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Chapelle Saint Herbot (Plonévez-du-Faou)

Dossier IA00005154 réalisé en 1966

Fiche

Le présent dossier d'architecture est issu de la monographie consacrée à la chapelle sans la publication " Bretagne gothique" parue en 2010.

Les illustrations du mobilier et en particulier celles du chancel de bois sculpté sont à retrouver sur la photothèque de l’Inventaire.

Vocables Saint-Herbot
Parties constituantes non étudiées calvaire, enclos
Dénominations chapelle
Aire d'étude et canton Bretagne - Châteauneuf-du-Faou
Adresse Commune : Plonévez-du-Faou
Lieu-dit : Saint-Herbot
Cadastre : 1966 AC 43

Une chapelle, où l´on vénérait les reliques du saint ermite protecteur des troupeaux, existait certainement avant la guerre de Succession. En 1389, le pape Urbain VI accorde des indulgences à ceux qui contribueront au relèvement de l´édifice. La faveur des ducs est attestée par un don fait par Jean V en 1423-1426 et par les lettres patentes d´Anne de Bretagne, en 1509, portant continuation d´une rente de 10 livres sur ses domaines, au profit de la chapelle.

À partir de la fin du 15e siècle, les inscriptions largement répandues sur l´édifice suppléent à la pénurie des sources d´archives et permettent de dater les différentes adjonctions apportées à la chapelle de la fin du 14e siècle. En 1498, on entreprend l´édification du porche sud, achevé une dizaine d´années plus tard. En 1516, on commence le portail occidental, la tour clocher, la chapelle qui la flanque au sud. En 1545, celle-ci est agrandie et voûtée. La même campagne voit aussi la réfection de la partie ouest du mur du bas-côté méridional, y compris la tourelle d´escalier menant au comble du porche, et le remontage en pierres de taille du mur-pignon est, avec remploi du fenestrage de la maîtresse-vitre. Les trois verrières du chevet sont posées en 1556. En 1558, un petit ossuaire Renaissance est greffé à l´ouest du porche sud. Un calvaire complète l´ensemble en 1575. Enfin, dans les années 1616-1619, le mur du chevet est à nouveau consolidé et doté de contreforts à lanternons.

En 1822, Saint-Herbot est érigé en paroisse. En 1845 et 1846, la Direction des Beaux-Arts alloue des crédits pour réparer les lézardes du clocher, signalées dès 1774. Les travaux de réparation de la tour et de la chapelle sont à peu près terminés en novembre 1847. En 1886, les vitraux sont restaurés et complétés par l´atelier du Carmel du Mans. Plusieurs campagnes de travaux sont menées au cours du 20e siècle : réfection du lambris de couvrement en 1974, de la tour ouest en 2002.

Période(s) Principale : 4e quart 14e siècle
Principale : 1er quart 15e siècle
Principale : 4e quart 15e siècle
Principale : 16e siècle
Principale : 18e siècle
Dates 1498, porte la date
1513, daté par source
1516, daté par source
1545, daté par source
1556, daté par source
1558, daté par source
1616, daté par source
1619, daté par source

Plan et ordonnance intérieure :

La construction de la fin du 14e et des premières années du 15e siècle est parfaitement identifiable à son petit appareil de schiste bleu, de grès et de quartzite, qui forme le mur du bas-côté nord et une partie de celui du sud, entre le porche et le chevet. La relative médiocrité du matériau, prélevé sur le site, correspond bien à une période où la prospérité n´est pas encore retrouvée. En revanche, les éléments en granite appareillé employés lors de cette campagne de travaux (piliers et grandes arcades de la nef, encadrements de fenêtres) portent plusieurs dizaines de signes lapidaires. Son parti général, d´une grande simplicité, est identique à celui de plusieurs chapelles de la fin du 14e et du début du 15e siècle, comme Saint-Jacques de Merléac, soit trois vaisseaux de cinq travées, dont trois sont occupées par la nef et deux par le choeur, enclos dans un chancel de la seconde moitié du 16e siècle. Toutefois, le plan de Saint-Herbot est davantage massé, puisqu´il s´inscrit presque dans un carré.

Bâti sur le flanc de la colline du Menez Du, l´édifice accuse un dénivelé sensible de l´ouest vers l´est et surtout du sud vers le nord, et reçoit de ce fait les eaux de ruissellement. Pour remédier à des problèmes d´humidité récurrents, les experts chargés de visiter la chapelle en 1730 et en 1776 préconisent de relever le dallage. Ces travaux furent sans doute exécutés, puisque les bases de la plupart des piliers du chœur sont enterrées d´environ 0,50 m ; de même, les parties basses des crédences et armoires proches des autels sont masquées par le nouveau dallage. Les voussures des grandes arcades ont été entaillées pour la remise en place du chancel lors de cet exhaussement du sol.

Le vaisseau central est séparé des bas-côtés par cinq grandes arcades en arc à peine brisé au rythme élégant ; leurs deux rouleaux moulurés de tores et cavets sont séparés par un bandeau. Elles retombent sur des piliers octogonaux cantonnés de quatre demi-colonnes par l´intermédiaire de chapiteaux plus ou moins volumineux, à décor végétal, regroupés le plus souvent sous un tailloir unique de forme losangée. L´ensemble n´est pas sans évoquer les églises du groupe de Pont-Croix. Saint-Herbot constituerait alors un des témoignages les plus tardifs et les plus éloignés dans l´espace du rayonnement de cet atelier, mais on peut aussi bien évoquer des références communes, au Pays de Galles ou en Cornouailles britannique. Les murs sont revêtus de badigeons de chaux. L´ébrasement de la baie du collatéral nord présente un décor peint géométrique, qui n´est sans doute pas antérieur à la fin du 16e siècle. Le remplage de la maîtresse-vitre, en kersantite à grain fin, se compose de six lancettes trilobées surmontées d´une rose liée par un rang d´ajours flamboyants, à rapprocher de celles des Carmes de Pont-l´Abbé (1420-1426) et du transept sud de la cathédrale de Saint-Pol-de-Léon.

Les deux travées de la chapelle Sainte-Barbe sont couvertes de voûtes d´ogives, lancées en 1545, dont la retombée forme des nervures croisées. La tour, qui se présente aujourd´hui comme une cage vide, comprenait à l´origine plusieurs étages. Le premier devait être porté par une voûte d´ogives dont subsistent le doubleau ouest, les formerets et des départs de nervures, mais qui ne fut peut-être jamais montée et en tout cas n´existait plus en 1776. Il devait former une tribune ouvrant sur la nef qui recevait, par la baie ouest, un éclairage supplémentaire, comme à Saint-Nonna de Penmarc´h. Au-dessus, on trouvait la chambre de l´horloge, puis l´étage du beffroi.

Charpente et lambris :

Si le lambris a été à plusieurs reprises remplacé, et selon des profils différents (son dernier état remonte à 1974-1980), la charpente à fermes et pannes conserve encore l´essentiel de sa structure du début du 15e siècle et s´inscrit à ce titre dans une rare série de charpentes bretonnes des années 1400, aussi bien religieuses que civiles. Dans le vaisseau central, elle est constituée de six fermes disposées suivant un rythme régulier, indépendant de celui des grandes arcades. Chacune comprend un entrait mouluré ou chanfreiné, deux arbalétriers à jambettes courbes, un poinçon long également mouluré et parfois orné à la base. La charpente des bas-côtés était conçue sur le même principe : des demi-fermes composées d´un demi-entrait avec potelet médian, d´un poinçon sculpté et d´un arbalétrier soulagé par des liens courbes. La disposition d´origine est conservée au midi, où les entraits prennent appui, du côté du vaisseau central, sur une sablière reposant sur des corbeaux de pierre disposés de biais. Cette structure était conçue pour contrebuter le vaisseau central. Les sous-faces des pièces de charpente portent des décors peints géométriques (damiers, croix, cercles, triangles, quintefeuilles), mais ces traces de polychromie ne se limitent pas aux entraits, arbalétriers et jambettes, elles apparaissent aussi sur la corniche moulurée d´origine, dissimulée par le lambris actuel, et sous les pannes et les liens du faîtage, ce qui suggérerait que la totalité de la charpente ait pu être à l´origine apparente. Cependant, des traces de fixation permettent de restituer un lambris cloué en sous-face des chevrons, suivant le rampant de la toiture.

Greffé au nord-ouest de la chapelle, un bâtiment carré du 16e siècle à trois niveaux desservis à l´ouest par un escalier en vis et doté à l´est de latrines abritait la sacristie. Cette localisation éloignée du choeur, a priori étonnante, s´explique sans doute par la pente du terrain. Le niveau inférieur, désigné en 1730 comme la sacristie d´en bas et abritant les archives, faisait trente ans plus tard office de cave. La sacristie proprement dite, au même niveau que la chapelle avec laquelle elle communique par une porte bardée de fer, flanquée d´une baie protégée par une grille, possède une cheminée et les baies qui l´éclairent à l´est et à l´ouest sont équipées de coussièges. Au-dessus, on trouvait une chambre avec cheminée.

Ordonnance extérieure :

Les adjonctions de l´extrême fin du 15e siècle et de la première moitié du 16e siècle, reconnaissables à leur bel appareil en granite clair de Huelgoat et grisâtre de Brennilis, sont venues enrober à l´ouest et au midi la structure primitive. L´élévation sud présente une silhouette mouvementée où se succèdent, d´ouest en est, le pignon de la chapelle Sainte-Barbe greffée au sud de la tour, une lucarne passante éclairant le collatéral et le grand porche méridional.

Le porche sud, de plan rectangulaire, se compose de deux travées voûtées d´ogives quadripartites dont les nervures pénètrent directement dans les colonnettes et est surmonté d´une chambre d´archives. Encadré par deux contreforts angulaires amortis par des pinacles à 45°, il s´ouvre par un arc en tiers-point souligné par une accolade à choux frisés et fleuron où se loge une figure du Père éternel. Les anges volants à l´horizontale qui encadrent le fleuron sont une citation du porche de La Martyre. Les trois rangs de la voussure sont ornés dans les piédroits de feuilles et dans les archivoltes de personnages sous arcades (anges et prophètes) tenant des phylactères. Le raffinement extrême de ce porche se mesure au fait que la voussure interne a reçu un décor sculpté analogue. Au sommet du pignon, sont superposés un blason très érodé et un écu aux armes de Bretagne soutenu par deux hermines et surmonté d´une banderole portant la devise des Montfort : À ma vie.

L´intérieur, qui a conservé une partie de sa polychromie, jadis rehaussée de dorure, où dominent les ocres, est tout aussi exceptionnel. Au-dessus d´un banc de pierre finement mouluré, chaque travée comprend un premier registre constitué de cinq arcs en accolade à réseau d´intrados trilobé et aux écoinçons garnis d´arcatures ; le niveau supérieur accueille trois niches à dais, reposant sur des culots garnis de grasses feuilles de choux ou d´ange porteur d´écu. Les statues d´apôtres relèvent encore de l´esthétique imposée un demi-siècle plus tôt sur le chantier du Folgoët. Au fond, s´ouvre un double portail en anse de panier dont le tympan porte la statue de saint Herbot, sur un cul-de-lampe daté 1481 et, à droite, l´inscription datant le porche lui-même. Les artistes de Saint-Herbot ont sans doute réalisé par la suite, vers 1510, la sculpture du porche sud de Plourac´h, paroisse des confins nord-est du diocèse.

Commencée en 1516, la tour de plan carré prend clairement place dans la filiation quimpéroise. Son second niveau, de même hauteur que le premier, est directement calqué sur les tours de la cathédrale : chaque face, épaulée par des contreforts étagés, comporte deux étroites baies géminées en plein-cintre sous une archivolte en accolade à crochets et fleuron, raidies par trois traverses et encadrées par deux arcs en mitre. Leur ébrasement profond est mouluré de cavets et de cinq colonnettes à chapiteau et base prismatique ; l´appui est en glacis. La tour est couronnée par un entablement formé d´une corniche à modillons, d´une frise ornée de quatre-feuilles redentés et d´une corniche saillante à décor végétal, qui porte une balustrade ajourée de cercles quadrilobés. Cependant, les galeries superposées de Saint-Corentin sont absentes. La chambre des cloches était à l´origine couverte d´une voûte d´ogives très surbaissée dont l´extrados faisait plate-forme. Trois escaliers en vis ménagés dans l´épaisseur des murs desservent la tour : le premier, au sud, conduit à la galerie extérieure surplombant le portail ; le deuxième, au nord, monte à la chambre des cloches ; le troisième, à nouveau au sud, à la terrasse supérieure où une tourelle émerge dans l´angle sud-ouest. La tour était couronnée par une flèche de charpente couverte de plomb.

Daté de 1516 par une inscription portée par l´ange de gauche, le portail ouest s´ouvre entre deux contreforts angulaires dont les trois ressauts sont soulignés par des pinacles à crochets de type quimpérois. Il apporte un certain nombre d´innovations formelles : outre le profil en anse de panier, déjà présent au portail méridional, des deux portes géminées et de la niche abritant la statue du saint patron au milieu du tympan, la colonne torsadée adossée au trumeau et la forme très aiguë de l´accolade formant archivolte connaîtront une réelle vogue en Cornouaille dans le deuxième quart du 16e siècle. Un larmier orné d´une frise de feuillage fait office de linteau, coupé en son milieu par un personnage maîtrisant deux animaux affrontés. Un gâble aux rampants ornés de choux frisés coupe les pinacles encadrant le portail, comme à Saint-Corentin, et retombe sur des culots sculptés d´anges tenant des phylactères ; sa pointe vient se perdre dans la balustrade flamboyante ajourée de mouchettes de la première galerie.

Cette tour, qui appartient encore tout entière à la tradition gothique, est presque certainement l´oeuvre d´un atelier différent de celui qui a construit le porche sud une quinzaine d´années plus tôt. L. de Groër a pu identifier une famille d´une douzaine d´édifices présentant assez de similitudes avec la chapelle Saint-Herbot pour qu´on puisse avancer l´hypothèse d´un atelier éponyme, qui aurait travaillé ensuite aux tours des églises de Carhaix (1529) et de Ploaré (1548) et aux chapelles du Moustoir en Kernével et de la Trinité en Melgven (1535).

Le mur ouest du bas-côté nord a été remonté au cours de la même campagne, comme l´attestent son grand appareil de granit et le jour de réseau à fleur de lys de sa baie. Dans son prolongement, la sacristie est un bâtiment carré à deux niveaux sur rez-de-chaussée, avec à l´angle sud-ouest une tour d´escalier demi-hors-oeuvre dont la couverture a été arasée. Compte tenu de la déclivité du terrain, deux contreforts angulaires épaulent son pignon nord. Deux de ses fenêtres ont conservé leurs grilles anciennes en fer forgé. Le mur nord est percé d´une porte en arc brisé de la fin du 14e siècle, dont le seuil a été surélevé lors de la réfection du dallage intérieur. Le mur du chevet, remonté vers 1550, reprend l´ordonnance des grandes chapelles cornouaillaises du 15e siècle, la maîtresse-vitre conservant son remplage d´origine, alors que les baies latérales présentent un réseau du milieu du 16e à mouchettes tournoyantes. Les lanternons qui amortissent les contreforts, datés de 1616-1619, apportent une singulière note de modernité, transmise par le chantier du château de Kerjean et les ateliers de la vallée de l´Élorn.

Située au coeur de la Bretagne occidentale, la chapelle de Saint-Herbot synthétise toute l´évolution de l´art gothique en Bretagne entre 1400 et 1550 et illustre l´influence successive de chantiers majeurs : ses trois vaisseaux de la fin du 14e siècle constituent une des dernières œuvres réalisées dans la mouvance de l´atelier de Pont-Croix, au moment où les grands chantiers patronnés par Jean V s´apprêtent à renouveler l´esthétique. Son porche sud, entrepris un siècle plus tard, se situe dans l´orbite des productions léonardes, La Martyre et, indirectement, Le Folgoët, tandis que la tour occidentale, commencée en 1516, témoigne du prestige inégalé de la cathédrale de Quimper, dont l´atelier de Saint-Herbot prolongera les leçons jusqu´au milieu du 16e siècle. Ces deux éléments hors-oeuvre, quasiment traités de manière autonome, vont désormais monopoliser les soins des maîtres d´oeuvre et dessiner pour deux siècles au moins la silhouette de l´église bretonne.

Murs granite
schiste
pierre de taille
moellon
Toit ardoise
Plans plan allongé
Étages 3 vaisseaux
Couvrements lambris de couvrement
voûte d'ogives
Couvertures terrasse
toit à longs pans
pignon découvert
noue
Escaliers escalier dans-oeuvre : escalier en vis sans jour
Typologies nef: groupe de Pont-Croix, tour: atelier de Quimper
Techniques vitrail
sculpture
Représentations armoiries saint Herbot Dieu le Père
Précision représentations

Armes de bretagne ; armes du Rusquec.

Statut de la propriété propriété de la commune
Intérêt de l'œuvre à signaler
Protections classé MH, 1902/01/29