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Abbaye Saint-Magloire (Léhon)

Dossier IA22009902 réalisé en 2006

L'abbaye de Léhon passe pour avoir été fondée dès le 9e siècle, autour de reliques de saint Magloire, évêque de Dol, dérobées à sa sépulture sur l'île anglo-normande de Serk. Après un rayonnement précoce, favorisé par l'existence d'un gué sur la voie romaine de Rennes à Corseul, les moines fuyant les Normands fondent Saint-Magloire de Paris. Ils reviennent au 11e siècle. Les premiers seigneurs de Dinan favorisent alors l’installation d'une foire et d’une petite agglomération que protège un château aménagé sur une roche dominant la Rance.

L'abbaye reconstruite était probablement elle-même fortifiée, comme l'indique Jean-Jacques Rioult dans le dictionnaire, guide du patrimoine de Bretagne. La restauration radicale des années 1890 a sauvé l'église de la ruine, mais elle a aussi modifiée la perception originelle de l'édifice. Les arcs mâchicoulis qui couronnent les deux premières travées de la façade sud n'apparaissent plus, de même que les arrachements de l'arc qui enjambait la façade occidentale. La partie inférieure de la façade ouest, inspirée de la façade de Saint Sauveur de Dinan, présente un intéressant exemple de décor de transition entre roman et gothique. La nef à un seul vaisseau témoigne des influences ligériennes, parti d'une grande nef unique couverte d'une voûte d'ogives bombée restituée par la restauration de la fin du 19e siècle. Au nord, le cloitre est reconstruit entre 1670 et 1674 par les mauristes ainsi que les bâtiments conventuels. Le réfectoire de la première moitié du 13e siècle, témoin majeur de la diffusion en Bretagne du gothique rayonnant, a retrouvé l'éclairage initial de ses baies ornées de vitraux contemporains de Gérard Lardeur. La chaire du lecteur et son escalier ont été intégrés, probablement au 14e siècle, dans le fenestrage. Du 14e siècle date également l'ensemble du décor mural peint du réfectoire.

Genre de bénédictins
Vocables Saint-Magloire
Parties constituantes non étudiées église
Dénominations abbaye
Aire d'étude et canton Projet de Parc naturel régional Rance-Côte d'Emeraude - Dinan Ouest
Hydrographies La Rance
Adresse Commune : Léhon

Les origines

850 (vers)

Fondation de l’abbaye Saint-Magloire de Léhon autour des reliques, de saint Magloire, évêque de Dol, dérobées à sa sépulture sur l’ile anglo-normande de Serk. Les moines remplacent leur église en bois par une construction en pierre due à un démantèlement d’un édifice antique proche.

975 (vers)

Après les invasions normandes l’abbaye royale est en ruines. Junan, abbé de Léhon, sauve les reliques qu’il présente à Hugues Capet. Elles seront à l’origine de la fondation de l’abbaye Saint-Magloire de Paris.

La reconstruction

1030

Les moines de Saint-Magloire de Paris reviennent à Léhon pour y relever les ruines du monastère qui devient simple prieuré. Hardouin est nommé prieur en 1030.

A partir de 1170

L’abbé Hervé de Marmoutier donne vingt deux mille sols pour parer aux réparations urgentes et nomme Geoffroy de Corseul, prieur conventuel de 1170 à 1187 pour diriger les travaux qui s’achèveront dans les décennies qui suivent.

13e siècle et 14e siècle

En l’absence de sources précises on ne sait pas quand s’achève la reconstruction de l’église. Le réfectoire est daté également par analyse stylistique de la première moitié du 13e siècle. Son décor mural est datable du 14e siècle. Vers 1365, la chapelle funéraire des Beaumanoir joint le chœur de l’église abbatiale au sud.

Le temps de la commende

1421

Construction du grand et du petit moulin dans les jardins du monastère.

1440

Raoul Pollo est le dernier prieur conventuel de Léhon, à cette date lui succède l’institution des prieurs commendataires, nommés par le roi.

1490

Grande fenêtre du chevet percé par Guillaume Guéguen, prieur.

1561

Jean de Hangest, prieur, fait reconstruire une infirmerie.

1628

Charles Bruslart de Sillery, prieur, fait rebâtir le portail intérieur du cloitre et réparer le dortoir. Ses armoiries, actuellement difficilement lisibles, sont apposées sur le porche d’entrée du jardin, qui sont de "de gueules à une bande d’or chargée d’une trainée de poudre de sable, accompagnés de cinq barillets de même".

1643-1654

Aménagement de terrasses autour de bâtiments pour les protéger des crues de la Rance.

Le grand cellier vouté en pierre situé sous le réfectoire est comblé. Un grand escalier en charpente est crée, diminuant ainsi le volume initial du réfectoire.

Le logis du prieur est transformé en buanderie et en infirmerie. En 1653 : Charles Bruslart conclu un concordat avec les moines : "le prieur commendataire se réservait les infirmeries, les salles hautes et basses appelées de Beaumanoir, le jardin de la pépinière et le colombier ; les religieux gardaient en propre le cloître, le dortoir, l’église, le réfectoire, la cuisine, les chambres des hôtes, le jardin du verger, le grand jardin et les écuries. Les deux cours restaient communes." Le prieuré comptait 25 moines.

1670-1674

Jean d’Estrade devient prieur. Il fait reconstruire le cloître, orner l’église ainsi qu’une partie des bâtiments conventuels. Il refait également le mur qui borde la rivière de Rance et réparer les dépendances du prieuré.

Le déclassement du prieuré

1720

Suppression de la mense prieurale de Léhon.

1767-1777

Le prieuré est fermé et confié à un intendant qui loge dans les anciennes chambres de l’hostellerie. En 1777, décret de suppression définitive.

1787-1788

Les bâtiments abritent trois compagnies du régiment de Penthièvre.

19 mars 1792

Acte de vente du prieuré comme bien national. Acheté par Joseph Bullourde.

1854

Telcide Duchemin et le docteur Pringué créent dans les bâtiments conventuels une filature industrielle de toile à voile.

La réhabilitation

09 mai 1881

Donation à la commune de l’abbaye par mesdames Marin-Carré-Kérissouët, nées Bullourde afin que l’abbatiale et la chapelle des Beaumanoir deviennent église paroissiale de la commune.

1885

A partir de 1885, le maire et l´abbé Fouéré Macé avec l´aide des frères hospitaliers de Saint Jean de Dieu entament le projet de restauration. Les voûtes d’ogives de l’église sont refaites à l’identique en calcaire des faluns des carrières voisines du Quiou et de Tréfumel.

1891

L’ancienne hôtellerie sert de salle de classe aux jeunes filles jusqu´en 1959.

08 juillet 1897

Consécration de l’abbatiale, sous la municipalité de Fernand le Fer de La Gervinais, en présence du recteur l’abbé Fouéré-Macé.

1931

Classement au titre des Monuments Historiques.

1956

Début des travaux à l’initiative de la municipalité sous la conduite des Monuments Historiques.

1962

Vitraux de l’atelier Daumont-Turmel dans l’église abbatiale.

1987 à 1991

Restaurations sous la direction des Monuments Historiques ; Création de vitraux contemporains dans le réfectoire par Gérard Lardeur.

2013

Projet de restauration et d’aménagement de l’hostellerie.

Période(s) Principale : limite 12e siècle 13e siècle
Secondaire : 13e siècle
Secondaire : 14e siècle
Secondaire : 15e siècle
Secondaire : 17e siècle
Secondaire : 19e siècle
Secondaire : 20e siècle
Secondaire : 21e siècle
Dates 850, daté par travaux historiques
975, daté par travaux historiques
1030, daté par travaux historiques
1170, daté par travaux historiques
1365, daté par travaux historiques
1421, daté par travaux historiques
1490, daté par travaux historiques
1561, daté par travaux historiques
1628, daté par travaux historiques
1643, daté par travaux historiques
1654, daté par travaux historiques
1670, daté par travaux historiques
1674, daté par travaux historiques
1739, porte la date

L’implantation

L’abbaye est édifiée au fond d´un vallon, lovée dans un méandre de la Rance et protégée par un éperon rocheux sur lequel se dresse une forteresse médiévale

L’organisation

Les plans du 17e siècle indiquent une organisation fonctionnelle autour de trois principaux espaces : le cloître, la 1ère cour et la 2ème cour. Autour du cloitre se situent, au sud : l’église abbatiale, à l’est : le bâtiment

conventuel et les dortoirs, au nord : le réfectoire, et à l’ouest : les offices. Autour de la 1ère cour subsistent, au sud : les anciens pressoirs transformés actuellement en mairie en face au nord, la boulangerie transformée depuis en habitation et séparée du bâtiment dit de « l’hostellerie ». La deuxième cour était encadrée de deux ailes perpendiculaires, à l’arrière de la boulangerie, l’une toujours en place était occupée par le logement du meunier, la deuxième aile a été détruite et n’est déjà plus mentionnée sur les plans cadastraux de 1811 et 1843. De vastes jardins clos de murs s’étendaient au nord et à l’est en bordure de la Rance. Un vaste colombier circulaire était placé à proximité des moulins à eau en activité jusqu’en 1842.

Le bâti

L’église abbatiale (se reporter à la notice sur l’église abbatiale).

Le cloître

Le cloître a été reconstruit par Jean d’Estrades entre 1670 et 1674. (Les plans de 1643 et 1654 présentaient des piles de sections irrégulières). Son couvrement a en partie disparu, hormis celui de l’aile ouest. Les piles carrées soutiennent des arcades sobres en plein cintre. Les bases et le sommet des piles sont ornées de simples moulures saillantes. Les arcades de la partie sud du cloitre sont interrompues par deux massifs contreforts en pierre de taille de granite datables de la construction de l’église.

Les bâtiments conventuels

L’élévation sur le cloître, à deux étages surmontés d’un étage de comble, a subi moins de transformation. Au droit des fenêtres, les élégantes lucarnes à fronton courbe ou triangulaire ponctuent la façade et forment les seuls ornements ostensibles. A l’origine les murs étaient recouverts d’un enduit. A son extrémité sud se trouve un escalier de pierre joignant le choeur de l´abbatiale aux deux étages de dortoir de ce bâtiment. Le rez-de-chaussée abritait les anciennes salles du chapitre, de travail et sacristie ainsi qu´un étroit couloir menant du cloître aux jardins. Un grand grenier était aménagé sous les combles.

Le réfectoire

Sous ce dernier existait un grand cellier qui a été comblé par les mauristes afin de limiter les inondations. Le réfectoire à grande salle sous charpente est éclairé de nombreuses baies rapprochées. Celles donnant sur le cloître se reconnaissent par leurs formes simples en arc brisé, tandis que celles du mur nord présentent un éclairage continu de baies rayonnantes à double lancettes. La chaire du lecteur et son escalier ont été intégrés dans le fenestrage et forment un appendice extérieur entre deux contreforts. Un triplet de baies, également de style gothique rayonnant, s’accorde ainsi à l’ensemble et rompt avec hardiesse le rythme binaire des ouvertures. Le volume initial du réfectoire a été réduit lors de la construction à l’est du grand escalier de charpente. Un décor mural peint à l’ocre rouge présente des colonnettes gothiques en trompe l’œil et un faux appareillage parsemé d’un décor végétal et de fleurs. La restauration du réfectoire, sous la direction des Monuments Historiques, s’est achevée par la création de vitraux contemporains de Gérard

Lardeur évoquant des chevaliers en cotte de maille.

Le chartrier

Détaché du bâtiment conventuel se situe dans le jardin, une tour carré en ruines qui aurait servie de prison et de salle d’archives pour son niveau supérieur.

"L’hostelerie"

Le bâtiment des hôtes se situe dans le prolongement du réfectoire. La façade sur le jardin présente une lucarne de même style que celles des bâtiments conventuels reconstruits par Jean d’Estade entre 1670 et 1674. Une aile en retour d’équerre était accolée à ce bâtiment. Un projet de restauration est à l’étude afin d’agrandir les locaux de la mairie.

Les dépendances et communs

Le bâtiment des pressoirs a changé a plusieurs reprises d’affectation. Il se signale par son portail d’entrée à bossage, son fronton triangulaire orné d’armoiries. La porte située à proximité du portail est surmontée d’une pierre sculptée datée 1739. La mairie occupe actuellement ce bâtiment. La boulangerie qui lui fait face a été convertie en habitation particulière. Plusieurs ouvertures chanfreinées indiquent une construction ancienne du 16e ou du début du 17e siècle. La maison du meunier qui borde la place actuelle de parking présente des dispositions anciennes, porte en plein cintre murée. Elle a été transformée à la fin du 19e siècle, ajout d’un fronton en façade et d’un auvent en bois protégeant une nouvelle entrée.

Murs granite
Étages 1 vaisseau
États conservations remanié, restauré
Statut de la propriété propriété de la commune
Protections classé MH, 1931/09/30
Précisions sur la protection

L'église, le bâtiment conventuel, la chapelle, la sacristie, le réfectoire et la porte de l'ancienne église paroissiale située dans le cimetière sont classés Monuments Historiques par liste en 1875, puis par arrêté du 30 septembre 1931.

Annexes

  • Les tutelles

    Les Tutelles :

    - Vers 850 : fondation du monastère sous la règle de Saint Benoit

    - Au 11e siècle: dépend de l’abbaye Saint-Magloire de Paris

    - En 1181 : Léhon devient un simple prieuré rattaché à l´abbaye de Marmoutier.

    - En 1603 : Léhon devint un centre actif de la Réforme bénédictine en Bretagne

    - En 1628 : rattachement à la congrégation de Saint-Maur

    - Le 6 juillet 1766 : Louis XV publie un arrêté par lequel il ordonne à la congrégation de Saint Maur de régler la résidence des religieux en les regroupant afin que chaque couvent soit habité par au moins dix religieux.

    Fermeture de Léhon le 24 mai 1767.

    - En 1772 : Jean Rimoneau est nommé par Marmoutiers, régisseur.

  • Notice "Journées du Patrimoine 2015"

Références documentaires

Documents d'archives
  • Dossier documentaire, Léhon (A. Conservation Régionale Monuments Historiques).

Bibliographie
  • GESLIN DE BOURGOGNE J. & BARTHELEMY A. de, Anciens évêchés de Bretagne, histoire et monuments, Saint-Brieuc-Paris, Guyon-Dumoulin, 1855-1879, vol. 4.

    p. 314-369.
  • LA BORDERIE A. le M. de, Miracles de saint Magloire et fondation de Léhon textes inédits, latins et français avec notes et commentaire historique, Rennes, Plihon et Hervé, 1891.

  • FOUERE-MACE abbé, Le prieuré royal de Saint-Magloire de Léhon, Rennes, H. Caillière, 1892.

  • FOUERE-MACE abbé, Eglise abbatiale de Léhon, Paris, Piquoin, 1888.

  • FOUERE-MACE abbé, Les vitraux de l´église abbatiale de Léhon, Rennes, M. Caillière, 1897.

  • PICARDA Françoise. Léhon entre Rêve et Rance. Maury imprimeur : Léhon, 1997.

  • PEROUSE DE MONTCLOS, Jean-Marie (sous la direction de). Dictionnaire, guide du patrimoine, Bretagne. Editions du patrimoine. Paris. 2002.

Périodiques
  • MONNERAY C. de, Essai sur l´histoire de l´architecture religieuse en Bretagne pendant la durée des XI et XIIe siècles, in : BAAB, 1849.

  • LA BORDERIE A. le M. de, Fondation de l´abbaye de Léhon, Revue de Bretagne, de Vendée et d´Anjou, n° 10, 1888.

    p. 241-257.
  • FOUERE-MACE abbé, Les pierres tumulaires de l´abbatiale de Léhon, BAAB, 3ème série, T. XVII, Saint-Brieuc, 1898.

Liens web