : Archives départementales des Côtes-d'Armor

    20102211952NUC : Musée de la Grande Vigne (Dinan)

Références documentaires

Documents figurés
  • Plan masse suivant le plan cadastral, façades, coupes, plans des caves, fondations, rez-de-chaussée, premier et deuxième étage, par J. Sonnier, architecte en chef des M.H et J. Voizard, architecte des Bâtiments de France, Saint-Brieuc, le 23 avril 1963. (A.D Côtes d'Armor : 1032 W 103).

Bibliographie
  • COUFFON René. Beaumanoir en Evran, Société d'Emulation des Cotes-du-Nord, Saint-Brieuc : Les Presses Bretonnes, 1973.

    p. 63-66
  • DECAUX Amélie.La Renaissance d´un château du Clos-Poulet : Châteauneuf . DEA d´Histoire de l´Art, Université de Paris IV.

  • GOURBIL, Jean, MARTIN, Christian. En Pays d'Evran, l'Inventaire d'un patrimoine. Rennes : Rue des Scribes Editions, 1994.

  • MARTIN Christian. Beaumanoir. Huit siècles d'histoire d'une baronnie. Le Pays de Dinan : Cercle Culturel Rance Linon, 2002.

  • OGÉE, Jean-Baptiste. Dictionnaire historique et géographique de la province de Bretagne. Nlle éd. [1778-1780] rev. et augm. Rennes : Molliex, 1843, 1853.

  • Bibliothèque Bretonne, collection de pièces inédites ou peu connues, concernant l'Histoire, l'Archéologie et la Littérature de l'ancienne province de Bretagne. Saint-Brieuc : Ch. Le Maout, 1851.

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