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Abbaye Notre-Dame-du-Nid-au-Merle, rue de l'abbaye (Saint-Sulpice-la-Forêt)

Dossier IA35010811 réalisé en 2001

Fiche

Œuvres contenues

Parties constituantes non étudiées chapelle, moulin
Dénominations abbaye
Aire d'étude et canton Ille-et-Vilaine - Liffré
Adresse Commune : Saint-Sulpice-la-Forêt
Lieu-dit : l' Abbaye
Adresse : rue de l'abbaye
Cadastre : 1826 section unique 1e feuille 173, 74, 175, 261, 262, 263, 265, 266, 267, 269, 270, 274, 277, 280, 282, 283, 284, 285, 286, 287, 288, 289 1989 A1 189, 193, 194, 198, 199, 201, 202, 214, 215, 216, 218, 219, 849, 850, 852, 863, 864, 1444, 1445, 1446, 1447
Fondée au début du XIIe siècle sur une terre ducale par l'ermite Raoul, disciple de Robert d'Arbrissel l'abbaye de Saint-Sulpice essaime rapidement d'une trentaine de prieurés en Bretagne et dans la vallée de la Loire en moins d'un demi siècle. L'ensemble monastique originel reprend la constitution originale du moûtier de Fontevrault : un monastère double dirigé par une abbesse auquel était annexé un prieuré d'hommes dits frères Condonats et sans doute d'autres prieurés de moniales. Un champs dit de la Magdeleine, atteste probablement de l'existence d'une léproserie, tandis que les chapelles disparus de Saint-Nicolas et de Saint-Joseph étaient vraisemblablement les églises conventuelles de ces établissement secondaires. Les vestiges de l'abbatiale demeurent les seuls témoins de l'époque de la fondation, conservés sans doute avec la vénération qui entoure les lieux consacrés, d'autant que les dépouilles de saint Raoul et de son compagnon Aubert y reposaient Les bâtiments conventuels ont sans doute été remis au goût du jour à plusieurs reprises. L'abbesse Guillemette de Taillis fait ainsi réédifier la porterie du monastère en 1423, tandis que Marguerite d'Angennes, abbesse de 1609 à 1662 entreprend la reconstruction du cloître et des bâtiments qui le bordent, dévastés par un incendie en 1556, et derechef en 1651. L'oeuvre de cette réformatrice sévère est encore visible pour partie : l'aile ouest du cloître, l'infirmerie et la partie est de la porterie avec le pavillon.

Xavier Gilbert, Olivier Guérin, Inventaire préliminaire, 2001.

Ancienne abbaye de bénédictines.

L´abbaye à ses débuts était un établissement double, abritant une communauté de femmes et une communauté d´hommes établie à environ 500 mètres de la première. Les moniales et frères condonats étaient placés sous l´autorité de l´abbesse. Au 14 ou 16e siècle, la communauté d´hommes disparaît. Notre-Dame du Nid-au-Merle est l'une des quatre abbayes féminines que comptait la Bretagne à l´époque médiévale avec celles de Saint-Georges à Rennes, Locmaria à Quimper et la Joie à Hennebont. Rattachées à l´ordre de Fontevrault, les moniales suivaient la règle bénédictine. A quelques centaines de mètres du bourg actuel, l´ancienne abbaye borde la route menant à Liffré. Cet établissement religieux fut fondé en plein coeur de la forêt rennaise. Les anciens bâtiments conventuels sont aujourd´hui occupés par l´association les Papillons Blancs. Etant donné les destructions d´archives occasionnées par les incendies dont eut à souffrir l´abbaye, nous ne conservons pas d´acte de fondation. Les historiens ont ainsi fourni plusieurs hypothèses, Dom Anger plaçait la fondation en 992 lorsque Conan Ier régnait sur la Bretagne. Dom Morice proposait quant à lui la date de 1115. A. de la Borderie la fixait en 1120. Il est impossible de trancher entre ces différentes propositions. On sait par contre de manière certaine qu´en 1117 l´établissement était fondé puisque une charte datée de cette même année atteste de multiples donations d´églises et prieurés faites à l´abbaye nouvellement fondée. C´est en ce début de 12e siècle que deux des compagnons de Robert d´Arbrissel, Raoul de la Fustaye et Aubert quittent leur monastère de Saint-Jouin de Marne dans le Poitou pour venir fonder sous la règle fontevriste l´abbaye de Saint-Sulpice ou Nid de Merle. Le nouvel établissement suit donc le modèle adopté à Fontevrault, c´est-à-dire qu´il existait à Saint-Sulpice deux monastères distincts, l´un pour les femmes, le second pour les hommes ou frères condonats. Ces deux communautés étaient distantes d´environ 500 mètres et les moines étaient établis au lieu dit la Butte aux moines. Les deux communautés étaient placées sous l´autorité de l´abbesse et les hommes ainsi soumis aux religieuses. Ces deux communautés suivaient la règle de Saint-Benoît. On ne conserve aujourd’hui aucune trace matérielle de l´existence du monastère masculin. L´abbaye est placée sous la protection des ducs Conan III et IV qui contribuent à la prospérité de la communauté par de nombreuses donations. Les possessions de Saint-Sulpice s´étendaient en Bretagne, Pays de Loire et jusqu´en Angleterre. A partir du 14e siècle l´abbaye connaît des difficultés, à commencer par les conséquences néfastes de la guerre de succession de Bretagne. L´abbaye est détruite puis pillée à plusieurs reprises. Les moniales n´échappent pas non plus à l´épidémie de peste noire de 1583, qui les oblige même à quitter le monastère durant un certain temps. Par la suite, ce sont les incendies à répétition qui posent souci aux religieuses. En 1556 un premier feu détruit les bâtiments ; en 1616 une tempête endommage l´église. En 1651 un second incendie ruine à nouveau les bâtiments n´épargnant que l´église abbatiale. Enfin, en 1701, l´abbaye affronte un ouragan puis un nouvel incendie source de problèmes financiers importants pour la communauté. La réforme Mauriste est introduite à Saint-Sulpice par l´abbesse Marguerite d´Angennes au 17e siècle. Cette dernière participe également à la restauration complète des bâtiments. Suite à la Révolution, les religieuses sont contraintes de quitter l´abbaye mise en vente en 1792. Puis se succèdent de nombreux propriétaires et, au cours du 19e siècle, le monastère sert de carrière de pierre. C´est en 1970 que l´association Les Papillons Blancs rachète l´ensemble des édifices puis cède en 1989 les ruines de l´ancienne abbatiale au Conseil Général d´Ille-et-Vilaine. Une première inscription à l´inventaire supplémentaire des Monuments Historiques a lieu en décembre 1926 concernant les vestiges de l´abbaye. La chapelle Notre-Dame-sur-l´Eau est classée en 1992, les vestiges de l´église et les sols de celle-ci et de l´ancien cloître sont également classés en 1993. Notons enfin qu´une campagne de fouilles s´est déroulée sur le site en 1982 et que durant plusieurs années une importante campagne de consolidation et de restauration des vestiges de l´ancienne abbatiale a été menée sur le site, aujourd’hui ouvert au public. De l'époque médiévale on conserve les ruines de l´ancienne abbatiale datée du 12e siècle ; la chapelle Saint-Raoul qui lui est accolée au Sud du transept ; la porterie du 15e siècle ; un moulin banal de la fin 14e début 15e siècle ainsi que la chapelle Notre-Dame-sur-l´eau du 15e siècle. D´autres bâtiments monastiques sont encore en place aujourd’hui mais datent des 17 ou 18e siècle : il s´agit d´un pavillon situé à l´est du bâtiment de la porterie et de l´ancienne infirmerie servant de locaux à l´association.

Mélanie Cros, Enquête thématique régionale, 2006.

Période(s) Principale : milieu 12e siècle, limite 14e siècle 15e siècle
Principale : 1er quart 15e siècle , porte la date
Principale : 1er quart 17e siècle
Secondaire : 1er quart 19e siècle
Dates 1423, daté par travaux historiques
1617, daté par travaux historiques
1809, daté par travaux historiques
Auteur(s) Auteur : Angennes Marguerite d', auteur commanditaire, signature
Auteur : Taillis Guillemette de, auteur commanditaire, signature
Auteur : d'Anjou Ermengarde,
Ermengarde d'Anjou

Duchesse de Bretagne


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auteur commanditaire, attribution par source
Auteur : Milon Jeanne, auteur commanditaire, attribution par source

L´église fut construite au Sud de l´ensemble monastique, le cloître la bordait sur son flanc Nord et les différents bâtiments conventuels s´organisaient autour de celui-ci.

Mélanie Cros, Enquête thématique régionale, 2006.

L’ensemble abbatial ne nous est pas parvenu dans son intégralité. Une grande majorité de ses bâtiments conventuels ont été réédifiés au cours de la période moderne ou ont tout simplement disparu. Il ne reste aujourd’hui qu’une partie du cloitre et de la salle capitulaire, datés du XIIe siècle, ainsi que les édifices qui étaient réservés au chapelain et à l’abbesse, du XVIIe siècle. L’aspect originel du monastère est donc difficile à appréhender. Le site abbatial ne comporte aujourd’hui que quelques bâtiments conventuels, datant de la fin du Moyen Age et de la période moderne, et les ruines de l’église datées du XIIe et du XVIIe siècle. Des bâtiments abbatiaux, il ne reste que l’infirmerie, une partie du cloitre, un pavillon, le portail d’entrée, une ferme et un moulin. La chapelle Notre-Dame-sur-l’Eau, faisant partie du patrimoine de l’abbaye, n’est plus qu’une coquille vide et son état de conservation est préoccupant.

L'infirmerie, formée d’un seul corps de bâtiment, en retour d’équerre sur le bâtiment principal, est construite en pierre et couvert d’ardoise. Aujourd’hui, elle abrite un Institut Médical d'Educatin-on. Le bâtiment comprenait un rez-de-chaussée, deux étages et des combles avec mansardes. Sa façade principale était orientée au sud, donnant sur un jardin. La façade nord a été modifiée depuis le départ des religieuses. Plusieurs petits corps de bâtiment ont été accolés à l’édifice principal. Ce bâtiment était constitué au rez-de-chaussée d'une cuisine à l’ouest, suivi d’un escalier et d’un cabinet. Vers l’est se trouvaient une pièce servant d’infirmerie, unc orridor la séparait de la salle servant de bûcher, au bout oriental. Le premier étage comprenait une chambre à l’ouest au-dessus de la cuisine et une autre pièce servant d’infirmerie à l’est, un corridor de dégagement à sa suite. Deux chambres pour l’infirmerie composaient le second étage. Un cabinet d’aisance se développait depuis le bas jusqu’en haut de l’édifice, faisant saillie sur la façade nord. Un jardin se développait au-devant de ce bâtiment et jusqu’à la façade occidentale du dortoir.

Au sud de ce petit jardin se trouvait le cloître, formant un rectangle. L’aile orientale était enclavée dans le bâtiment principal; l’aile sud courait le long de la nef de l’église abbatiale. Les ailes du cloître étaient à l’origine formées d’arcades en plein cintre retombant sur des doubles colonnettes, une base d’arcade en témoigne : le départ des deux colonnettes est encore visible. Il est probable que ces colonnettes aient porté des chapiteaux. Bien que l’aile occidentale ait subsisté – occupée actuellement par le réfectoire de l’institut – les arcades aujourd’hui en place ont été largement modifiées au XVIIe siècle, sous l’abbatiat de Marguerite d’Angennes. Les arcades en plein cintre reposent alors sur des piliers carrés. Les galeries claustrales faisaient onze pieds de largeur, le sol était pavé de carreaux de terre cuite. Le cloître, placé au centre du complexe abbatial, permettait aux religieuses d’accéder au bâtiment principal. Elles empruntaient alors la porte de l’aile est qui menait directement à la salle du chapitre. Pour accéder à l’église abbatiale, le passage se faisait par la porte située au bout occidental de la nef. La galerie sud menait également au noviciat, situé contre la façade occidentale de la nef, comprenant une sacristie et un parloir. Une cour se trouvait de l’autre côté de l’aile ouest, utilisée par les domestiques et les ouvriers. Cette partie du cloitre était close mais une porte dans le coin nord-ouest en donnait l’accès. Un jardin occupait le centre du carré claustral.

L’église abbatiale, présentant un plan en croix latine296, était enclavée entre le bâtiment principal et le cloître au nord, et le noviciat à l’ouest.

Le pavillon s’appuyait sur le pignon occidental du noviciat aujourd’hui disparu. Il se composait d’un rez-de-chaussée et de deux étages. De plan carré, il mesurait 18 pieds de chaque côté. En-dessous de cet édifice se trouvait une cave qui se prolongeait le long de l’aile occidentale du cloître, jusqu’au milieu de celle-ci. Le rez-de-chaussée était composé d’un petit appartement servant de parloir et d’une cage d’escalier. Le premier étage comportait une chambre placée au-dessus du parloir et un corridor de dégagement pour communiquer aux greniers en entresol du bâtiment voisin, le noviciat. Une autre chambre composait le second étage, un corridor de dégagement conduisait aux deux chambres du noviciat. Deux fenêtres hautes ouvrent au nord, six au sud. Il a été édifié au XVIIe siècle, après le raccourcissement de la nef. Toujours visible aujourd’hui, il sert à présent de cuisine pour l’institut Il devait servir pour les pensionnaires.

Vers l’ouest et à la suite du pavillon était un autre corps de logis, de la premièremoitié du XVe siècle. Construit en pierre et couvert d’ardoise, il faisait 24 pieds de largeur du nord au sud et 85 pieds de longueur de l’ouest à l’est. Du côté ouest de la porterie, au rez-de-chaussée, se trouvaient deux appartements dont l’un était divisé en deux par une cloison et servait de débarras. Du côté est se trouvait une autre pièce servant de saloir. L’abbesse aurait logé au premier étage. Celui-ci était composé à l’ouest d’une chambre et d’un cabinet. Ce dernier, précédé d’une antichambre, était utilisé comme parloir par l’abbesse. A la suite vers l’est, un petit cabinet, la chambre de l’abbesse et un autre petit cabinet. Les combles servaient de greniers. Le bâtiment a subsisté mais a subi certains changements. Le passage, qui permettait de passer dans la cour à l’intérieur du monastère, a été comblé d’un mur de pierre, une fenêtre y a été ensuite percée. Les deux fenêtres de chaque côté du portail sur la face sud ont été agrandies ; une autre a été ouverte au-dessus, empiétant sur l’arc brisé du portail, et deux portes ont été ajoutées à gauche et à droite du passage, celle à gauche portant sur son linteau la date de 1809. La façade occidentale possédait auparavant deux grandes fenêtres qui ont été obstruées par un mur en moyen appareil, une base de fenêtre est encore visible. Le portail d’entrée est formé d’un arc brisé à deux voussures qui retombent sur de fines colonnettes engagées reposant sur un socle. La colonnette placée vers l’intérieur du bâtiment supporte quant à elle une moulure qui souligne le tympan en un arc surbaissé. Ces six colonnettes sont surmontées de petits chapiteaux, par groupe de trois de chaque côté, ornés d’un motif végétal. Seuls deux d’entre eux (à gauche) proposent le même motif : des feuilles à longues tiges sont intercalées avec des feuilles de plus petite taille. A droite, les chapiteaux possèdent un décor de feuilles plus stylisées : de grosses feuilles remplissant l’ensemble de la corbeille pour le premier, des feuilles à longues tiges très épurées pour le second et un feuillage exotique pour le troisième. Un fin cordon au-dessus des corbeilles vient faire le lien entre les chapiteaux de chaque côté du portail. L’astragale, très épais, offre deux versions différentes : une moulure biseautée ou formée de deux cordons. Des masques sont également sculptés entre les premier et deuxième chapiteaux dans un espace correspondant à l’interstice des voussures. Le personnage représenté à gauche est barbu, sa barbe est figurée par quatre rainures verticales et courbes. Les yeux sont globuleux, les lèvres charnues, donnant à l’ensemble un aspect schématique. Le second masque à droite présente des traits moins marqués dans la pierre : les yeux sont grands, la bouche ouverte laisse apparaitre la dentition, la pierre sous le menton pourrait signifier une barbe. Le thème végétal est souvent repris dans le décor sculpté de l’abbaye et offre ici différentes manières de représenter un même motif. Bien que ce portail ait été exécuté au début du XVe siècle, la sculpture garde un archaïsme certain. Le tympan est sommaire et ne porte d’autre décoration que les armes de l’abbesse à l’origine de la construction de ce bâtiment, Guillemette de Taillis. Ses armoiries, martelées à la Révolution, présentaient un parti d’azur et d’or à un lion dressé de l’un en l’autre, soutenu par une crosse d’évêque posée en pal. Ces armes sont entourées d’une inscription indiquant la date de construction de ce portail : « L’an MCCCCXXIII dae G de Talie fist faire ceste port ». Un cadran solaire a également été ajouté sur ce tympan, les chiffres romains marqués en rouge sont encore visibles. Ce portail est lui-même placé dans une sorte d’encadrement, formant un double arc brisé. Ce passage devait être voûté en berceau ou en berceau brisé à l’origine. L’essentiel du décor de cet édifice se trouve sur cette façade sud, le mur nord en est totalement dépourvu, quelques fenêtres ont été ouvertes dans sa partie supérieure.

D'après des sources datées de 1790, relatant l'inventaire de l'abbaye suite à sa vente, nous avons connaissance d'autres bâtiments, aujourd'hui disparu. Ainsi, l'abbaye comptait un dortoir ou bâtiment communautaire, une laverie, un noviciat, plusieurs logements (pour les ouvriers, les domestiques, les chapelains, les domestiques), des greniers, une grange, une boulangerie, une boucherie, et d'autres bâtiments annexes dont on ignore la fonction.

Murs grès
schiste
poudingue
granite
enduit
moellon
pierre de taille
Toit ardoise
États conservations vestiges

Données complémentaires architecture IP35

HYPOI sans objet
HYPOE éclaté
MURS1 enduit ; grès ; schiste ; poudingue ; granite ; moellon ; pierre de taille
SCLE1 milieu 12e siècle ; 1er quart 15e siècle ; 1er quart 17e siècle
IAUT sans objet
ICHR typicum
IESP typicum région ou pays
ICONTX intégré
SEL sélection requise
Statut de la propriété propriété du département
propriété d'une association
propriété privée
Protections inscrit MH, 1926/12/15
classé MH, 1993/09/09
classé MH, 1994/04/29

Annexes

  • Eglise abbatiale

    "En 1921, je la vis encore, bien que déjà ruinée depuis 1789, reconnaissable dans ses grandes lignes...Les dégâts se sont considérablement accentués depuis.

    Il restait alors : le carré du transept - à peu près seule survivance actuelle avec quelques pans de mur - le croisillon sud complet et le mur est du croisillon nord avec son absidiole, le mur sud de la nef, remanié au XIIIe siècle, et la façade, également retouchée à cette époque. Le choeur avait une abside en hémicycle du même modèle que les absidioles des croisillons. Il comportait des colonnettes engagées dans des massifs quadrangulaires.

    Dans l'angle nord du carré, entre choeur et abside, subsiste la tourelle de l'escalier à vis montant à un clocher de transept, probablement en charpente, dont les sommiers de bois reposaient sur des corbeaux de pierre encore visibles à la hauteur des chapiteaux des colonnes engagées aux quatre angles. Il y avait donc un plancher et non une voûte au dessus du carré.

    Dom Anger, qui a publié une histoire de cette abbaye et édité son cartulaire, parle de l'incendie de 1556, qui détruisit ce clocher de charpente. Il avait déjà nécessité en 1229 un grosse réparation. L'abbesse passe en 1557 un marché pour la reconstruction du clocher de charpente, en forme de dôme quadrangulaire, qui devra dominer de 50 pieds.

    Les quatre arcades en plein cintre du carré sont formées par une double archivolte de claveaux soigneusement appareillées de granit et se schistes alternés, ce qui produit un jeu de couleur analogue à celui de la chapelle du château de Vitré. Le rouleau interne retombe sur des colonnes engagées couronnées de chapiteaux à décoration simple : crossettes entre-croisées formant volutes aux angles, feuilles plates, dents de scie, billettes etc.

    Les tailloirs son frustes (bande et biseau), sauf l'un d'eux où une série de billettes est surmontée d'une grecque. Les bases, usées par le temps, sont en forme de troncs de cône profilés de tores superposés.

    Les croisillons étaient peu saillants et très larges ; à l'est de chacun d'eux une absidiole assez profonde était éclairée par trois fenêtres ébrasées et épaulées par des contreforts plats. A la base du mur de fond du croisillon se trouvait une porte en plein cintre communiquant avec une petite sale voûtée en berceau qui aurait été le lieu de sépulture des abbesses.

    Au-dessus des absidioles le mur du croisillon était percé d'un oeil-de-boeuf. Le mur sud de la nef présentait deux gros contreforts non romans dont l'un porte la date 1617. La maçonnerie était un blocage de granit et schiste mélangés ; mais tous les arcs et les supports étaient en grand appareil. Le mur de la façade avait dû être remanié au XVIIe siècle.

    La nef était sans collatéraux et d'une longueur réduite par rapport à celle du transept et du choeur, comme il convenait à une église conventuelle, où la place réservée aux fidèles hors de la clôture est peu importante.

    Tout dénote, dans ce monument, la fin du XIIe siècle, en particulier la perfection technique de son appareil et l'harmonieuse simplicité de son ordonnance, auxquelles l'influence de Fontevrault, la maison-mère, peut bien, au surplus, n'avoir pas été étrangère."

    Roger GRANDL'art roman en Bretagne. Editions A. et J. Picard et Cie, Paris, 1958, p. 452-453.

  • Ferme et métairies de l'abbaye [A.D. Ille-et-Vilaine, série 1Q 897]

    La ferme du bourg et les métairies du Feuillet (le Fayet), de Landrot (Landrotte), de la Hamonais (la Hamonnais) et de Champie (Chantepie) sont décrites dans un document rédigé le 14 mai 1790 par Cuisnier, maire de Saint-Sulpice. Elles appartenaient à l'abbaye de Saint-Sulpice avant la Révolution.

    La ferme du bourg est aussi décrite dans un procès-verbal d'estimation du 17 novembre 1790, où on la nomme "grande auberge de Saint-Sulpice", ce qui est vraisemblablement plus correct. En effet, elle se composait d'une cave, d'un salon, d'une cuisine, d'un cellier, de chambres et de cabinets, et d'un passage charretier fermé de chaque côté. La halle-grange, contenant deux pressoirs, est donnée comme une dépendance, tout comme le fournil-écurie-geôle à côté. L'importance de ses bâtiments et leur relative richesse, notamment la pierre des solins, témoigne des moyens mis en oeuvre par les propriétaires. Ces trois édifices sont toujours en place. L'auberge "A l'Ecu de France" a été remaniée, et les colombages sont cachés par un enduit épais. De même, la dépendance, de l'autre côté de la rue, a été modifiée pour êtretranformée en totalité en écurie, aux dépens du fournil et de la geôle. La situation en bourg et l'activité d'auberge justifiait sans doute le statut de ferme plutôt que celui de métairie, car les revenus en nature devaient être moindre.

    Les métairies du Feuillet, de Landrot, de la Hamonais étaient situées à proximité de la route de Saint-Denis (vers la forêt), tandis que celle de Champie dépendait directement de l'abbaye toute proche. De nombreux traits évoqués dans le texte de 1790 les rapprochaient. Les matériaux d'abord : terre sur solin de pierre et couverture en ardoise pour le bâtiment principal, terre et couverture en paille pour le refuge à porcs. En ce qui concerne l'organisation, les bâtiments étaient bâtis autour d'une cour qu'ils fermaient sur deux côtés au moins. Toutes les métairies avaient au moins une étable et une grange comme dépendances. Par ailleurs, presque tous les logis avaient un grenier et les étables avaient un fenil. De plus, la façade du bâtiment principal était toujours à l'est ou au sud. Cette organisation se retrouvait dans la plupart des fermes de la région, même si les bâtiments semblaient ici plus vastes que la moyenne. Toutes les métairies étaient entourées de plusieurs jardins, de nombreux prés, de bois et futaies, de diverses landes, etc. On peut ajouter que chacune des métairies n'abritait apparemment qu'un seul ménage, c'est-à-dire six personnes en moyenne (voir le recensement de 1846).

    En revanche, on peut noter que la métairie de la Hamonais était plus riche, car elle possèdait deux étables, une cave et surtout une chambre avec cheminée, au-dessus de la cave, surplombée d'un grenier, soit trois niveaux superposés. De plus, sa grange était construite en pierre, ce qui était fort rare dans la région. Celle de Landrot, à l'inverse, se rapprochait de la métairie simple et classique, avec une demeure, une pièce de décharge et une étable sous le même toit, avec un refuge à porcs en appentis et seulement une grange dans la cour. Dans la métairie du Feuillet, tout était dédoublé : deux pièces pour la maison principale, deux étables, deux refuges à porcs, et une vaste grange : on peut penser que deux familles vivaient là. Une autre particularité résidait dans la présence d'un étage de combles servant de grenier : il était rare de trouver trois niveaux dans une métairie, et ceci prouve une fois de plus la richesse de l'abbaye. Quant à Champie, sa particularité était de posséder une très longue grange (60 pieds, soit 20 mètres), plus longue que le bâtiment principale (demeure, pièce de décharge, étable) et surtout une écurie, dépendance rare dans les exploitations agricoles de la région, à cette époque ; ceci est aussi un signe de la richesse de l'abbaye à cette époque, cause et conséquence de la richesse de ses métairies.

    Ces métairies ont généralement été remaniées au 19e siècle, en particulier les étables, adaptées aux évolutions de l'agriculture à cette époque (spécialisation, modernisation). Cela est visible dans la forme des ouvertures, dans l'utilisation de la brique autour de ces ouvertures, etc. Il en a été de même à notre époque, mais cela s'est fait sentir plutôt par la construction de dépendances agricoles modernes, sans modifications importantes des édifices anciens.

    Erwan LE TEXIER.

  • 20013508421NUC : Archives départementales d'Ille-et-Vilaine

Références documentaires

Bibliographie
  • BANÉAT, Paul. Le Département d'Ille-et-Vilaine Histoire Archéologie Monuments. Rennes : Librairie Moderne J. Larcher, 1927-1929.

    t. 4, p. 151-155
  • GRAND, Roger. L'art roman en Bretagne. Paris : Editions A. et J. Picard et Cie, 1958.

    p. 452-455
  • OGÉE, Jean-Baptiste. Dictionnaire historique et géographique de la province de Bretagne. nlle éd[1778-1780] rev. et augm. Rennes : Molliex, 1845.

    t. 2, p. 876
  • DECENEUX, Marc. La Bretagne romane. Rennes : Editions Ouest-France, 1998.

    p. 9, 10, 53, 108-109
  • GUILLOTIN DE CORSON. Pouillé historique de l'archevêché de Rennes. Rennes : Fougeray Libraire-éditeur. Paris : René Hatton Libraire-éditeur, 1882-1886.

    t. 2, p. 304-328 Région Bretagne (Service de l'Inventaire du patrimoine culturel)
  • TREBAOL, Céline. L'abbaye de Saint-Sulpice et ses dépendances. L'expérience monastique au féminin dans le diocèse de Rennes, XIIe-XVIIIe siècles. Th. doct. : Histoire de l'art : Rennes 2 : 2017.

    Université de Bretagne Occidentale : TR22017TREBAOLC
Périodiques
  • ANGER dom. Cartulaire de l'abbaye de Saint-Sulpice-La-Forêt. Bulletin et mémoires de la Société Archéologique du département d'Ille-et-Vilaine. 1902, 1905, 1906, 1907, 1909, 1910.

    t. 34, p.165 ; t. 35, p. 325 ; t. 37, p. 3 ; t. 38, p. 205 ; t. 39, p.1 ; t. 40, p. 33 et 2e partie p. 1
  • ANGER dom. Histoire de l'abbaye de Saint-Sulpice-La-Forêt, de ses relations, de sa vie religieuse au moyen Age et au XVIIIe siècle. Bulletin et mémoires de la Société Archéologique du département d'Ille-et-Vilaine. 1917, 1918, 1919-1920.

    t. 45, p78 ; t. 46, p. 33 ; t. 47, p. 145
  • LEROY, Pierre, HARDY, Bertrand, JACQUEMARD, A. Abbaye Notre-Dame du Nid au merle. Bulletin et mémoires de la Société Archéologique de Saint-Sulpice-La-Forêt. [s.d.].

Liens web