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Batterie de rupture (4 canons M de 32 cm modèle 1870-1881)

Dossier IA29001836 inclus dans Vestibule et rade de Brest : ensemble fortifié (19e siècle) réalisé en 2005

LES FORTIFICATIONS DE LA RADE DE BREST, UN PATRIMOINE RECONNU

Les batteries de rupture du goulet de Brest (Lécuillier Guillaume, 2011)

"Afin de rendre le goulet définitivement infranchissable à une flotte ennemie, l´implantation de batteries dites de rupture armées de canons de gros calibre est étudiée dès 1876 par la commission mixte de Défense des côtes. "Le

tir de rupture a pour objet la perforation des murailles cuirassées des bâtiments, en vue de les atteindre dans leurs parties essentielles situées au-dessus de l´eau (ligne de flottaison, artillerie de gros calibre, appareils à gouverner,

etc.). Il exige une vitesse de choc et une force vive très considérables".

Quatre lignes de feu faisant barrage sont dès lors définies : Minou-Capucins, Mengant-Cornouaille, Dellec-Robert/Stiff, Portzic-Pourjoint/Espagnols. Si l´implantation de telles batteries de rupture à ciel ouvert est rendue possible par la configuration des lieux dans les "ravins" du Mengant, du Dellec, du Stiff et sur la pointe du Portzic directement située face à l´entrée du goulet (batterie Nationale), il n´en est pas de même sur des sites de falaise, notamment sur la côte sud du goulet. Après de nombreuses tergiversations des autorités militaires, une première batterie casematée est aménagée, à titre expérimental, au ras de l´eau dans la falaise sur la pointe du Portzic en 1883.

Un plan-type de batterie casematée est réalisé à cette occasion sur la base de 2 canons de 32 cm. On y trouve deux chambres de tir avec cheminées d´aération verticales : la casemate et ses deux embrasures en T sont renforcées pour résister au souffle des pièces. Une partie vestibule regroupe en arrière un couloir de circulation doté d´une voie étroite de chemin de fer de 40 cm d´écartement (système Decauville généralisé dans le domaine militaire à la toute fin du XIXe siècle) permettant le transport par wagonnets (poussés à la main) des munitions aux canons depuis le magasin à poudre attenant, un bassin-citerne (pour nettoyer les pièces d´artillerie), une galerie et l´escalier

d´accès. L´ensemble, à l´exception de la galerie d´accès, est creusé directement dans le rocher puis revêtu d´une

maçonnerie de briques et/ou moellons qui est ensuite enduite. Des égouts permettent la ventilation et l´évacuation

des eaux d´infiltration provenant de la roche.

La batterie Sainte-Anne du Portzic est équipée en 1884 d´une pièce de calibre 32 cm modèle 1870 marine afin "d´éprouver les casemates". Les quatre batteries basses à ciel ouvert sont achevées en 1886. Leur armement se

compose de 12 canons de 32 cm (les batteries du Portzic et du Stiff de marine ne sont équipées que de deux pièces), modèle 1870-1881 sur affût marine modèle 1882 à pivot antérieur, ce qui autorise un pointage latéral.

En 1888, six batteries de rupture casematées sont construites au Minou (dans la falaise sous le fort), sur l´îlot des Capucins (dans le rocher), sur les pointes de Cornouaille (sous la batterie vaubanienne), à la pointe Robert (dans la falaise sous la batterie réorganisée en 1862), à Pourjoint (dans la falaise) et à la pointe des Espagnols (sous la batterie vaubanienne). Un affût spécifique dit "affût de 32 cm modèle 1888 de casemate, type de Brest" (de plus de 39 t) est réalisé pour recevoir l´imposant tube de 32 cm de calibre (canon marine, modèle 1870-1884), de 10 m de longueur et pesant 48 t. Ce modèle de tube est capable de propulser à plus de 600 m/s un projectile en fonte d´acier de 345 kg dit "obus de rupture". Les pièces ont été installées en 1889 avant la construction de l´épais mur de masque dans lequel est aménagée l´embrasure. Si la protection du canon et de ses servants est optimale, en revanche le champ de tir du canon est nul : l´affût de type fixe ne permet pas le pointage latéral de la pièce qui a été réglé une fois pour toutes lors de l´installation. Seul le pointage vertical, variable, permet de jouer sur la distance.

L´efficacité du tir repose avant tout sur le bon déclenchement du tir commandé par un poste d´observation dominant les batteries de rupture. Du fait des difficultés à approvisionner en munitions les batteries casematées du goulet, seules les batteries de rupture à ciel ouvert sont dotées d´obus explosifs de nouvelle génération.

Onze batteries de rupture ont été construites en rade de Brest entre 1883 et 1888 au prix, pour certaines, de travaux

gigantesques de déroctage. Les batteries de rupture casematées du goulet de Brest sont désarmées en 1915 et 1917 92 afin de fournir des pièces d´artillerie pour le département de la Guerre (artillerie lourde sur voie ferrée destinée au front terrestre). Il fut un temps envisagé de réarmer ces batteries casematées à l´aide de torpilles automobiles mais le projet resta dans les cartons. Lors de la Seconde Guerre mondiale, deux batteries de rupture casematées (à Pourjoint et à la pointe des Espagnols) sont coiffées par des casemates en béton et réarmées par des pièces antichars de 5 cm de calibre dont une était encore en place en 1969 93 tandis que deux postes de lancement de torpilles sont créés ex nihilo entre les pointes de Cornouaille et Robert.

Si au nord du goulet de Brest, la batterie du Minou est aujourd´hui inaccessible (la porte d´accès blindée a été soudée) et celle du Portzic remblayée, du côté sud, les batteries casematées demeurent quasiment intactes :

Capucins, Cornouaille, Robert, Pourjoint et Espagnols, mais leur accès est souvent périlleux. Compte tenu des difficultés d´accès (tant en approche d´un édifice situé au ras-de-l´eau, qu´en descente dans l´édifice même), la batterie de rupture casematée de Cornouaille, dépourvue d´escaliers mais dotée d´une rampe légèrement inclinée, présente la plus grande accessibilité pour une éventuelle mise en valeur. De plus, cette batterie de rupture casematée a vu ses deux axes de tir délardés par déroctage de la falaise située sous la plate-forme de la batterie vaubanienne, et deux arcs de décharge réalisés dans le parement ancien. L´ensemble constitue un exemple aussi saisissant que pédagogique de réutilisation d´une même position à 200 ans d´intervalle" (Lécuillier Guillaume, 2011).

Lécuillier Guillaume (dir.), Jean-Yves Besselièvre, Alain Boulaire, Didier Cadiou, Christian Corvisier, Patrick Jadé, Les fortifications de la rade de Brest : défense d'une ville-arsenal. Rennes, éd. Presses Universitaires de Rennes, coll. Cahiers du patrimoine, 2011, n° 94, 388 p.

Appellations Batterie du ravin ou fort du Grand Dellec
Parties constituantes non étudiées batterie, caserne
Dénominations fort
Aire d'étude et canton Bretagne Nord
Adresse Commune : Plouzané
Lieu-dit : Le Dellec
Adresse :

La batterie basse du ravin du Dellec ou batterie du Grand Dellec (4 canons M de 32 cm modèle 1870-1881) a été aménagée en 1882-1883 ; le magasin à poudre en 1885-1886 ; elle est modifiée en 1910 pour recevoir 6 canons de 65 mm. L'Association des Plaisanciers du Petit Dellec utilise aujourd'hui le site de la batterie comme terrain d'hivernage des bateaux ; le magasin à poudre modèle 1879 sert d'atelier.

Période(s) Principale : 4e quart 19e siècle
Secondaire : 1er quart 20e siècle
Secondaire : 2e quart 20e siècle

Cette batterie comporte 4 plate-formes d'artillerie protégées par 3 traverses-abris (2 abris à munitions et un abri-logement ; un magasin à poudre et un petit abri en maçonnerie doté d'une dalle de couverture en béton. La batterie est protégée par une petite enceinte bastionnée percée de créneaux de fusillade et suivant le relief. A l'ouest du site, sous la végétation, se trouve le poste télémètrique en maçonnerie (avec sa couverture en tôle) de la batterie de 32 cm et le poste de commandement de la batterie de 65 mm en béton armé (qui ressemble à celui de Kerdalaëz).

Murs granite
enduit
moellon
maçonnerie
Toit pierre en couverture, terre en couverture
Plans plan rectangulaire régulier
Étages sous-sol, rez-de-chaussée
Couvertures terrasse
États conservations désaffecté, restauré
Statut de la propriété propriété publique
Intérêt de l'œuvre vestiges de guerre

Annexes

  • LES FORTIFICATIONS DE LA RADE DE BREST, UN PATRIMOINE RECONNU

    Le fort du Dellec à Plouzané (Lécuillier Guillaume, 2011)

    "Havre de paix donnant sur le goulet de Brest, le fort du Dellec est ouvert au public par la commune de Plouzané

    depuis 1995.

    La caserne du fort dont il ne reste aujourd´hui que la façade principale a été élevée au milieu du XVIIIe siècle (vraisemblablement en 1747) ; elle était accompagnée de magasins (à poudre et d´artillerie) et d´un logement pour

    le gardien. Du côté de la mer, deux batteries de canon protégeaient l´anse du Dellec et le goulet tandis que, du

    côté de la terre, un retranchement crénelé à branches tombantes barrait la pointe. À l´ouest, visible du sentier

    côtier, le petit bastionnet, datant des années 1840, est doté de quatre mâchicoulis ou créneaux de pied flanquant

    le fossé sec. Un four à rougir les boulets est également signalé vers 1795. En 1858, l´armement du fort se compose de six canons de 30 livres de balle et de six obusiers de 22 cm. Certains des socles ou dés qui supportent les pièces dont émergent tiges filetées et boulons, sont toujours en place.

    Une nouvelle batterie pour quatre canons de gros calibres (32 cm) a été implantée à quelque distance à l´ouest du fort en 1885 (Le Grand Dellec), tandis qu´une batterie dite à tir rapide composée de quatre canons de 47 mm est positionnée vers 1893-1894 dans l´enceinte même du fort. Les seules traces de la batterie à tir rapide du Dellec sont les quatre petites niches à munitions aménagées dans l´épaisseur du parapet. Un projecteur de 90 cm de diamètre (poste photoélectrique) et un poste de commande sont installés dès 1895 mais la casemate servant d´abri de jour et de combat, ainsi que le poste de commande bétonné, ne sont coulés que vers 1909-1910. À cet effet, l´ancien magasin à poudre a été reconverti en magasin à pétrole et une salle des machines conçue à proximité. Après les bombardements aériens de la Seconde Guerre mondiale, le fort (codé B 327 par les Allemands) connaît une longue période d´abandon. Il est devenu un espace culturel et de loisirs à part entière" (Lécuillier Guillaume, 2011).

    Lécuillier Guillaume (dir.), Jean-Yves Besselièvre, Alain Boulaire, Didier Cadiou, Christian Corvisier, Patrick Jadé, Les fortifications de la rade de Brest : défense d'une ville-arsenal. Rennes, éd. Presses Universitaires de Rennes, coll. Cahiers du patrimoine, 2011, n° 94, 388 p.

  • 19702900078Z : Service Historique de la Défense, Château de Vincennes

    19702900049Z : Service Historique de la Défense, Château de Vincennes

    19702900080Z : Service Historique de la Défense, Château de Vincennes

(c) Inventaire général (c) Inventaire général ; (c) Association Pour l'Inventaire de Bretagne - Lécuillier Guillaume