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Chaland Victor (Gouézec)

Dossier IM29005646 réalisé en 2017

Fiche

Texte écrit le 1er juin 2005 par les membres de l'association "Il faut sauver Victor", qui présente, sur un panneau, l'histoire du chaland et de son sauvetage.

"Cher visiteur qui m'examinez avec étonnement, vous vous demandez sûrement comment un vieux rafiot comme moi a bien pu atterrir ici.

Voici mon histoire, un peu mouvementée et peu banale, qui explique que je ne ressemble plus à un fringant jeune homme, les années et les épreuves ont eu raison de la belle allure que j'avais en sortant des chantiers Fouchard à Nantes il y a 112 ans en 1893.

Jugez un peu : longueur 26 m 80, largeur 4 m 60, coque en fer ponté, nom de baptême "Victor".

Mon propriétaire, Nicolas Le Page de Port-Launay attendait avec impatience mon arrivée pour livrer aux paysans de la vallée de l'Aulne, le merl* et les scories* destinées à fertiliser les terres de la vallée de l'Aulne et redescendre vers Port-Launay les ardoises produites dans les carrières de Carhaix, St Goazec, Châteauneuf-du-Faou, Pont-Coblant.

Après 40 années de bons et loyaux services et après avoir épuisé quelques uns de mes valeureux compagnons de halage, ces courageux chevaux de labour mis à contribution pour me mener à bon port, il m'est arrivé un fâcheux incident qui allait mettre fin à ma carrière au grand désespoir de mon propriétaire de l'époque M. Kerboetho.

En cette journée d'hiver du 2 décembre 1932, je m'acheminais vers le pont de Ti Men à la limite des communes de Pleyben, Gouézec et Lennon avec à mon bord un chargement de 100 tonnes d'ardoises provenant du moulin de la Pie en Mael-Carhaix me dirigeant vers Pont-Coblant.

A 300 mètres en aval de l'écluse de Rosvéguen en raison du fort courant existant à cet endroit et malgré les efforts conjugués du batelier et du cheval qui me halait, je fus dans l'impossibilité de répondre aux commandes de direction et mon étrave vint heurter la pile du pont limitant le chenal de Ti Men. Le choc fut tel que dans la nuit du 3 au 4 décembre je coulais. L'affaire fit grand bruit dans le pays, les jours suivants les ouvriers des carrières durent se relayer pour me vider de mon chargement puis les chevaux du voisinage furent réquisitionnés pour me sortir de ce mauvais pas et me remorquer à environ 600 m en aval du pont, en contre-halage.

J'étais dans un triste état et mon propriétaire dû renoncer à me remettre en service.

Me voilà donc à poste pour 70 années, soumis aux aléas du canal, au rythme des saisons tantôt recouvert lors des crues plutôt au sec en été, servant de refuge aux gardons, perches et brochets et au fil des années suscitant les interrogations des passants qui avaient bien de la peine à distinguer mes formes sous la vase et la végétation qui m'avait envahi, mon histoire s'effaçant des mémoires au fur et à mesure que les couches de sédiment me recouvraient.

Ceci jusqu'à ce merveilleux jour d'octobre 2003 où une équipe de passionnés, décidée à ne pas me laisser sombrer dans l'oubli, réunis au sein de l'association "Il faut sauver Victor" relève le pari fou de me sortir de ma fâcheuse situation avant que je ne sois complètement désagrégé.

Le plan de sauvetage mis sur pied, le canal est débarré, les travaux peuvent commencer.

Après trois semaines d'intense labeur, 300 tonnes de vase dégagées avec l'aide de la pelleteuse du SMATAH*, on me colmate, on me rafistole et ... miracle, le 23 octobre , je flotte à nouveau puis remorqué par la yole Sérénité de Pleyben, je rejoins le pont de Ti Men qui me rappelle d'ailleurs de biens mauvais souvenirs.

Que d'émotions ce jour-là et le suivant, la grue du Gai Matelot est au rendez-vous, comme un grand malade on me sangle, on me fait tournoyer dans les airs, la foule est là, retient son souffle, est-ce que ma carcasse affaiblie va résister ? Après quelques manoeuvres délicates je rejoins la terre ferme, quel moment inoubliable pour mes audacieux sauveteurs !!

La folle épopée est couronnée de succès et désormais je repose tranquillement sur ce petit bout de berge de Gouézec, je reçois la visite des promeneurs, mes amis viennent me bichonner et on m'a même fêté en septembre dernier, j'avais fière allure, admiré et décoré !!!

Est-ce que mon voyage s'arrêtera ici ? Il paraît qu'on a encore d'autres projets pour moi...

Je vous raconterai

Association "Il faut sauver Victor"

Mairie, rue Karreg an Tan, Gouézec

Soutenue par la Fondation du Patrimoine.

* Maërl ou merl : sable calcaire

*Scorie : résidu de minerai de fer

SMATAH : Syndicat Mixte d'aménagement touristique de l'Aulne et de l'Hyères

Dénominations bateau de marchandises en vrac
Parties constituantes non étudiées bateau de marchandises en vrac
Aire d'étude et canton Basse-Bretagne - Châteaulin
Vol Le chaland se situe sur une berge du canal de Nantes à Brest sur la commune de Gouézec.
Adresse Commune : Gouézec
Lieu-dit :

Construit en 1893 aux chantiers Fouchard de Nantes pour le compte de Nicolas Le Page de Châteaulin, le chaland a principalement navigué sur la partie du canal entre Port-Launay et Carhaix, montant du maerl et des scories aux agriculteurs des bords de l'Aulne et redescendant avec un chargement d'ardoises en provenance des ardoisières de Carhaix, Saint-Goazec, Châteauneuf-du-Faou. Le 2 décembre 1932 le chaland se dirigeant vers Pont-Coblant, heurte un pilier du pont de Ty Men, à la limite des communes de Pleyben, Gouézec et Lennon, en raison d'un fort courant. Le chaland est déchargé, à la main, de ses 100 tonnes d'ardoises et sombre les jours suivants. Il reste échoué dans la vase jusqu'en 2003, date à laquelle, un groupe de passionnés réunis dans une association "Il faut sauver le chaland Victor" réussit à désenvaser le chaland avec l'aide du SMATAH (Syndicat Mixte d'aménagement touristique de l'Aulne et de l'Hyères) et à le faire gruter sur la berge. Il participe depuis à l'animation du canal où une fête est organisée tous les ans en septembre avec des animations sur la batellerie et la navigation sur le canal.

Période(s) Principale : limite 19e siècle 20e siècle
Dates 1893
Lieu de provenance Commune : Couëron
Édifice ou site : Nantes
Auteur(s) Auteur : Fouchard, chantier naval

Chaland en fer ponté de 150 t 480 en lourd, d'une longueur de 26, 80 m pour une largeur de 4, 60 m. Une partie de la coque a pu être sauvée. Les plaques de fer assemblées sont rivetées. La coque repose maintenant sur la berge du canal de Nantes à Brest à Gouézec, non loin du pont de Ti Men, lieu de son naufrage. L'association "Il faut sauver Victor" a contribué à renflouer le chaland, aidé par les agents du SMATHA (Syndicat Mixte d'Aménagement Touristique de l'Aulne et de l'Hyères). Suite au renflouage du chaland en 2005, une partie de la coque a été complétée par des tôles en acier moderne principalement sur l'avant. La coque de couleur noire est surmontée d'un balcon à l'étrave et de garde-corps sur les parties latérales. Un escalier sur tribord donne accès au pont. La cale arrière est fermée par des panneaux de cale, tandis que la cale avant est fermée par une terrasse en bois. Un mât de charge est fixé au milieu du chaland, et à l'avant se tient un guindeau manuel d'origine. A l'intérieur de la cale, la partie habitable, à l'arrière, est reconstituée et réaménagée avec un poêle à charbon et un lit clos.

La cale du chaland est visitable en saison et présente une maquette du chaland, des outils et des objets relatifs au canal de Nantes à Brest, ainsi que des objets retrouvés dans le chaland lors de son renflouage. Le gouvernail actuel n'est pas celui d'origine. Le gouvernail d'origine était en deux parties articulées, permettant d'être relevé pour passer les écluses.

Sur le pont, le treuil manuel est fixé à l'avant et pour enrouler un câble permettant l'articulation du mât de charge. Il semblerait que ce treuil soit celui d'origine, après recherche sur des documents d'archives. Il a été récupéré dans le jardin d'un particulier non loin du naufrage.

Catégories patrimoine fluvial
Structures coque
Matériaux fer
Mesures l : 26.8 m
la : 4.6 m
Précision dimensions

Coque à fond plat disposant de deux cales : une cale arrière et une cale avant. La cale arrière est longue de 8, 10 m et large de 3, 90 m. La hauteur de la cale est de 1, 60 m, ce qui fait environ 50 m3. Le poste arrière dans lequel la partie habitable des mariniers était établie est longue de 3, 40 m.

Précision inscriptions

On remarque au milieu de la coque côté tribord, un enfoncement important, marque de l'accident du chaland Victor, sur le pilier du pont Ti Men qui entraîna le naufrage du chaland.

États conservations oeuvre recomposée
Précision état de conservation

La coque d'origine est très altérée et manque par endroit, notamment à l'avant où des plaques d'acier sont fixées pour compléter la forme du chaland.

Des trous parsèment la coque.

Mauvais état.

Statut de la propriété propriété privée (?)
Intérêt de l'œuvre À signaler
Précisions sur la protection

En cours de réflexion

Annexes

  • Le Chaland nantais Jeanne d'Arc et le chaland Victor

    Lien PDF. Le service des archives municipales de Châteaulin a publié un article issu des notes prises en 2008 auprès de la famille Vigouroux, d'anciens mariniers.

Références documentaires

Bibliographie
  • Entre terre et mer ou la naissance de deux communes au fil de l'Aulne, Port-Launay : 1840, Pont-de-buis : 1948. Service Historique de la Défense de Brest. éd. 2003.

    Service Historique de la Défense de Brest
  • De Nantes à Brest : les gens du canal . Service Historique de la Défense de Brest. éd. 2015.

    Service Historique de la Défense de Brest
  • De Nantes à Brest : les gens du canal . Service Historique de la Défense de Brest. éd. 2009.

    Service Historique de la Défense de Brest
  • Les bagnards du canal de Nantes à Brest : la vie au camp de Glomel, 1823-1832. Service Historique de la Défense de Brest. éd. 2003.

    Service Historique de la Défense de Brest
  • Le canal de Nantes à Brest. Service Historique de la Défense de Brest. éd. 2005.

    Service Historique de la Défense de Brest
  • La batellerie bretonne, vie quotidienne des mariniers dans l'Ouest, Jacques Guillet, Jean-Pierre Cébron, Emile Guyomard, Ed. de l'Estran - Chasse-marée, 1989.

    Archives départementales du Finistère

Liens web