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Bateaux de pêche de Locquémeau

Dossier IM22004052 réalisé en 2004

Fiche

Œuvres contenues

Aire d'étude et canton Communes littorales des Côtes-d'Armor - Plestin-les-Grèves
Localisation Commune : Trédrez-Locquémeau
Lieu-dit : Locquémeau

Les bateaux de pêche de Locquémeau de la 1ère moitié du 20ème siècle sont caractérisés par leurs formes de coque et de gréement, souvent inspirées de la construction navale de Carantec : quillards à fort tirant d'eau, fonds assez plats, étrave droite ou légèrement inclinée, tonture bien balancée, petit tableau en écusson. Le gréement de flambart va perdurer jusqu'en 1940-45, avant le développement de la motorisation et des nouvelles techniques de pêche, avec un équipage plus réduit et un gréement de sloop de plus en plus auxiliaire. Les bateaux de pêche de Locquémeau portaient à l´étrave une belle « moustache » blanche, qui relevait leur ligne de flottaison. Certains bateaux étaient spécialisés pour la pêche aux casiers, aux filets ou la pêche aux lignes à la traîne, comme François Lojou pour les lignes à lieus, à bord de la "Sainte-Anne". En dehors des pêches d'été, les marins pouvaient pratiquer un autre métier pendant l'hiver, comme le grand-père Bonny qui allait travailler aux Ponts et Chaussées. La pêche hivernale des oursins allait aussi offrir un débouché après les années 1948-1950. La flottille de pêche de Locquémeau a compté jusqu'à cinquante bateaux environ. Ces bateaux ne mesuraient pas plus de sept mètres de longueur, soit la mesure minimum qui permettait de pêcher au chalut à perche (la perche du chalut équivalait à la longueur de coque du bateau). Pendant l'hiver, les mâts étaient amenés pour offrir moins de prise au vent au mouillage et parfois en pêche. L'immatriculation des bateaux a évolué avec d'abord le "L" de Lannion, puis "LA" et enfin « Pl », pour traduire le changement de quartier à Paimpol. Sur les photographies du 1er quart du 20ème siècle, on peut identifier les embarcations suivantes : - L486, "Notre-Dame-de-Lourdes" appartenant à F. Marie Cojean, gréé en sloop, jaugeant 2, 65 tonneaux (naufragé le 26 décembre 1912 à l'entrée de la rivière de Lannion), - L394, "Sainte Anne", petit flambart construit à Locquémeau en 1900 ; il a appartenu à Louis Plantis, puis à Guillaume Le Mons, - L867, "Reine des flots", patron Jean-Marie Hubert, construit en 1905 à Locquémeau, - L415, "Jésus-Marie-Joseph", construit à Locquémeau en 1901 ; il a appartenu à Pierre Hubert puis à François-Marie Le Cam, - L483, le "Normandie", construit en 1904 à Carantec, pour le patron François Le Calvez, ancien maire de Trédrez, - L901, la "Marie", flambart de 3, 61 tonneaux, construit en 1907 à Locquémeau, patron François Cillant, - LA326, le "Notre-Dame-de-Pitié", flambart de 3, 87 tonneaux, construit à Carantec en 1926, pour François Quemper, - LA382, "Sainte-Anne" appartenant à François Lojou, construit en 1926 au chantier Landouar de Locquémeau, gréée en sloop, - LA47, ancien pilote de la rivière de Morlaix, racheté par Yves Denis, - LA 20, puis P802, la "Jeanne d'Arc" appartenant à Yves Rumeur puis à François Lojou, construit dans les années 1960 au chantier de Vincent Rolland du Diben, - LA955, puis P773, "la Frégate", construit en 1955 chez Sibiril (Carantec), pour Yves Lelous, - LA590, "Chéry de la Manche", construit par Georges Levier pour Toussaint Levier, - LA468, la "Marie" à Théophile Le Ballier, construit en 1930 au chantier Sibiril de Carantec, - LA423, "Le Temps perdu", construit par Auguste Levier. On peut encore remarquer : - LA72, "Annie-France" appartenant à Louis Cabel, - L60, « Saint-Yves » appartenant à Yves-Marie Codalen, - L24, "Etoile" appartenant à Yves Le Querrec puis à Pierre Rolland, - L11, "Sloop Marie" appartenant à François Le Maguer, pilote, - L30, "Maria" appartenant à Raymond Le Meur, - L406, "Saint-Antoine de Padoue" appartenant à Yves Le Hénaff, - L503, "Rosalia" appartenant à Georges Levier, - L437, "Arion" appartenant à Yves Cavan, - L12, "Nathalie" appartenant à Olivier Quemper, - L454, "Maria" appartenant à François-Marie Bonny, - LA468, la "Marie" appartenant à Théophile Le Ballier. Il nous faudrait encore citer "Espérance" et la "Denise" (dériveur), de P. Cojean, le "Mimosa" de Pierre Le Lann. Aujourd'hui, la flottille de pêche de Locquémeau comprend moins d'une dizaine d'unités professionnelles, dont le bateau "Caprice des flots" de Guillemot, qui reste à l'année au port de Locquémeau ; alors que le reste de la flottille prend ses quartiers d'hiver dans les ports de l'ouest de la baie de Saint-Brieuc pour la pêche à la coquille.

Annexes

  • Témoignage de Annick Lebon, petite-fille de Georges-Auguste Levier et de Christian Cadran, marin-pêcheur :

    La dernière campagne de pêche à la sardine s'est déroulée pendant l'été 1954. L'usine avait été reprise en 1951 par des Douarnenistes.

    Avant la guerre 1939-1945, les pêcheurs n'étaient pas organisés et dépendaient de l'usine pour leurs approvisionnement en rogue. Ils devaient payer une femme pour étêter les sardines pêchées. Celles qui travaillaient à l'usine faisaient les 2 x 8 heures. Chaque pêcheur comptait sa pêche de sardines par 3000.

    En 1945, les pêcheurs de Locquémeau comme Georges Levier ont commencé à se syndiquer à la CGT et ont ouvert une coopérative d'achat sur le port de Locquémeau (à l'emplacement de la halle à marée actuelle). La coopérative dont les comptes étaient tenus par Jules Gros fonctionnera seulement quelques années de 1946 à 1948. Le secrétaire local du syndicat était Yves Audern, avec le soutien de Le Calvez, marin-pêcheur et maire de Trédrez pendant 30 ans. C'est en 1920 que la première coopérative s'est ouverte à Lannion.

    Chaque marin-pêcheur devait être titulaire d'une licence d'armement à la pêche pour la pêche fraîche, la sardine, le maquereau, les crustacés ou le goémon. En 1946, Georges Levier naviguait à bord du "C'hoas-Halec" (P828) et pratiquait les pêches citées. Dans les années 1950, il pêchait en plus les oursins. Les oursins ont commencé à être pêchés en bateau en 1948 ; avant cette date cette pêche se faisait dans les mares, à pied. Les ormeaux étaient vendus par 13 la douzaine. Ils étaient pêchés à Quiniard, à Beg Guen. Avant-guerre, ils étaient difficiles à vendre, mais après ils pouvaient être vendus à l'usine de conserve de Beg Hent. Les cultivateurs mangeaient les sardines et les maquereaux.

    Les anciens se fiaient beaucoup aux présages et proverbes en breton :

    "Heo toul glaou kenaboul" : "pluie à torrent",

    "Petite pluie abat grand vent",

    Un cercle autour du soleil signifie la tempête dans les trois jours à venir,

    Lorsqu'on aperçoit une boule comme un arc en ciel, selon son orientation, c'est l'annonce de la tempête dans tel secteur ;

    le chemin de lune, appelé la "lame lactée" indique aussi le sens du vent qui va souffler fort.

    Les casiers étaient mis en filières de 10 casiers. Les pétoncles et les coquilles Saint-Jacques étaient pêchées au plateau des Triagoz.

    A partir de 1970, les marins se sont associés (Dafniet et Lebon, Guegan et Lelous) pour pratiquer le chalut à perche puis à panneaux, la drague, les filets et les casiers. Les patrons pêcheurs propriétaires de leur bateau n'étaient pas pluri-actifs, alors que les matelots pouvaient pratiquer plusieurs métiers à terre et en mer.

    Christian Cadran a embarqué à bord de l'"Angélus" en 1946, un canot de 6, 33 m (20 pieds), construit chez Sibiril à Carantec, gréé en flambart (LA 646).

    Aujourd'hui, la flottille de Locquémeau ne représente plus que 7 bateaux de pêche à Locquémeau.

  • Témoignage de Pierre Bonny :

    Pierre Bonny est né le 17 mars 1928 à Locquémeau.

    Il embarqua à la pêche le 13 mai 1943 sur le « Myosotis ». Il fit le "commerce" dans la marine marchande puis la coquille Saint-Jacques en baie de Saint-Brieuc pendant 13 ans, avant de terminer sa carrière maritime.

    Pendant la seconde guerre mondiale, les soldats allemands en poste à Locquémeau avaient réquisitionné un bateau de pêche et le café du port. Il fallait un laisser-passer pour aller en mer « du lever du jour au coucher du soleil ».

    Le « Myosotis » était un petit sardinier, de 5,50 m construit chez Collet.

    Les filet à sardines avaient des petites mailles de 62 mm. Le filet faisait un S ; c´était au rameur de laisser filer le filet droit ; par le liège à la surface, il savait. Les filets étaient nettoyés chaque semaine à l´eau tiède, et dans une lessiveuse teintée en bleu. Plusieurs filets étaient mis à tremper dans la lessiveuse.

    Le filet droit faisait 4 mètres de hauteur sur 8 mètres de longueur. Beaucoup de femmes ramendaient les filets. On en gardait un morceau pour remplacer la même maille pendant l´hiver.

    On utilisait la rogue de morue, la « petite graine », qui arrivait par tonneaux de 80 kg (la rogue de Norvège). On utilisait la « m´nuse » pour le maquereau et la sardine, au mouillage. Il y avait du maquereau en baie de Saint-Michel. On pouvait aussi passer le maquereau à la moulinette.

    Les premières sardines arrivaient à la Saint-Jean. Les usines n´ouvraient pas avant le 15 août, parce que la sardine était trop ferme, elle devait être entière. Les sardines étaient mises à griller sur des grilles sur la dune. Le lendemain dans une étuve d´huile bouillante. On utilisait de vieilles cafetières. Ensuite on les trempait dans l´eau après l´étuve. Enfin, c´était le travail de la sertisseuse.

    Les boîtes de sardine étaient rangées par caisse de cinquante. Chaque boîte avait un poids net de 118 grammes. L´usine Robert Collet a obtenu une médaille d´or de qualité. C´étaient des sardines de première fraîcheur avec cette usine située sur le lieu de pêche depuis 1881. Son concurrent Hamelin était moins réputé.

    On faisait deux marées par jour hors temps de guerre. Les bateaux pouvaient faire 11-12 pieds : 4, 50 mètres seulement.

    Les pêcheurs étaient payés à la semaine.

    Les marins de Lannion venaient pêcher la sardine. Ils disposaient d´une cabane en pierre du côté de la dune, où ils restaient dormir avant guerre. Ils venaient à la voile sur les lieux de pêche, quant il y avait du vent ou aux avirons. Si il n´y avait pas trop de vent, ils ne démâtaient pas. Les marins de Trébeurden venaient pêcher ici, de Locquirec, 2 ou 3 seulement. Les Douarnenistes avaient des « doris ».

    Il y avait une sardinerie à Beg Hent, mais peu de marins au Yaudet.

    L´hiver, on faisait le sable à Roc´h Losquet, à l´Ile-Grande, à l´échouage, on faisait un tas de sable. Le bateau était calé, épaulé à un rocher. On prenait des « sacocheées » de sable, du côté de Locquirec et de Beg ar vorn.

    Certains bateaux faisaient le chalut à perche : le « Va s´y croire » de Yvon Cavan et le "Printania" de Pierre-Marie Doyen.

    Les mailles du chalut faisaient 50 cm x 50 cm. Le père de Yves Audern avait l'"Ondine" ; la "Jeanne-d'Arc" de François Lojou appartenait en premier à Rumeur ; la "Sainte-Anne" a été coulée par un chalutier.

  • Témoignage de Joseph Dafniet :

    Joseph Dafniet évoque le bateau la "Marie" construit au chantier Collet avant 1929 pour faire les courses, les régates, puis le chalut à perche à la voile avant d'être motorisé. Ce bateau était équipé d'une dérive ("driver" en breton) ; mais comme celle-ci ne descendait pas assez, elle a été supprimée pour faire le chalut par son patron Louis Guégan.Le chantier a rajouté une quille en deux morceaux. La coque était semblable à celle de la "Marcelle-Micheline" (7, 30 m de longueur), qui fut construite plus tard sur ce gabarit. Elle était gréée en flambart.

    Auguste Dafniet, le père de Joseph a travaillé au chantier Collet avec le vieux Rolland comme charpentier.

    Joseph Dafniet a navigué à la pêche sur "L'Aventure" construit au chantier Daniel de Paimpol pour L'Héréec. Il faisait les oursins, les araignées et les moules ("meskl" en breton), qui étaient parquées en bassin au port avant d'être vendues en morte-eau. Les moules étaient pêchées à la gratte, sur les îles en face de Locquirec (les Chaises de Primel) : Rocher Vras, Rocher Ilien, Guiliap (les "Couillauds"), les Boeufs, alar bihan vilien ("petite charrue"), etc.

    Pour la pêche à la sardine, le filet devait être tenu droit ("a-benn" en breton), pour rester dans la "lime", la traînée blanche de la rogue, en le faisant onduler (pour faire poche). Si on tirait trop, les mailles se fermaient ; la queue du filet ne devait pas sortir.

  • Témoignage de Louis Cabel :

    Louis Cabel, né en 1927, fils de paysan, marin-pêcheur à Locquémeau, a commencé la pêche à la sardine en 1942 à bord du "Courlis", un canot de 5, 50 m, acheté à un marin du Yaudet, jusqu'en 1949. Ensuite, il a navigué comme patron à bord du bateau "Annie-France" LA 72, construit à Carantec en 1947, long de 7 mètres, l'un des plus grands bateaux de Locquémeau, gréé en sloop avec un moteur diesel de 9 chevaux. Il portait 130 m2 de toile avec son foc ballon. Après avoir arrêté la pêche à la sardine en 1952, Louis Cabel a fait les oursins (appelés "oeufs de coeur") et les moules à Locquirec pendant l'hiver, puis à partir de 1952 le chalut à perche à la main à bord de "Annie-France". Trois hommes étaient nécessaires à bord pour relever le chalut sans treuil, après un trait de chalut de 1 heure à 1 heure 30, au moteur. Le territoire de pêche s'étendait de Locquirec à Saint-Michel-en-Grève. Il a fini sa carrière de marin au début des années 1970. Son bateau a été brûlé. A l'occasion Il pouvait dans les années 1960 poser des filets de barrage sur la plage de Saint-Michel et des filets pointés (avec des paillons enfoncés dans le sable).

  • Termes de charpente marine en breton :

    - An araog : l´avant d´un bateau (prononcé n´arôk)

    - Higuen : talon de quille

    - Stur : gouvernail, étambot (ar stur : le gouvernail)

    - An noejou kamm : la membrure (prononcer ‘nôjo kamm)

    - An delez : le gui, la vergue

    - Desekskouar : la hauteur de quille ; an tez : la toise ; ar skouer : l´équerre, le modèle ; faut-il entendre et comprendre an dezekskouar

    - Ar varrenn stur : la bague du gouvernail

    - Portolo : plats-bords

    - Ar staon : l'étrave

    - An obanchou : les haubans (terme français bretonnisé)

    (Collectage oral auprès de Pierre Bonny, corrigé par René Richard).

Références documentaires

Documents audio
  • PRIGENT, Guy. Témoignage oral de Yves Lelous, Trédrez-Locquémeau, 2004.

    Enregistrement audio de Yves Lelous
  • PRIGENT, Guy. Témoignage audio de Joseph Le Ballier. Trédrez-Loquémeau, 2004.

    Enregistrement audio de Joseph Le Ballier
  • PRIGENT, Guy. Témoignage audio de Pierre Bonny. Trédrez-Locquémeau, 2004.

    Enregistrement audio de Pierre Bonny
  • PRIGENT, Guy. Témoignage oral de Joseph Dafniet de Locquémeau. Trédrez-Locquémeau, 2004.

    Enregistrement audio de Joseph Dafniet
  • PRIGENT, Guy. témoignage oral de Annick Le Bon et Christian Cadran. Trédrez-Locquémeau, 2004.

    Enregistrement audio de Annick Le Bon et Christian Cadran