Logo =Inventaire Général du Patrimoine Culturel - Retour à l'accueil

Chapelle Saint-Mathurin (Guitté)

Dossier IA22015330 réalisé en 2009

Fiche

Cet édifice de conception simple mais élégante, inspiré par le style des ingénieurs du 18e siècle rappelle les nombreuses chapelles construites dans l’arrière pays de Saint-Malo à la même époque. La construction de cette chapelle illustre une volonté du clergé (en l’occurrence du recteur), de disposer d’une chapelle frairienne en bon état, proche du presbytère, pouvant servir d’appoint voire de succursale en période d’intempéries. La contribution de plusieurs familles nobles locales à sa construction par des dons en numéraire ou en mobilier intervient dans un contexte où celles-ci ont de plus en plus de difficulté à assumer l’entretien des chapelle privées attachées à leurs manoirs et peuvent encore moins s’attacher les services d’un chapelain. Ainsi, la table d’autel en pierre provenant de l’ancienne chapelle du manoir des Touches fut donnée au 18e siècle par la grand-mère paternelle de Chateaubriand pour servir à la nouvelle chapelle. Le retable, datant de la fin du 17e siècle, provenant de l’ancienne chapelle du manoir de Bellestre, fut offert en 1747 et adapté pour abriter une statue de Saint Mathurin, commandée en 1746 au sculpteur dinannais Laurens Thomas Durocher.

Vocables saint Mathurin
Dénominations chapelle
Aire d'étude et canton Projet de Parc naturel régional Rance-Côte d'Emeraude
Adresse Commune : Guitté
Lieu-dit : Saint-Mathurin

Chapelle construite en 1744, sur l´emplacement d´une ancienne chapelle Saint-Gorgon. L´éloignement du presbytère par rapport au bourg, sans doute justifié par une volonté d´être au centre géographique du territoire de la paroisse, entraîne en 1744 le recteur Mathurin Bechu de La Ville au Corgne dans la construction de la chapelle Saint Mathurin, qui devait lui permettre d´assurer par mauvais temps les services religieux. Les archives paroissiales relatent par le détail les circonstances de la construction de l´édifice (voir annexe).

Période(s) Principale : 2e quart 18e siècle
Dates 1744, porte la date

Plan rectangulaire, abside à pans coupés. Gros oeuvre en moellons de granite, granulite et calcaire (?) ; Pierre de taille en granite de Quérinan de Languédias.

Murs granite
moellon
pierre de taille
Toit ardoise
Plans plan allongé
Étages 1 vaisseau
Statut de la propriété propriété publique

Annexes

  • Guitté Construction de la chapelle Saint-Mathurin (Extrait du registre des archives paroissiales 1744).

    En 1743, le presbytère de Guitté était à environ 900 mètres de l'église. En hiver, cela était très incommode. Messire Béchu résolut d'y remédier. Sous son inspiration, le 21 avril 1743, le général de la paroisse de Guitté demanda à l'évêque de Saint-Malo l'autorisation de démolir la chapelle de Saint-Jean (Note : La chapelle de Saint-Jean s'élevait dans une pièce de terre dite : La Bruyère) et de reconstruire celle de Saint-Gourgon, ruinée depuis plus de cent ans, cette dernière étant à une centaine de mètres seulement du presbytère. L'évêque donna son autorisation par ordonnance du 27 mai 1743.La décision de construire, le plus économiquement possible, un édifice durable, apparaît dans les délibérations du général de Guitté le 8 mars 1744. Messire Béchu a noté tous détails intéressants sur la réédification de la chapelle de Saint-Gourgon, dédiée par lui aux saints Mathurin et Gourgon. Dans une note rédigée le 20 décembre 1744, pour ses successeurs, au bénéfice de Guitté. « Il était de mon devoir, de transmettre à la postérité les circonstances qui concernent l'édification de la chapelle de St Mathurin, telle qu'elle est à présent dans la pièce de terre dite la Maladrje, proche du presbytère, et de faire connoistre les moyens que la divine providence m'a fournis pour venir à bout d'une chapelle qui m'a paru avantageuse au public pour les processions et si utile et commode à messieurs les Recteurs tant pour la célébration de la Ste messe dans la mauvaise saison que pour le catéchisme pendant le carême ».

    Les travaux commencèrent en mars 1744. Dans une pièce de terre (Note : Cette pièce de terre était dite l'Escornbuc de la Porte ou de Villesay) dépendant du presbytère il y avait des rochers : Mre. Béchu les proposa. Il fallut, pour l'extraction de la pierre, de la terre pour le mortier et pour le charroi, 246 journées de travail, se répartissant ainsi : 205 journées gratuites fournjes par les paroissjens « excepté que je donnois à dîner seulement à chacun » ; et 41 journées à 8 sols, « ce qui fait 16 l. 8 s. ». Au Querinam, Mre. Béchu acheta le granit pour les ouvertures. Il s'adressa seulement aux particuliers qui avajent des maisons en ruines et ne dépensa ainsi que 37 l. Il acheta pour 6 l. de jauge (calcaire des faluns). Différents paroissiens offrirent « trente-six bons chênes pour faire la charpante, les chevrons et les palastres des portes et des fenêtres ». Les domestiques du recteur les abattirent en 8 jours. Encore de charitables paroissiens fournirent gratuitement « quinze journées de harnois pour charroyer la pierre de taille, les chênes, la jauge et l'ardoise, et leur ay donné à disner et l'avoine aux chevaux ». Dame Peronelle Claude Lamour, dame de Chateaubriand, donna « la grande pierre d'autel » de son ancienne chapelle des Touches, démolie depuis quelque temps. Le lundi 20 mai 1744, Messire Jean-François Watel, supérieur du séminaire (Note : Le séminaire du diocèse de Saint-Malo était établi dans l'abbaye royale de Saint-Méen) du diocèse de Saint-Malo, et recteur de Saint-Jean de Saint-Méen, vint procéder à la pose de la première pierre. Cette pierre, carrée, après avoir été « bénite... suivants les rites de l'Eglise » fut « placée dans le fondement du pan du milieu de l'octogone ». Les maçons et piqueurs de pierre furent Louis et Nicolas Potel, Louis Querier, de la paroisse de Calorguen, et les Ecolan (Note : Le 23 janvier 1730, une Suzanne Ecolan se fiança à Guitté à Gilles Eballast) de Médréac. Louis et Nicolas Potel et Louis Querier firent 143 journées et demie, les deux premiers à 9 s. 6 d., l'autre à 8 sols, ce qui fait une dépense de 67 l. 2 s. 3 d. Les Ecolan fournirent 146 journées à 10 sols, ce qui fait 73 l. Enfin, les pointes des marteaux coûtèrent 3 l. 2 s. La maçonnerje et la taille des pierres nécessita donc une dépense totale de 143 l. 4 s. 3 d. En outre Mre. Béchu nourrit et coucha les Potel et Quérier et donna aux Ecolan « de la soupe et du cidre à déjeuner et à disner et souvent à souper ». A Jacques Goudés, serrurier de Broons, furent commandées les ferrures - six gonds pour portes, 3 grilles pour fenêtres, avec clavettes (Note : Les 6 gonds et 3 grilles pesajent 169 livres et coûtèrent 50 l. 15 s. Le fer se vendait 6 sols la livre), vertevelles des portes, écrolles, etc. qui revinrent à 72 l. 15 s., mise en place comprise. Le recteur fournit 2 journées de ses chevaux « pour apporter le tout, et la nouriture pendant trois jours pour placer le tout ». Les construction et pose de la charpente furent dirigées par Jean Le Bon, maître charpentier. Il occupa trois ouvriers : Jean, Joseph et Mathurin Le Gault, charpentiers de Guitté. Le Bon était payé 15 sols par jour. Comme il consacra 23 journées à la chapelle, il reçut 17 l. 5 s. Les trois Le Gault (Note : Le 27 mars 1730, une Mathurine Le Gault, femme Guy Jaquet, mit au monde une fille qui, « baptizée à la maison dans le péril » reçut le prénom de Perrine), pour 129 journées et demie à 10 sols, reçurent 74 l. 15 s. « sans comprendre le souper et le cidre deux fois par jour ». Il fut ainsi dépensé « tant en clous de lattes, que de Bareau et cheville de fer pour la charpante », 46 l. 2 s. Le couvreur fut Jean Renaud (Note : Le 11 octobre 1731 se fiancèrent Juljen Dartois et Mathurine Renaud et le 11 juillet 1744, Eustache Renaud et Louise Petel), du village de la Villesay. Il employa pour la toiture seize cents de lattes valant 12 l. 6 s. et 17 milliers d'ardoises à 3 livres qui coûtèrent 51 l. Les ardoises furent prises à « la perière de Poirier en la Chapelle » (Note : La Chapelle-Blanche, petite commune voisine de Guitté). Le transport revint à 6 l. « La girouette d'arain avec la croix de fer » coûta 3 l. 2 s. Jean Renaud avait marché pour la couverture de la chapelle. Il fournit 54 journées de ses ouvriers et reçut 18 l. Mre. Béchu ajoute : « je l'ay noury avec ses consorts sans diminution de la somme ci-dessus ». Pour faire les portes et gradins de l'autel, Jean Regnays, menuisier de Médréac, employa « deux grandes douzaines de planches et de limandes » qui coûtèrent 12 l. 10 s. Il fournit, pour la façon, 20 journées à 6 sols et reçut 6 l. « sans comprendre la nouriture que j'ay donné ». Les portes furent peintes « à cause de la pluye ». La couleur employée coûta 16 s. 6 d. et l'huile de lin 36 s. Jean Le Houx et son fils Mathurin, blanchisseurs, habitant le village de la Noé-Barbé, firent 19 journées et reçurent 5 l. 14 s. Tant pour placer les pierres de taille que pour blanchir la chapelle, il fallut une barrique et demje de chaux qui coûta 14 l. 5 s. (Note : La barrique de chaux sans barrique coûtait 9 l. 10 s.). Les vitres des trois fenêtres coûtèrent 13 l. 9 s. Elles furent faites et placées « par du Verger pelerin de St Meen » auquel Mre. Béchu fournit en outre 2 journées de cheval et la nourriture pendant 6 jours. La pierre sacrée, venue de Saint-Malo, coûta, port compris, 5 l. 10 s. Le grand crucifix 10 l., les cartes d'autel et le canon 3 l. 5 s. et les nappes 3 l. 18 s. Le recteur donna trois corporaux, quatre essuie-mains, six purificateurs et une custode d'argent doré : « j'ay achepté une custode d'argent bien dorée en dedans que je donne pour la chapelle pour porter le St Sacrement aux malades quand mes successeurs voudront y dire la Ste Messe et y consacrer une hostie pour cet effet, à fin de leur abréger le chemin du bourg, et je les supplie humblement de se souvenir de ma pauvre âme au St Sacrifice, et d'abréger par leurs prières les peines de l'autre vie que je n'ay que trop méritées si le seigneur et le dieu de toute consolation veut bien me faire miséricorde que je luy demande par l'intercession de St Mathurin mon patron à l'honneur duquel j'ay dédié cette chapelle ».

    La chapelle terminée, Mre. Béchu invita Mgr. de Saint-Malo à venir la visiter. Le vendredi 4 septembre 1744, l'évêque, après avoir dîné au presbytère, se rendit à la chapelle et « l'ayant trouvée en bon Etat, et bien décente » il adressa le lendemain l'autorisation d'y célébrer la messe au recteur de Guitté. Messire Watel, recteur de Saint-Jean de Saint-Méen, se rendit à Guitté le 26 septembre. Le lendemain dimanche, il célébra « la grande messe paroissiale » à l'issue de laquelle se fit la bénédiction de la chapelle (Note : Procès-verbal de la bénédiction. - Voici les noms des personnes qui signèrent le procès-verbal : Watel supérieur du séminaire et recteur de St Jean de St Meen - Duchesne Guyot (Siméon Charles) recteur de Gaël - Perronnelle Claude Lamour (dame de Villeneuve) (Note : Dans la note de Mre. Béchu, Péronnelle Claude Lamour est dite dame de Chateaubriand) - Anne Bouëttin du Boisbasset - F. Langlois prestre - Claude Dartois prestre, Curé - De Bénazé (Henry, seigneur de la Roche) - René de ChateauBriand, seigneur du Plessix - Anne Robinault du Boisbasset - Bonne de Chatobriand - Janne Béchu de la Villaucorgne - Jacques Gaudin nommé par le genérale [général] - M. Béchu Recteur de Guitté, Député du clergé du diocèse de St Malo. Après cette bénédiction « missire Siméon Charles Guyot Duchesne sieur Recteur de Gaël » y célébra la messe « à haute voix ». Il avait pour diacre Mre. François Langlois et sous-diacre Mre. Jean Lucas (Note : Mre. Lucas ne signa pas au procès-verbal), tous deux prêtres de Guitté. Le 14 avril 1746, le recteur fit encore placer aux deux portes des marches en granit de Querinan. Ces pierres lui coûtèrent onze livres. Vers la même époque, l'évêque de Saint-Malo donna « le grand tableau qui est dédié à l'honneur de St Nicolas (Note : En 1908, la chapelle possède deux toiles portant la date : 1690. Sur l'une d'elle, un prélat interroge de petits enfants réunis pour manger. Est-ce celle dont parle ici Mre. Béchu ? - Sur l'autre, un prélat debout, tient d'une main le crucifix pendu à son cou et montre de l'autre des livres entrouverts à ses pjeds) » et Mre. Béchu la cloche valant 12 l. (Note : Voici la rédaction de Mre Béchu : « La cloche que j'ay donné me coustent (sic) 12 l. »). La chapelle n'avait pas de statue de saint Mathurin. Le recteur en commanda une qu'il paya 70 l. à Laurens Thomas, maître sculpteur de Dinan. Le 22 avril 1747, il la bénit et fit placer (Note : Cette statue domine encore vers 1908 l'autel. Elle montre le saint, très jeune de figure, revêtu d'ornements rouges, un livre ouvert à la main). Ce même mois, « Mr de la Heuzolais Henry, propriétaire de Bellestre » fit don à la chapelle du rétable (Note : Ce retable très simple, agrémenté de rares et grossières sculptures, est en bois).