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Bateau de sauvetage dit "Aimée-Hilda"

Dossier IM22005387 réalisé en 2006

Fiche

Dénominationsbateau de sauvetage
AppellationsAIMEE-HILDA
Aire d'étude et cantonCommunes littorales des Côtes-d'Armor - Perros-Guirec
AdresseCommune : Perros-Guirec
Lieu-dit : Ploumanac'h

Le canot de sauvetage, dit "canot tous temps" armé par 6 hommes, "Aimée-Hilda", insubmersible et inchavirable, a été construit en 1949 par le chantier P. Jouet de Sartrouville, le 17ème canot d'une série de 25 construits. Il a pris comme nom de baptême, les deux prénoms de ses marraines et généreuses donatrices Aimée Fournier et Hilda Gélis-Didot (pour le financement de sa construction).

Le canot fut baptisé en grande pompe pendant l'été 1950, en présence de l'évêque Courcoux et du maire de Perros-Guirec Joncour. En remplacement du canot "William Speer" (construit en 1936), il fut affecté et resta jusqu'en 1975 à la station de sauvetage des Hospitaliers Sauveteurs Bretons de Ploumanac'h, la Société Centrale de Secours au Naufragé, créé en 1865, devint la SNSM en 1967. Les principaux patrons du canot de sauvetage furent : "Jego", Joseph Le Goff, Dédé le Vot et Yves-Marie Perrin.

Le canot fut désarmé en 1975 et remplacé par le canot Jean Denoyelle, et vendu à des particuliers qui modifièrent le plan de la cabine, avant de le céder pour un franc symbolique en 1986 à la ville de Perros-Guirec. La ville fit restaurer une partie des œuvres mortes de la coque (le roof et ôter tous les aménagements ajoutés par la plaisance) au chantier Clochet de Plouguiel en 1991. La cabine vitrée de plaisance, qui avait été rajoutée, a été enlevée et le roof refait à l'identique, avec un portique neuf. Le roof a reçu un nouveau barrotage et un toit neuf. Des membrures en chêne ont été découpées et furent rajoutées aux bouchains.

Puis le canot resta quelques années dans le bassin à flot du port de Perros, servant de temps en temps de bateau de servitude (installation des barrages flottants lors de la marée noire du Tanio), avant qu'une association ne se créée en octobre 1995 pour le faire naviguer, après une nouvelle cure de jouvence (de 1995 à 1996). Les bénévoles de l'association relayés par les adhérents de l'association "Ar Gentilez" de Ploumanac'h se donnèrent comme défi de présenter la coque rénovée aux fêtes maritimes de Brest 99.

Le bateau fut transporté dans le hangar de M. Hignard à la Clarté, où la coque fut d'abord entièrement poncée, tous les aménagements démontés (dont la centaine de caissons étanches en cuivre, soudés à l'étain), et les deux moteurs Beaudouin de 27cv déposés. Ces moteurs furent ensuite déculassés pour le rodage des soupapes, le remplacement des segments, l'embrayage et l'échappement. Un moteur identique avait été donnée pour les pièces de rechange par Eliès de Carantec, en provenance d'un dragueur d'huîtres. Les plaques en bronze des dalots ont été refaites. Le bénitier qui supporte le gouvernail a été restauré à l'atelier. La première barre à roue (en bois), qui avait été volée a été remplacée par une roue en bois. Le fanal arrière a laissé la place à un puissant projecteur. La toile avec le cagnard pour s'abriter dans le cockpit a été remplacé par un panneau en contre-plaqué. Un mât en pin douglas devait compléter le gréement, dont le plan de voilure original avait été retrouvé ainsi que le plan de formes de la coque. Le navire retrouva ses couleurs d'origine et son mât de pavillon de la Société Centrale de Secours au Naufragé (SCN), en reprenant la mer en avril 1997. Il est armé en 5ème catégorie.

Il faut préciser que la population locale était très attachée à ce canot, dont les sorties en mer étaient rythmées par le pavillon noir hissé et les deux coups de canon, qui appelaient les marins au sauvetage. Le canot participait tous les ans au pardon de la chapelle Saint-Guirec aux fêtes religieuses de Ploumanac'h (illustrations : photos datées de 1954-55) et aux régates, où il sortait de son abri à pleine vitesse, en partant le nez en avant. Les commandes de gaz étaient dans la machine, ce qui nécessitait la présence du mécanicien et du patron pour manœuvrer le bateau en bonne coordination. Aujourd'hui, les manettes sont près de la barre à roue dans le cockpit. Pour renouveler cet usage des gens de mer, "Aimée-Hilda" fêta ses 50 ans en 1999, en renouant avec le pardon de Saint Guirec.

"Aimée-Hilda" est le dernier canot de sauvetage de ce type encore à flot en France. Ses deux sister-ships le canot "Jean Gouzard", premier de la série, construit en 1939 est conservé dans l'"Espace maritime", musée de Dieppe et le second "Cdt. L'Herminier" est "à laisser perdre" à Rouen. Le canot "Aimée-Hilda", (malgré quelques transformations), est aujourd'hui l'unique bateau de sauvetage de cette série en état de naviguer.

Période(s)Principale : 2e quart 20e siècle
Dates1949
Lieu d'exécutionCommune : Sartrouville
Auteur(s)Auteur : Jouet constructeur

Le canot de sauvetage "Aimée-Hilda" mesure 11, 50 mètres de coque pour 3, 20 mètres de large et 0, 95 mètre de tirant d'eau. La coque est construite en bois pour des raisons de solidité, d'élasticité et de légèreté de ce matériau, comparativement au métal. Elle est réalisée en bois moulé et croisé de 3 plis pour le bordage (acajou), dont un pli de toile huilée entre chaque pli, pour assurer l'étanchéité. Les membrures sont ployées et rivetées tous les 5 cm, avec un varanguage en métal, de même pour l'étambot, en chêne renforcé ; ce qui confère une certaine légèreté à l'ensemble, la quille est en chêne avec une quille rajoutée en fonte de 850 kg. Poids total : 10 tonnes allège et 11 tonnes en charge.

A préciser que le pont et les hiloires sont en plusieurs plis, hors le roof qui est réalisé en lattes de sapin. Le charpentier Yvon Clochet a rajouté des membrures découpées à la coque lors d'une restauration. Les 110 caissons étanches, qui font l'insubmersibilité du canot, prennent la forme de la carène. Le canot est aménagé avec un petit poste avant et un roof à l'arrière, avec une logeabilité très limitée, à cause de la place accordée aux machines. L'avant et l'arrière sont protégés par un pontage en dôme, doté d'un pare-lames et de mains courantes. Un passavant de chaque bord s'étend du pare-lames avant à celui de l'arrière, avec un garde-corps à l'extérieur équipé de chandeliers (appelés batajoles). Dans la partie centrale, délimitée par les passavants, le roof reçoit sur le devant le support du mât sur jumelles avec un taquet. Après le mât vient un cockpit, qui abrite la chambre des moteurs et un puits avec trappe, pour l'évacuation de l'eau embarquée. Pour la flottabilité, la coque est divisée en plusieurs compartiments étanches (contenant les caissons en cuivre rouge). Trois dalots et des trappes anti-retour sont disposés le long de la coque. Ces dalots très larges permettaient l'évacuation rapide de l'eau de mer. Ils sont réalisés en bronze (60 x 80 cm), à 2 volets avec un contre-poids sur les volets. Ils sont fermés aujourd'hui, remplacés par des tuyaux avec vannes. Le pompage s'effectuait par compartiment : les nables étaient ouverts pour vider le canot au sec. Le bateau dispose aussi comme gréement un mât de misaine, un aviron de queue avec dame de nage pour gouverner. Il est le dernier canot de sauvetage à avoir posséder un gréement. La voile au tiers était gréée sur un mât rabattable, avec une trinquette. L'homme de barre était sanglée et manœuvrait debout. Les jambettes en fer pouvaient se rabattre pour récupérer les naufragés, qui pouvaient s'accrocher à des "guirlandes". A l'origine, à la place du grelin de défense en coco, le canot disposait d'un gros bourrelet, bourré de capok enveloppé dans une toile de 20 cm de large, qui offrait une grande flottabilité. La motorisation comporte deux moteurs DB2 de 27cv, qui tournent dans le même sens, avec une hélice en tunnel (trappe de visite), ce qui ne rend pas le bateau facile à manœuvrer, avec en plus sa forme de coque très ronde. Le canot est très rouleur et inconfortable. Le moteur pouvait être lancé au sec dans le hangar pour le faire chauffer grâce à un circuit de refroidissement à eau douce. Deux caisses existaient à cet effet pour tourner en circuit fermé. La voile était très utile pour le stabiliser. La mise à l'eau se faisait sur un chariot (treuil à moteur), sur rail, où glissait la quille, avec un anneau à l'arrière sur l'étambot pour un largage rapide. Les bites d'amarrage sont très hautes.

Catégoriescharpente, patrimoine maritime
Structurescoque à bouchain arrondi entièrement ponté
Matériauxbois
Précision dimensions

l = 1150 ; la = 320

États conservations
Précision état de conservation

En état de naviguer.

Statut de la propriétépropriété de la commune
Intérêt de l'œuvreÀ signaler
Précisions sur la protection

Labellisé B.I.P. en 2015

Annexes

  • Historique du bateau de sauvetage "Aimée-Hilda" (synthèse d'après le témoignage rédigé de Bertrand Quéré) :

    Une association loi 1901, pour la conservation, la sauvegarde, la gestion et l'exploitation du canot de sauvetage de Ploumanac'h "Aimée-Hilda" a été créée à Perros-Guirec en octobre 1995.

    Le bateau de sauvetage "Aimée-Hilda" a été construit en 1949 aux chantiers Jouët de Sartrouville en région Parisienne.

    Après avoir descendu la Seine avec escale au Trait et à Honfleur, il a rallié Ploumanac´h le 3 septembre 1949.

    Il est le 17ème d´une série commencée avant la guerre.

    Il a succédé au bateau de sauvetage de la station de Ploumanac'h le "Félix William Spiers", disparu dans un incendie en 1944. Il a été financé grâce à la générosité de mesdames Aimée Fournier et Hilda Gélis, résidentes de Ploumanac´h. Elles en devinrent les marraines.

    La première opération de sauvetage eut lieu en février 1950, Aimée-Hilda ramena sains et saufs les trois hommes d´équipage de l´"Hirondelle", un goémoniers de Perros.

    Puis, ce furent 25 années de service, de sauvetages réussis, mais aussi malheureusement des sorties plus dramatiques comme la recherche de l´équipage du bateau "Diogène" de Douarnenez, disparu corps et biens.

    Une des sorties les plus longues (20 heures) par très mauvais temps, concerna le « Patrick-Brigitte » de Granville en panne de moteur au Triagoz.

    Aimée-Hilda écarta le chalutier des dangers au prise de plusieurs remorques cassées et ne put le ramener à Perros qu´avec l´aide du Pilote "Trémintin" de l´île de Batz.

    Le navire le plus gros qu´Aimée-Hilda assistera fut le "Marika", cargo Grec de 5000 tonnes faisant route de Agadir à Rouen, en avarie et mouillé entre les balises de la Horaine et du Taureau. Considérant la taille du navire, l´Aimée-Hilda ne se préoccupa que du sauvetage de l´équipage. Les opérations de remorquage furent tout d´abord menées par l´Escorteur « Le Basque », puis par le remorqueur Hollandais "Utrecht".

    En 1975 sonna l´heure de la retraite, Aimée-Hilda passera en plaisance puis sera cédée à la ville de Perros-Guirec

    D´importants travaux de coque furent réalisés au chantier Clochet à la Roche-Jaune (Plouguiel). Beaucoup de travaux restaient encore à faire et Aimée-Hilda fut désarmée sur bouée au port de Perros.

    En 1995, l´idée germa de refaire naviguer ce bateau. Les premiers contacts avec la mairie, appuyés par Marcel Le Normand, furent très positifs et une convention fut rapidement signée confiant Aimée-Hilda à une association.

    Le projet de restauration fut fortement soutenu par la population locale. De nombreuses personnes avaient encore le souvenir du signal d´alarme d´autrefois (coup de canon et pavillon noir au sémaphore).

    En décembre 1995, le bateau fut rentré à la Clarté dans un hangar prêté par

    Mr Hignard (Société des carrières).

    Le travail commença immédiatement, souvent ingrat, le vendredi soir, le samedi après-midi. L´aide de la mairie, de particuliers, d´entreprises fut déterminante.

    L´introuvable fut même trouvé, comme par exemple deux moteurs identiques aux moteurs d'origine du bateau, l´un offert par la station S.N.S.M. de l´île de Batz, l´autre par le chantier Eliès à Carantec.

    En avril 1997, Aimée-Hilda fut enfin remise à l´eau au cours d´une fête mémorable et a parcouru depuis pas un grand nombre de milles marins entre Le Légué et Douarnenez.

  • Le bateau de pêche, gréé en flambart "Henriette", coque pontée, longue de 8, 50 m, ex-maquereautier en Manche, arriva à Ploumanac'h en 1925. Il fut racheté par Yves Le Goff de Ploumanac'h et servi de bateau de sauvetage avec son moteur de 15 CV. Le pontage arrière était surélevé pour une meilleure visibilité avec un cockpit latéral.