Logo =Inventaire Général du Patrimoine Culturel - Retour à l'accueil

Carrière Etienne, le Grand Traouïero (Trégastel)

Dossier IA22007369 réalisé en 2006

Fiche

Dossiers de synthèse

Dénominations carrière
Aire d'étude et canton Communes littorales des Côtes-d'Armor - Perros-Guirec
Adresse Commune : Trégastel
Lieu-dit : Grand Traouïero (le)

- 1924-1925 : Isidore Etienne arrive des Vosges à la recherche du massif de granite rose dont il a travaillé un bloc 10 ou 15 ans plus tôt dans ses ateliers de l´Est ; il met en valeur le granite des Traouïero, un des plus beaux du monde, dans la vallée du Grand Traouïero en Ploumanac´h. Il y taillera de nombreux monuments : les " 52 sarcophages de Douaumont", les 12 colonnes monolithes (5,30 m de haut sur 0,40 m de diamètre) de l´église Sainte Odile à Paris ; et d´autres qui ont été détruits pendant la guerre 1939-1945 : à Brest l´Hôtel des Postes et le Mémorial aux Américains. Celui-ci fut reconstruit en rose de la Clarté après la seconde guerre mondiale. - 1927 : M. Etienne ouvre une deuxième carrière dans le « Rose Clarté » de la butte du Kléguer d´où viennent : - le bas-relief qui orne le fronton de l´Hôtel de Ville de Perros-Guirec, le reste ayant été réalisé en rose Traouïero. - le monument de la deuxième victoire de la Marne dit "Monument des Fantômes". Au lieu-dit le « Kléguer », Isidore Etienne fut le premier promoteur du granite rose hors du département. Un autre entrepreneur Roche ouvrit une seconde carrière dans la vallée. La couleur et la texture de la roche ne plaisant pas, la carrière fut fermée en 1939. Cependant, la carrière Etienne, reprise ensuite par Rivoallan (son gendre), qui travaillait un granit plus rare et recherché pour la qualité de ses micas noirs, fit l'acquisition d'un terrain pour stocker ses déchets de carrière et bloquer l'accès de la vallée, classée ensuite à l'inventaire des sites. Cette initiative empêcha Eugène David père, lui même carrier de poursuivre son exploitation artisanale dans la vallée. La carrière Etienne était installée en aval de la vallée du Grand Traouïero et de l'étang du moulin, qui était encore sa propriété en 1932. Les rives de l'étang étaient affermées à Etienne de 1925 à 1928, pour l'établissement d'une voie de chemin de fer Decauville. Cependant, le sieur Etienne devait assigné l'Etat en 1932, en revendication de la propriété des sols et rives de l'étang, et en demandant qu'aucune redevance ne lui était due et en restitution des sommes versées à ce titre. Etienne fut déboutée de la propriété de l'étang par un arrêt du 13 juin 1932, mais se fit restituer les redevances qu'il avait payées, en vertu que ce terrain ne ferait pas partie des rivages de la mer. La carrière Etienne est aujourd'hui fermée. Cependant, l'étang du moulin à marée fut rendu par jugement à la carrière Etienne en 1943, laquelle carrière utilisait pour scier les blocs de granite la retenue d'eau aménagée (avec une digue), en amont du ruisseau qui sépare les deux communes. Etienne innovait les premières scies à couper le granit, en utilisant de grands châssis en acier de 4 m de long, avec de la grenaille de fer et de l'eau en quantité pour refroidir les lames, en puisant dans la réserve d'eau constituée. Les carrières Etienne faisaint partie d'un complexe industriel de la pierre qui avait des ramifications à Maubeuge et dans les Vosges. Elles produisaient 1800 tonnes par an et employait 80 ouvriers dont 10 ouvriers de Tégastel. Le marché était double : le monument funéraire local (ponçage et polissage) et le marché mondial pour la pierre de taille, un peu de marché local pour l'empierrement des routes. Le granite en provenance de l'étranger pouvait aussi être travaillé sur place.

Période(s) Principale : 1er quart 20e siècle

Il ne subsiste de la carrière Etienne comme vestiges qu'un hangar en bois et le dispositif du circuit de l'eau de l'étang supérieur : digue en pierres sèches et vannes de la retenue d'eau ; afin d'amener l'eau à la carrière. Le granite de la carrière Etienne est un granite du type porphiroïde, de couleur gris-rose, avec des nuances verdâtres, à grains très grossiers. Reamarque technique et d'usage : les tranches polies des pierres taillées étaient platrées et placées sous des fagots de bois. La granulite de l'Île-Grande (à l'ouest de la commune), traversé de longs filons de granulite blanche était débitée en pierres de taille, dit "granite rose de Trégastel pour les géologues.

États conservations désaffecté
Statut de la propriété propriété d'une société privée

Annexes

  • Témoignage de Eugène David : la vallée des Traouïero

    Synthèse : enregistrement du 3 août 2006.

    Eugène David est né en 1932 à Tourony en Trégastel. Son père ouvrier puis artisan carrier était originaire de Huelgoat, autre pays de carrières et de chaos granitiques. Celui-ci est venu travaillé sur la côte de Granit Rose, parce qu'il était mieux payé qu'au Huelgoat, comme tailleur de pierre. Il a travaillé dans plusieurs carrières de la Clarté et était logé à l'hôtel des Traouïero, tenu par la fille du carrier Hantz. Il s'est marié à la fille d'un cultivateur de Roc'h Ledan en 1932, est parti travailler à Rennes quelque temps puis est retourné à Tropéric (la Vallée des Poires) travailler à la carrière des Piliers, concurrente de la carrière Etienne des Traouïero, avant de s'installer pour son propre compte. Eugène David fils travailla avec son père dés l'age de 13 ans jusque la fin de la guerre. Mais cette nouvelle carrière fut abandonnée en 1939, lorsque les chaos granitiques furent classés. Le père Eugène David décéda qualque temps plus tard de la silicose.

    A cette époque, le sentier allait de Roc'h Ledan au bourg de Trégastel et traversait la vallée, en évitant de passer par la côte de Ploumanac'h. Un gué avait été aménagé par les prisonniers allemands lors de la 1ère guerre mondiale sur le ruisseau de Kerougant (avec la pose d'une pierre tombale). Ce sentier pouvait être utilisé par les carriers et par les paysans des fermes voisines de la vallée, qui pratiquaient au 19ème siècle le pâturage dans la partie basse moins encaissée des Traouïero (on peut encore remarquer la traces des talus qui traversent la vallée entre les deux coteaux.

    Les carrières de la Clarté furent ouvertes en 1926-27. En 1936-37, la carrière Rioch ouvrit aux Piliers, nom qui lui fut donné à cause des 8 piliers en granit, érigés pour soutenir un "pont roulant" ou "pont transporteur", qui permettait de faire circuler un chariot mobile et un treuil sur un rail surélevé par des IPN et des entretoises métalliques, pour déplacer les blocs de pierre de la carrière au charroi. Il s'agissait d'attaquer le flan de la vallée de façon perpendiculaire. Une forge fut construite près du sentier entre Tropéric et Kergomar. Ce sentier empierré servait de charroi pour la sortie des blocs depuis l'époque des charrettes avec une pente toujours égale, soutenue par un contrefort en pierre sur toute la longueur. Cependant, la carrière Etienne, reprise ensuite par Rivoallan, qui travaillait un granit plus rare et recherché pour la qualité de ses micas noirs, fit l'acquisition d'un terrain pour stocker ses déchets de carrière et bloquer l'accès de la vallée, classée ensuite à l'inventaire des sites.

    Cette initiative empêcha Eugène David père de poursuivre son exploitation artisanale dans la vallée.

    L'étang du moulin à marée fut rendu par jugement à la carrière Etienne en 1943, laquelle carrière utilisait pour scier les blocs de granite la retenue d'eau aménagée (avec une digue), en amont du ruisseau qui sépare les deux communes. Etienne innovait les premières scies à couper le granit, en utilisant de grands châssis en acier de 4 m de long, avec de la grenaille de fer et de l'eau en quantité pour refroidir les lames, en puisant dans la réserve d'eau constituée.

    En 1927-28, une pont de chemin de fer fut réalisé avec le projet de relier les deux vallées des Traouïero entre Perros-Guirec et Trégastel pour faire cheminer le train du second réseau sur toute la côte de Granit Rose jusqu'à Trébeurden. Mais ce projet n'aboutit pas à cause de la volonté de la commune de Perros-Guirec, classée station balnéaire, d'arrêter la ligne de chemin de fer au terminus de Perros-Guirec, en s'assurant ainsi un certain monopole touristique, alors que Trégastel était classée "station climatique", en se tournant vers un tourisme plus populaire. Il faudra attendre quelques décennies suivantes pour que de nouvelles familles investissent le foncier littoral de la commune de Trégastel et s'approprient ses espaces côtiers pour des projets immobiliers à la fois touristiques et balnéaires (des cabines de bains aux nombreuses villas propriétés de quelques familles).

  • Extrait du jugement de la cour d'appel de Rennes, du 13 juin 1932

    u Sur la revendication de propriété, un arrêté du 13 juin 1932, stipulait que le titre originaire du sieur Etienne résidait en des lettres patentes datées à Vincennes du 29 avril 1375 aux termes desquelles "Charles V, Roi de France, autorise Briant de Lannion", auteur médiat de Etienne, "à faire édifier un moulin sur le bras de mer", objet du procès, lui donnant en outre "la pescherie en l'eau de mer qui surmonte la chaussée dudit moulin".

    Considérant que cette concession, validée par le Traité du 15 janvier 1381, fut consacrée par deux sentence, l'une de 1673, l'autre de 1681 ; et considérant que le titre originaire et les documents postérieurs récognitifs qui ne font que reproduire les termes, confèrent à Briant de Lannion et à ses successeurs la propriété et possession du moulin et de la chaussée, ouvrages nécesaires à l'usage du droit concédé d'user de la chasse d'eau, que ce point n'est pas contesté par l'administration ;

    Attendu qu'il n'en est pas de même du sol de l'étang et de ses rives, que les mêmes documents laissent en dehors de leurs textes ;

    Considérant que ce qui est concédé, c'est un démembrement de la propriété, le droit d'user de l'eau retenue en arrière de la chaussée, pour un usage déterminé, le fonctionnement du moulin ;

    Considérant qu'au surplus, l'autorisation supplémentaire d'établir une pêcherie vient encore écarter l'hypothèse d'une aliénation du bras de mer.

    Il découle que Etienne ne justifie pas être propriétaire de la parcelle qu'il revendique, ni par son titre, ni par prescription puisqu'il n'a jamais fait acte de possession du sol.

  • Un exemple de l'apport migratoire des travailleurs italiens dans les carrières du Trégor

    Anselme Migliarini, ancien ouvrier tailleur de pierre dans son pays d´origine, à Baveno en Italie, près du lac Majeur, vint dans les Vosges pour y travailler le granite, mais il avait froid et lorsque la proposition lui fut faite de venir travailler en Bretagne, il accepta rapidement cette offre et pendant 10 ans travailla chez Isidore Etienne.

  • Le logement des ouvriers des carrières

    Vers 1925, aucun des trois hôtels de tourisme de Ploumanac'h ne pouvait s'engager à loger ce personnel toute l'année. M. Etienne qui venait d'ouvrir la carrière des Traouïero, construisit un bâtiment, devenu aujourd'hui l'hôtel Albatros, puis deux maisons pour le chef d'exploitation et le mécanicien. Il installa des abris et un chalet en planches sur des terrains dont la propriété fut un temps contestée et nécessita un accord entre les mairies de Perros-Guirec et de Trégastel. Quant à la restauration, elle fut assurée par la cantine du chantier.

  • 20062209512NUCB : Archives départementales des Côtes-d'Armor, S Supl. 219.

    20062209542NUCB : Collection particulière

Références documentaires

Documents d'archives
  • AD Côtes d'Armor. Série S ; sous-série S Supl. 219. Plan de la carrière Etienne, 1925.

Documents audio
  • DAVID, Eugène. Témoignage sur les carrières des Traouïeros. Trégastel : enregistrement audio Guy Prigent, 2006.

    Témoignage audio