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Bateaux de pêche de Trégastel

Dossier IM22005485 réalisé en 2006
Dénominations bateau de plaisance, bateau de pêche
Aire d'étude et canton Communes littorales des Côtes-d'Armor - Perros-Guirec
Adresse Commune : Trégastel
Lieu-dit : Coz Pors

Nous avons pu identifier à partir de documents photographiques privés certaines constructions typiques de Trégastel, réalisées pour la pêche professionnelle, le bornage et le service aux îles par les chantiers navals locaux du Trégor (Leroux, François Hervé, Le Flem, Briand) ou par des chantiers réputés de Carantec (Sibiril, Mevel, Moguérou, Rolland, Le Got, Jézéquel) au cours de la 1ère moitié du 20ème siècle. Certains de ces bateaux, pour la plupart disparus aujourd'hui, ont pu être reconvertis à la plaisance, après avoir été conçus comme des bateaux de travail ou revendus dans d'autres ports. On peut constater que les bateaux de pêche émigrent souvent vers les ports de l'est du Trégor et du département (conclusion de l'inventaire du patrimoine naval de la Bretagne nord réalisé en 1993), vers des pêches plus douces et des ports plus faciles d'échouage que leur lieu d'origine. Les bateaux de pêche conçus à l'origine pour naviguer et travailler à la voile autour du plateau des Triagoz, aux casiers (homards, langoustes) et aux lignes, avaient des fonds très plats, un arrière à tableau assez large, une étrave relativement ronde mais bien défendue. La construction est légère avec une charpente mixte : membrures ployées et membrures franches, sciées en alternance, bordées en pin, quille en orme. La "Marie-Françoise" et "Augustine", bateaux de pêche, misainiers du marin-pêcheur Louis Salaün, armé aux lignes et aux casiers. Ce dernier bateau fut ensuite vendu pour la pêche à Ploumanac'h puis à Locquémeau. La "Jeannine", bateau de pêche avec une cabine arrière, construite à Locquémeau pour Bonny, fut racheté par Urvoy de Perros-Guirec et finit sa vie avec Dédé Le Vot, avant d'être abandonnée à Toëno. Le bateau de pêche d'Albert Prat, "Jean-Yves", débaptisé "Pen Touilh" après une vie de pêche, fut les dix dernières années de sa vie armé en plaisance, avant d'être confié au Musée maritime de Concarneau. La canot "Pen Ruz", de Edouard Bernable, construit en 1920 à Carantec, par Sibiril, était l'un des plus grands bateaux de pêche de Trégastel ; gréé en cotre, il portait 46 m2 carrés de toile. Il disparut en 1960. Nous avons repéré et sélectionné les bateaux de pêche suivants passés en plaisance : "Yud an Avel", "Calculot" (passé à Ploumanac'h), "Pen Touilh", "Marie-José", "Jean-Pierre" et "Gildas". Selon la tradition locale, les filets à langouste étaient tannés, cachoutés dans de grande marmites à betteraves, empruntées aux cultivateurs.

Période(s) Principale : 2e moitié 20e siècle
Catégories patrimoine maritime
Matériaux bois
Précision dimensions

l = 4 ; l = 5 ; l = 6. Dimensions approximatives.

Statut de la propriété propriété privée

Annexes

  • La pêche et les bateaux à Trégastel au 20ème siècle

    Les marins-pêcheurs de Trégastel ont pratiqué au cours de la 1ère moitié du 20ème siècle et jusqu'en 1960, la petite pêche côtière sur des bateaux de petits tonnage, de moins de 10 tonneaux, gréés à l'origine en lougre ou flambart, puis en sloop. Le déclin de la pêche amorcé dans les années 1970-1980 a profité aux ports de débarquement mieux équipés que Coz Pors, soit Ploumanac'h ou Perros-Guirec.

    Le port de pêche de Locquémeau a aussi reçu des pêches débarquées par les marins de Trégastel, à la belle époque de la sardine avant 1950. La raréfaction de la langouste, à cause d'une sur-pêche au filet organisée par les bateaux du Finistère nord (Douarnenez et Moguériec), a participé au déclin des pêches traditionnelles. Les Roscovites relachaient à Trégastel quand ils pêchaient la langouste. Leurs bateaux étaient plus grands et reconnaissables avec les bouts au coaltar et les voiles tannées au brou de noix. Les pêches aux lignes (maquereaux, lieus) et aux engins dormants (casiers) ont cependant perduré avec une flottille réduite, les bateaux réduisant leur taille et préservant leur territoire de pêche du plateau des Triagoz aux Sept-Îles.

    Cependant, la pêche est devenue plus vivrière que véritablement commerciale, pour participer à une véritable économie des pêches en Trégor, dans ces petits ports du Trégor occidental : ce fut surtout l'affaire des retraités de la pêche et de la marine de commerce ou de l'Etat, qui ont poursuivi ces usages de pêche locale. Ces derniers marins sont remplacés aujourd'hui par les pêcheurs-plaisanciers, dont certains d'entre eux conservent encore les traditions des techniques de pêche à la voile.

    Certaines techniques traditionnelles de pêche sont encore observables sur les cartes postales anciennes de la 1ère moitié du 20ème siècle : la senne, pratique collective, la pêche aux mulets, la pêche aux maquereaux à l'affare. La pêche à pied a pu prendre le relais des pêches côtières, activité le plus souvent réservée aux femmes et aux enfants. La collecte des algues est une activité qui se pratiquait en bateau mais aussi à pied, en particulier sur la grève de Tourony. Les noms de certains marins-pêcheurs sont inscrits dans la mémoire locale (comme les noms de leus bateaux et de leurs constructeurs) : Job Bonny, Albert Prat, Louis Salaün, Louis Dutertre, P. Le Merrer, Loulou Le Vot, P. Bivic, J.M. Merrer, L. Keraudren, J.M. Gourhant, J. Mangard, TH. Le Braz et Aimé Bouffant, dont le bateau "Sainte-Anne" fut "emprunté" pendant la seconde guerre par Henry Stéphan pour partir en Angleterre le 27 mai 1943, et fut fêté à son retour en juillet 1945. L'un des premiers bateaux de pêche à être réarmé dans le Trégor après la seconde guerre fut le "Jean-Yves" de Albert Prat, qui pratiqua la pêche avec Louis Dutertre (ancien Cap-Hornier) comme équipier jusqu'en 1955. Les bateaux de pêche étaient généralement menés par 2 ou 3 hommes. Les voiles étaient tannées au "Rocher plat" à la Chaussée du Port (Tourony).

    Les marins-pêcheurs participaient régulièrement aux régates de Coz Pors et de Ploumanac'h, qui étaient l'occasion de montrer leur savoir-faire à la voile et les qualités nautiques de leurs bateaux, construits par les chantiers locaux ou les chantiers encore plus réputés de Carantec.

    Les bateaux de travail, construits avant la seconde guerre ou plus récemment par les chantiers Sibiril, Jézéquel, Moguérou ou Mesvel à Carantec, Adrien Briand, Louis Ruz, François Hervé et Belzon à Trégastel et Ploumanac'h, ont souvent été reconvertis à la plaisance dans les années 1970-80. Ces bateaux creux ou demi-pontés qui ont peu souffert de leurs métiers (pêches douces polyvalentes aux engins dormants ou aux lignes qui ne fatiguent pas les coques), ont pu retrouver une seconde vie à la plaisance.

    D'autre-part, ces constructions relativement légères pouvaient échouer facilement sur des fonds sablo-vaseux, dans des anses abritées (baie de Sainte-Anne, Chaussée du Port àTourony, port de Ploumanac'h), sur béquilles et abattre leur gréement (démâter).

  • Liste nominative (non exhaustive) des marins-pêcheurs de Trégastel et de leurs bateaux basés à Coz Pors, dans les années 1950,  :

    Louis Le Vot : "La Mouette" et "Calculot"

    Edouard Bernable : "Pen Ruz" ; la "Paimpolaise", pêcheur de crevettes

    Marcel Bernable : : "Djinn", bateau de pêche avec une cabine arrière

    Albert Prat : "Jean-Yves"

    René et Jean Le Flem : "Gildas"

    René Dutertre : "La Clarté"

    Bricquir : "Goumer Mor"

    Joesph Geffroy : "Lyne"

    Zant Landouard : "Mouette", "Sirène", "Jean-Marc",

    Roger Landouard : "Christel", construit par Le Flem, 6, 50 m, qui faisaient la pêche à la senne à l'est de la plage de Coz Pors.

    Louis Le Roux : "Gaud II puis "Jolie Brise"

    Jean Leflem : "Gildas" (La 881)

    Joseph Geffroy : "Lyne" (La 961), construit par ses soins

    Fernand Le Bouffant : "Janine", petit bateau avec une cabine arrière

    Il faudrait encore citer Louis Dutertre, Louis Calvez, Paul Hémeury.

  • La gwerz des Bigorneaux gris (Ar vigorned kaoc´h-ki) de Rose Kawenn, 1914

    Er Blawez mil-nao-c´hant-parzek

    Ar brezel maleürus oa savet,

    Ar brezel maleürus oa savet,

    Ha tout an trew oa bet keraet.

    Ha tout an trew oa bet keraet,

    Konvers ar vigorned a woe graet,

    Ewit ar bla ê ker ar c´hig,

    Hag ec´h aemp tout paour ha pinwik.

    En Enez ‘Eur ar jalousi

    A lak´ an dud da veajin,

    ar jalousi zo vel klenved

    panevet-da-se kalz a voujfent ket.

    Hag etad ar vein a zo fall,

    n´eus ket a c´honid e giz-all,

    hag ec´h ê ret mont da glask kaoc´h-ki

    ´wit kaout boued da dibin.

    Ha betek Loles ar Brian,

    ve ordinal oc´h o´r he c´hlanv,

    a c´ha ive da glask kaoc´h-ki

    ewit lakaat butun en he fri.

    An ´ni deus triwec´h boestad sukr´n he fres

    A c´ha ive, deus ket a vez ;

    Triwec´h boestad sukr en he zi

    Dibabet gant bigorned kaoc´h-ki.

    Martoloded, kartier-ministri,

    o gwreg ´glask bigorned kaoc´h-ki,

    ar re-zeo êo poent renvoya ´ne

    ha nonpas kemer digante.

    Ar gonversanted ma vijent sirius

    Komerjent ´met digant ar maleürus

    N´eus leiz e di a vugale

    Ha e´ oumbara da rein dê.

    Seizlur ar c´hant a batatez,

    penaos a raio ar bevien gaez ?

    a-benn a vo fin ar gouhanv

    renko ar bevien baour perisan.

    Traduction en Français :

    An l´an mil neuf cent quartorze

    La guerre malheureuse est arrivée,

    la guerre malheureuse est arrivée,

    et le prix de toutes choses a augmenté.

    Et le prix de toutes choses a augmenté,

    alors s´est créé le commerce des bigorneaux,

    cette année-là la viande était chère,

    nous y allions tous, pauvres ou riches.

    A l´Ile-Grande la jalousie

    Fait voyager les gens,

    la jalousie est comme une maladie,

    sans elle beaucoup ne bougeraient pas.

    Le métier de la pierre ne marche pas,

    d´ailleurs il n´y a rien à gagner,

    il faut donc aller chercher des bigorneaux gris

    pour avoir quelque chose à manger.

    Même Loles Le Bihan,

    qui d´habitude joue le malade,

    va, elle aussi, aux bigorneaux gris

    afin de se mettre du tabac dans le nez.

    Qui a dix-huit boites de sucre dans son armoire

    Y va aussi, sans nulle honte ;

    dix-huit boites de sucre dans sa maison

    en réserve, grâce aux bigorneaux gris.

    Matelots, quartiers-maître,

    leurs femmes cherchent des bigorneaux gris,

    celles-là, il est grand temps de les renvoyer

    et de ne rien leur acheter.

    Les commerçants, s´ils étaient sérieux,

    ne se fourniraient qu´auprès des malheureux

    qui ont des enfants plein la maison

    et grand besoin de leur donner du pain.

    Sept francs le cent de patates,

    comment feront les pauvres gens ?

    d´ici la fin de l´hiver

    les pauvres devront périr.

  • Extrait de l'enquête de l'inspecteur Le Masson du Parc à Trégastel en 1726

    A Trégastel, il n'y a que quelques personnes qui font sur les roches la pêche de la perche à la ligne. Ceci confirme que les riverains des côtes mettent souvent en oeuvre les techniques les plus simples. sont également utilisées des lignes pour faire la pêche du maquereau dans la saison et pour celles des autres espèces de poissons plats et ronds. Toutes ces pêches [au maquereau] se font à la ligne au doigt et au libouret sans qu'ils se servent de rets dérivants. Les pêcheurs utilisent également des cordes ou des lignes, puisque les ains des cordes, trajets ou rets de pied sont de toutes espèces comme ceux qui servent aux ligne à la mer ou par fond.

    à Trégastel, les mailles des séchées, tressures ou rets de basse-eau sont de trois espèces de grandeurs, les plus larges ont dix-huit lignes en quarré, les moiennes sont de même échantillon que les filets de la seine ayant de même 17 lignes en quarré et les plus petites sont comme les manets ou rets à maquereau, les plus serrées, n'ayant que quinze lignes seulement

    Les pêcheurs de Trégastel possèdent des sennes à la côte qui sont pierrées, celles que nous avons vu ont la maille de dix-sept lignes en quarré, la manière de s'en servir est la même que celle du Goëlo dont nous avons fait mention, ils la relèvent aussi à terre comme le font les pêcheurs de la rivière de la seine.

    A Trégaste, Le Masson revient sur la pêche du maquereau qui se fait pour ainsi dire par tous les riverains de cette partie des costes de la Basse-Bretagne que c'est une manne dont ils tirent leur subsistance pendant une partie de l'année. Toutes ces pêches se font à la ligne au doit et au libouret sans qu'ils se servent e rets dérivants pour faire cette pêche comme font les pêcheurs picards et normands. La profession des pêcheurs n'y étant point exclusive, tous ceux qui la font étant comme on l'a souvent observé laboureurs ou ayant d'autres professions Sources Le Masson du parc, procès-verbaux et rapports sur les pêches, 1726, Arc. Nat. Mar, C520 et C526.

    En 1810, le maire de Perros-Guirec répond à une enquête du sous-préfet de Lannion. La première question porte sur les pêches pratiquées. sa réponse porte tout d'abord sur le maquereau : La grande pêche au maquereau à lieu tous les ans dans le mois de juin et juillet. Elle varie parfois quant à la durée. Cette année 1810 elle a duré pendant le cour du mois de juin et le poisson a disparu au commencement de juillet.

    On salle ce poisson dans le Havre de Ploumanac'h, petit port à peu de distance de celui de Perros et faisant aussi partie de la commune. Ce sont d'industrieux et laborieux normands qui se mêlent de ce commerce, ils achètent le poisson avec les pêcheurs, d'où ils le préparent pour l'approvisionnement de Paris et d'autres villes de France. Les pêcheurs des communes de Trégastel, Perros, Pleumeur-Bodou, l'île Grande, Louannec et Trélévern font également cette pêche et viennent presque toujours la faire au Havre de Ploumanac'h en Perros et vendent leur poisson à ceux qui y font la salaison (AD 22, 9 M 13).

  • C'est au large des îles de la commune de Trégastel, l'île Dhu, dans la baie du Coz-Pors, l'Île d'Erc'h, l'archipel des Goulmedec et l'île Tanguy, dans la baie des Coz-Stankou, qu'aux marées basses de vives-eaux, se fait la récolte du chondrus crispus ou chicoré de mer, appelé tantôt lichen, tantôt jargot par la population locale, et, qui expédié par sacs de 50 kg à Cherbourg et dans les ports de l'étranger, sert à la confection des gelées, pâtes, confitures, etc. L'industrie du jargot a pris naissance à Trégastel en 1890. Elle s'est répandu ensuite à tout le littoral de la Manche bretonne. Paul Grenet, "Trégastel, parfum de Bretagne", n° 15, préfacé par Charles Le Goffic (non daté).

Références documentaires

Bibliographie
  • DARDEL Eric, Etats des pêches sur les côtes de la France Occidentale d'après les rapports de Le Masson du Parc, Paris : PUF, 1941.

Documents audio
  • Madame SCLABI. Témoignage de Madame Sclabi, fille de Albert Prat sur la pêche à Trégastel, mai 2006.

    Témoignage audio