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Bateaux de pêche aux casiers et aux filets : homardiers, langoustiers

Dossier IM22005807 réalisé en 2008
Aire d'étude et canton Bretagne - Paimpol
Localisation Commune : Ploubazlanec

Au cours de la seconde moitié du 19ème siècle, délaissant les pêches traditionnelles de la région paimpolaise (maquereaux, lieus, congres et juliennes), les Loguiviens s'assurent le monopole du homard et de la langouste entre Saint-Malo et Brest, en armant des bateaux de plus en plus grands et performants, du lougre de 3 tonneaux au sloop homardier de 10 tonneaux, pontés ou demi pontés. Ils mènent ainsi leurs bateaux jusqu'au Conquet, l'Ile de Sein et Belle-Ile-en-Mer. Certaines familles font souche au Conquet ou à Sein, comme Constant Corfdir, patron de la 'Marie-Jeanne' en 1860. En 1879, 8 langoustiers de Loguivy passent l'été à l'Ile de Sein, souvent rejoints par leurs collègues du Conquet. Pendant l'été 1899, le langoustier entièrement ponté 'Louise-Marianne' de Guillaume Riou fait escale à l'Ile de Sein (fig.4) . Les circuits de vente vers Paris s'ouvrent à cette époque (1900-1920). A partir des années 1870, les Loguiviens installés au Conquet commencent à faire construire au chantier Olivier Derrien de Loguivy des bateaux gréés en sloop à l'imitation des caseyeurs de l'Iroise, comme les 'Trois-Frères' à Olivier Morvan (1871), le 'Saint-Jean' et le 'Saint-Pierre' à Pierre Kervarec, pilote au Conquet (1874). Mais c'est à partir de 1880 que ce type de gréement va progresser au port de Loguivy et s'imposer définitivement en 1893, avec 12 bocqs lancés cette année là. Vers 1900, Loguivy-de-la-Mer fait ensuite construire des bateaux pontés de plus grande taille (12 à 15 m et plus de 20 tonneaux), dans les chantiers Kerbiget de Paimpol, Chevert de Binic, Gouriou et Goasdoué de Loguivy de la Mer et Pauvy de Carantec ou encore Keranfors à Roscoff. On peut citer en 1909, le 'Saint-Antoine de Padoue' de 18 tonneaux (PL 2085), le 'Saint-Christophe' (PL 2098) de 18 tonneaux, tous deux armés par 4 hommes, et le plus grand 'Saint-René' (PL 2434) de 25 tonneaux. A partir de 1906, l'épopée loguivienne à l'Ile de Sein s'achève car la ressource diminue. Les marins pêcheurs loguiviens, les plus entreprenants s'aventurent dès 1910 dans des eaux de plus en plus lointaines : Cornouaille anglaise, Golfe de Gascogne et jusqu'aux côtes espagnoles et portugaises. Souvent armés par des mareyeurs, des bateaux à grands viviers apparaissent vers 1920, gréés en sloop ou en dundee et collectent les grands crustacés des homardiers et langoustiers. Ils disposent aussi d'un vivier dans leurs cales, qui leur confèrent des qualités de bons marcheurs grâce à ce lest liquide. Il existait déjà en 1850 des bateaux borneurs, également équipés de viviers. Ils étaient armés par les Paimpolais, qui allaient vendre leur pêche jusqu'en Normandie. La flottille langoustière compte jusqu'à 60 bateaux en 1920 avant de décliner en 1930 (moins de 40 bateaux) et surtout après la seconde guerre mondiale, à cause de la concurrence (Camaret), de la motorisation et des nouvelles techniques de pêche qui vont épuiser la ressource (les filets). Les Loguiviens se souviennent particulièrement du 'Paul Yvonne', de Jean Le Bellec et du 'Notre-Dame-des Grâces' de Guillaume Loguillard, en 1930, qui vont être remplacés après 1940 par le 'Tourmentin' de François et Yves Riou, le dernier langoustier de Loguivy à cul carré, puis par l'Ondine et le 'Stella' de Jean Riou (construction Daniel, Paimpol, 1960), et enfin le 'Zant Ivy', appartenant à Louis Corfdir. En 1992, les élèves des cours CM1 et CM2 de l'école publique de Loguivy ont réalisé avec leur enseignante Claudine Thoraval, un travail de collectage sur l'épopée des marins pêcheurs loguiviens entre 1850 et 1930. Cette recherche a donné lieu à l'édition d'un livret et d'une exposition sous forme de panneaux à la chapelle Saint-Yvi de Loguivy. Une partie de ce travail a été reproduit en illustration dans cette notice. Cette recherche a obtenu le second prix départemental du concours 'Les historiens de demain', mis en oeuvre par les Archives départementales. Cependant, les documents originaux n'ont pas été conservés et sont reproduits dans cette notice. En 1990, l'association des 'Homardiers des côtes de France', créée à Loguivy-de-la-Mer, sur l'initiative de Louis Le Bellec (président du Comité local des pêches), a obtenu la labellisation du homard breton et a utilisé comme symbole le bateau 'Enez Koalen', réplique d'un sloop homardier de Loguivy (type 1900) pour sa promotion.

Annexes

  • L'épopée des Loguiviens :

    La pêche au casier, dont l'existence était attestée dès le 18ème siècle en Bretagne Nord, fut initiée par des pêcheurs insulaires, originaires de Bréhat et de Sieck, puis de Camaret, à côté des ports de débarquement de Roscoff et d'Audierne, jusqu'aux Sables d'Olonne et Noirmoutier.Selon la tradition, ce serait un pêcheur de Guernesey, nommé Brocke, qui aurait introduit la pêche du homard dans les parages de Bréhat de 1716 à 1723. A la fin du 18ème siècle, les premiers bateaux anglais avec vivier intégré viennent collecter les homards ou 'tailleurs' des pêcheurs bretons jusqu'aux îles Glénans.

    Une nouvelle épopée maritime et côtière commence au milieu du 19ème siècle, à une période où la grande pêche à Terre-Neuve décline pour les ports du Goëlo, en particulier Paimpol - avant que ne débute le nouvel 'Eldorado nordique' à Islande : l'épopée des Loguiviens en mer d'Iroise. Ces hardis marins vont s'aventurer jusqu'à l'Île de Sein et Belle-Ile-en-Mer à bord de petits canots creux de moins de 2 tonneaux et 12 pieds de long (4 mètres), après avoir constaté le dépeuplement de leurs fonds marins, à cause de la sur-pêche.

    Ce sont donc les Loguiviens qui vont faire figure de précurseurs pour la pêche à la langouste du Conquet à l'Île de Sein, à partir de l'année 185. Dâte à laquelle, Jean-Marie Le Guen, prend un rôle pour la saison de pêche auprès de l'inscription maritime du Conquet, pour armer son petit lougre de 1, 70 tonneaux. Yves Vidament s'installe l'année suivante à Molène et, en 1855, ce pêcheur 'nomade' entreprend de collecter les crustacés pêchés autour de l'archipel et de les livrer dans les ports de Basse-Normandie. En juin 1853, même scénario : Yves Le Goaster est autorisé à pêcher pour la saison au Conquet avec son canot creux, gréé en lougre et trois matelots pour équipage (Olivier Morvan, Jean Le Boeté et Guillaume le Goaster). En 1854, le flambart 'Bonne Nourrice', armé à Paimpol au petit cabotage (12 tonneaux) fait de nombreux voyages d'été entre Molène et Granville pour le transport des crustacés. En 1861, 15 familles de Paimpol s'installent au Conquet, des mariages sont célébrés. Les équipages sont très souvent des fratries. En 1872, Gendrot arme un flambart 'La Paix' à la pêche et au transport des familles loguiviennes vers les ports du Finistère et des crustacés au Conquet.

    En 1887, on signale dans le port de Loguivy-de-la-Mer 80 bateaux homardiers et langoustiers, gréés en bock (sloop aurique) ou en lougre-flambart (misaine et taillevent), armés par 200 marins. Une grande partie de cette flottille écume pendant 6 mois la chaussée de Sein et désarme l'hiver au Conquet, où les premiers viviers maçonnés sont construits dès 1860, et à Roscoff en 1863. L'ère des viviers et des réserves à poisson prospère grâce à l'arrivée du chemin de fer. Les premiers mareyeurs originaires de Ploubazlanec, Le Goaster et le Hegarrat, s'installent à Brest. Le développement du tourisme estival au tournant du siècle, contribuera lui aussi à la consommation des grands crustacés, de la côte trégorroise à Belle-Ile-en-mer. D'avril à novembre, un grand nombre de marins de Loguivy, accompagnés de leurs femmes et de leurs enfants émigrent pour les ports de la Bretagne sud.

    En 1890 une épizootie touche la langouste bretonne et met en péril cette pêche spécifique, alors que les pêcheurs trégorrois découvrent l'archipel des Scilly, les îles Sorlingues et en 1903 le plateau des Roches-Douvres, où abondent les grands crustacés. Au même moment, ce sont de nouveaux ports atlantiques qui vont se lancer dans la pêche et le négoce, en prenant le relais des Paimpolais. Camaret et Le Croisic développent leur commerce de mareyage avec l'Espagne.

    En 1898, le 'Saint-Pierre' et le 'Notre-Dame-des-Victoires' sont les derniers navires à se rendre à Sein. La même année, Yves-Marie Gendrot, arme le 'Cosmopolite', navire de 20 tonneaux pour aller pêcher sur le plateau de Rochebonne. Cependant, les Loguiviens vont poursuivre leur effort de pêche en Manche : en 1909, la flottille loguivienne totalise 107 navires, dont 43 langoustiers de plus de 10 tonneaux. L'ensemble du tonnage est de 802 tonneaux et sera porté à 1638 tonneaux en 1931, avant qu'une nouvelle crise décime la flottille et désertifie le port.

  • Extrait du témoignage de Augustine Cordir, 27 octobre 2008, complété par nos recherches en archives.

    De nombreux Loguiviens sont nés à l'Ile de Sein à la fin du 19ème siècle.

    François Corfdir naquit en 1900 à l'Ile de Sein et son frère aîné en 1895. Il possédait 'l'Auguste', son premier bateau, construit au Légué. Il a fait plusieurs campagne à Sein avant d'aller pêcher sur les côtes anglaises, avec comme équipage, François et Auguste Bechet et ses fils Louis et François. Le produit de la pêche était vendu à un mareyeur de Saint-Malo, Raphaël Samson et plus tard à Oulhen à Loguivy.

    La famille Fouquet de Sein est venu s'installer à Loguivy, après un mariage avec une fille Corfdir. Cette mixité s'est développée après bien des rixes et des conflits au début de l'arrivée des Loguiviens à Sein. En 1903, les Seinans construisaient leur église avec l'aide des Loguiviens.

    33 Loguiviens sont nés à l'Ile de Sein entre 1860 et 1906, dont 8 personnes originaires du quartier de l'Issue à Loguivy (hameau de pêcheurs). En 1861, 15 familles loguiviennes s'installaient au Conquet. En 1894, l'arrivée du chemin de fer à Paimpol permettait de rejoindre plus facilement ce port finistérien. En 1900, 1/10ème de la population du Conquet était composé de Loguiviens émigrés.

    De nombreux membres de la famille Le Bellec sont restés vivre au Conquet après avoir fréquenté l'Ile de Sein et son port d'hivernage du Conquet.

    Jean-Marie Le Bellec né le 17 juin 1871 à Ploubazlanec, profession marin pêcheur, fils de Jean-Marie Le Bellec et de Caroline Vidament, marié le 6 février 1898 à Marie-Joseph Le Calvez, né le 4 août 1873 à l'Ile de Sein, fille de Louis Joseph Rivic. Marie Le Bellec est née à Sein le 17 décembre 1898.

    Louise Mainguy, l'une des marchandes de poisson de Loguivy, née à Sein, allait vendre son poisson dans la campagne de Ploubazlanec avec un panier sur la tête, à la façon des Seinantes. A Sein, on a conservé le souvenir du passage des 'Paimpolais', puisque l'un des quais porte toujours le nom de 'quai des Paimpolais'.

  • Innovation dans la construction navale loguivienne

    Aux sloops demi-pontés et aux chaloupes gréées au tiers, va succéder un nouveau type de bateau, le langoustier de Camaret, grand cotre ponté à longue voûte, à cul de poule ou à cul carré, vers 1905-1906, puis le dundee, sloop à tape-cul, qui peut jauger jusqu'à 30-40 tonneaux, série de 1911, qui consacre en cette même année Camaret comme premier port de France pour la pêche des crustacés. Les grands sloops loguiviens, concurrents des Camarétois, souvent sortis des fameux chantiers Derrien, Chevert, Kerbiguet, Goasdoué, Laboureur, dans ce premier quart du 20ème siècle, se remarquent par leurs voûte élancée, leur grande quête d'étambot et le franc-bord arrière plus modéré, qui rend la manutention des casiers plus facile. Ces bateaux pontés et fortement tonturés sont tous équipés de viviers dans la cale percée de lumières, qui leur confère une stabilité de lest liquide et des mouvements plus doux, pour naviguer dans la houle ou dans une mer plus hachée et ramener leur cargaison vivante à bon port. L'étrave bien défendue et les fines coulées arrières leur permettent d'évoluer facilement autour des bouées pour relever les casiers à la voile et louvoyer dans les cailloux. Ils possèdent un brion carré, plus profond, une étrave droite, pincée, avec des entrées d'eau très fines, mais ils sont moins calant d'eau que les sloops camarétois et ont une gîte plus prononcée. Ces caractéristiques de forme de coque et de gréement (gréement de sloop avec un grand bout-dehors) font reconnaître le bateau homardier ou langoustier de Camaret ou de Loguivy de façon distinctive par rapport à d'autres bateaux de travail.

  • 20072210065NUCB : Archives départementales des Côtes-d'Armor, 4 num 1/25, Numplan 8.

Références documentaires

Bibliographie
  • CADORET, Bernard, DUVIARD, Dominique, GUILLET, Jacques, KERISIT, Henry. Ar Vag, Voiles au travail en Bretagne atlantique. Grenoble : Edition des 4 seigneurs, 1979.

    p.
  • LE BOT, Jean. Les bateaux de la Bretagne Nord aux derniers jours de la voile. Grenoble : Glénat, 1990.

    p. 135-36
  • LE BRUN, A. Le littoral de la France, du Mont-Saint-Michel à Lorient. Paris : Victor Palmé, 1884.

  • PALLIER, Yveline. La mer et les Jours. Catalogue de l´exposition présentée au Château de la Roche-Jagu, mai-octobre 1992. Saint-Brieuc : Presses Bretonnes, 1992. L'épopée des Loguiviens.

    p. 119
  • PRIGENT, Guy. Mémoire de la pêche. Rennes : Apogée, 2007.

  • PRIGENT, Guy, LEVASSEUR, Olivier. Faudacq. Rennes : Apogée, 2003.

  • PRIGENT, Guy. Gréements des Côtes d'Armor, La mer et les Jours. Catalogue de l´exposition présentée au Château de la Roche-Jagu, mai-octobre 1992. Saint-Brieuc : Presses Bretonnes, 1992.

    p. 146
Périodiques
  • CLOCHON, Jean-Pierre. Des Paimpolais en Iroise. In Le Chasse-Marée n° 20. Douarnenez : Editions Chasse-Marée, 1985.

    p. 52-63
Documents audio
  • CORFDIR, Augustine. Témoignage oral. Ploubazlanec, 27 octobre 2008.

    Témoignage oral
  • GOUT, Pierre, Jean Delanoy. Loguivy-de-la-Mer. Fiction, 20 mn, sonore, 35 mm, Paris, 1953.